SÉCRÉTIONS
Mécanisme des sécrétions. Certaines membranes mises au contact du sang jouissent de la propriété d'en extraire divers principes, variables suivant la surface en contact avec ce liquide. Les glandes salivaires extraient du sang la salive; les glandes mammaires, les principes servant à la formation du lait ; les glandes de l'estomac, ceux destinés à produire du suc gastrique, etc.
Toutes les glandes ne sont pas, comme les reins par exemple, de simples filtres, se bornant à extraire du sang certains principes. Les liquides qu'elles sécrètent, tels que le lait, le suc gastrique, n'existent pas en nature dans le sang. Ils se forment dans les glandes, mais, en définitive, toujours aux dépens des principes du sang.
En vertu de quelles particularités de structure, des glandes, fort analogues en apparence, extraient-elles du sang des matériaux qui diffèrent pour chaque glande, et quelles métamorphoses se passent au sein de ces organes? Dans l'état actuel de la science il nous est impossible de l'expliquer. Jamais savant aidé des appareils les plus compliqués ne forma dans son laboratoire des combinaisons plus parfaites que celles qui s'opèrent au sein de ces organes, par des moyens fort simples, sans doute, niais qui nous sont encore complètement inconnus. Le venin des serpents, les larmes, la salive, le lait, tous ces produits si divers sont cependant sécrétés par des organes en apparence identiques.
Au point de vue de leur structure, les glandes peuvent être considérées, en dernière analyse, comme des membranes pourvues sur une de leurs faces d'un réseau de vaisseaux capillaires abondants qui leur apportent le sang, et sur l'autre, d'une couche de cellules chargées d'en extraire les principes que contient le liquide exsudé par les capillaires. Ces cellules, qui sont susceptibles de se détruire et de se multiplier très-vite, sont les véritables organes de la sécrétion* C'est dans leur intérieur que s'opèrent les métamorphoses qui
RENOl'VKIJJCiMKNT DKS ELEMENTS DKS (HMiANKS. 115
Iransloniient Cil laii. salive, de, . les matériaux que le sang contient.
Ce n'est qu'exceptionnellement que les glandes, comnje les séreuses, par exemple, sont disposées sous forme étalée; niais, quelle que soit leur lornio. ollos peuvent toujours être considérées comme des membranes dune sli'uclui'e analogue ii celle que nous venons de décrire et plus ou moins repliées sur elles-mêmes. Ces replis ont uniquement pour but d'augmenter leur surface. C'est grâce à eux que. sous un pelit volume, la surface sécrétante du rein est de 9 mèlres carrés; celle du pancréas, de li mètres carrés; celle de chaque parotide, de 2 mètres, etc. Les membranes séreuses représentent le plus simple des tissus sécrétants; ce sont celles qui offrent le moins de suiface.
La plupart des glandes sont munies d'un canal excréteur conduisant au dehors le liquide formé dans leur intérieur. Quelquesunes seulement, telles que la rate, les capsules surrénales, etc., n'en sont pas pourvues.
La composition du sang qui sort des glandes varie, comme nous l'avons vu en étudiant ce liquide, suivant que la glande sécrète ou ne sécrète pas.
La sécrétion des glandes est placée sous l'influence du système nerveux, des nerfs vaso-moteurs notamment. Claude Bernard considère ces nerfs comme une sorte de frein. Nous avons vu, en effet, en traitant de la circulation, que leur excitation produit la contraction des capillaires et diminue, par suite, la quantité de sang qui les traverse, tandis que leur paralysie dilate le diamètre de ces vaisseaux et augmente, en conséquence, la quantité de sang qu'ils peuvent recevoir dans un temps donné.
Le physiologiste que nous venons de citer considère la sécrétion des glandes comme le résultat de la paralysie des nerfs vaso-moteurs, et, en effet, les substances qui paralysent ces nerfs, telles que le curare, par exemple, amènent la sécrétion permanente des glandes. Cette théorie ingénieuse est cependant susceptible de plus d'une objection, et plusieurs auteurs admettent l'existence de nerfs spéciaux dits nerfs sécréteurs, destinés à produire la mise en activité des éléments glandulaires.
Ayant étudié déjà ou devant étudier plus loin les plus importantes sécrétions, nous ne traiterons ici que de celles dont l'examen ne doit pas trouver place ailleurs. Nous laisserons complètement de côté, dans leur étude, les classifications diverses auxquelles on les a soumises, considérant comme une tentative vaine de vouloir classer des phénomènes dont les éléments et les causes ne sont pas encore connus.
Sécrétion des séreuses. Les séreuses sont, comme nous le savons, des sortes de sacs à double paroi qui enveloppent la plupart des organes importants, tels que le cœur, les poumons, l'intestin, etc. Elles sont les plus simples des glandes sécrétantes, et le liquide peu abondant qu'elles sécrètent n'a d'autre fonction que de faciliter le glissement l'un sur l'autre des deux feuillets qui les constituent.
Le liquide que contiennent les membranes synoviales, séreuses qui se trouvent entre le^ articulations des os, est tout à fait comparable pour ses fonctions aux corps gras dont on enduit les diverses pièces d'une machine pour faciliter leur frottement.
La composition du liquide des diverses séreuses est peu variable ; la synoviale du cheval contient 93 p. 100 d'eau, 6 p. iOO d'albumine et 1 p. 100 de sels et de matières grasses.
Sécrétion des muqueuses. Les muqueuses peuvent être considérées comme la peau des organes intérieurs du corps. Elles sont recouvertes d'un épithélium analogue à l'épiderme, composé de cellules qui. se renouvellent constamment et dont la surface est toujours imbibée d'un liquide qui les maintient dans un état de souplesse continuelle et les protège contre l'action des corps irritants. Ce liquide, de consistance variable, est neutre ou alcalin, soluble dans l'eau et l'alcool, et composé de 93 p. 100 d'eau, de 5 à 6 p. 100 d'une matière organique très-visqueuse particulière, la mucosine, d'un peu d'albumine et de sels. Il tient en suspension des cellules d'épithélium et des leucocytes , corps que l'on considérait autrefois comme des globules particuliers au mucus.
Sécrétion de la rate. — Rôle dérivateur attribué à cet organe. Les fonctions de la raie, comme celles, du reste, des autres
glandes sans canal excréteur, désignées sous le nom de glandes vasculaires sanguines (corps thyroïde, thymus et capsules surré- 7iales), et dont le produit, faute de canaux, excréteurs, rentre dans la circulation , sont encore à peu près complètement inconnues. Nous ne pourrons donc que nous borner à exposer les diverses hypothèses faites à leur endroit.
La raie, organe situé sous le diaphragme, à gauche de l'estomac, est constituée par une trame fibreuse élastique qui la partage en un grand nombre de loges incomplètes communiquant entre elles et supportant un réseau vasculaire très-spongieux. Les capillaires artériels venus de l'artère splénique s'ouvrent dans les lacunes d'où naissent les veinules.
Fig. lU. — Hapjwrls de la rate avec les divers organes contenus dans l'abdomen.*
Sur le trajet des divisions artérielles existent un grand nombre de petites vésicules d'un demi-millimètre de diamètre, nommées
*l) Foie. On voit sur sa surface la vésicule biliaire en forme de poire. — 2) Estomac. — 3) Rate. — 4) Duodénum. — !j) Pancréas. — 6) Veine niésenlérii|ue sufjérieure. — 7) Canal pancréatique. — 8) Petit canal pancréatique. — 9) Canal cliolédoque. — 10) Veine inésentérique supérieure. -- ^ I) Aorte. — M) Artère nicsentérique supérieure. — 1.3) Kanieau pancréatico-duodénal de la niésentérique. — M) Tronc cœliaque. — 15) Artère splénique. — 16) Artère gastro-épiploïque gauche. — 17) Artère coronaire stomachique. — 18) Artère hépatique. — 10) Rameau pancréatico-duodénal de la gastro-épiploïque. — 20) Artère gastro-épiploïque droite- — 21) Continuation de l'artère coronaire stouiadiiquo.
cellules de la rate , qui contiennent des globules analogues aux globules incolores du sang et sont traversées par un réseau de capillaires très-fins provenant de l'arlériole sur laquelle le capillaire repose.
L'élasticité du tissu de la rate lui permet de se distendre et de revenir facilement sur elle-même. Aussi varie- t-elle fréquemment de volume. Dans divers états pathologiques, notamment dans la fièvre intermittente, elle augmente considérablement de dimensions par suite d'une accumulation du sang dans son intérieur. Cette accumulation, ayant lieu aux dépens du sang qui baigne les autres organes, équivaut à une perte de ce liquide pour ces derniers et finit , quand elle persiste , par produire une anémie profonde.
D'après M. Béclard, le sang qui sort de la rate a perdu une partie de ses globules rouges. L'espèce de boue brunâtre qu'elle contient, et à laquelle on a donné le nom -de boue splénique, serait constituée par un amas de globules sanguins" à divers degrés de destruction. Ce savant physiologiste a vu également qu'en sortant de la rate le sang contenait un excès de fibrine, ce qui prouverait, suivant lui, que cette substance est un des produits de la métamorphose des globules. Moleschott aflirme qu'après son excision on observe l'accumulation des globules dans le sang. Suivant plusieurs observateurs, ce serait bien dans la rate que les globules viendraient mourir, mais ce serait aussi dans le même organe qu'ils prendraient naissance. Le sang qui en sort semble être plus riche, en effet, en globules blancs que celui qui y pénètre.
Plusieurs physiologistes, anciens et modernes, notamment le docteur Fossion, considèrent la rate, ainsi, du reste, que les diverses glandes vasculaires sanguines, comme servant à dériver le sang des autres organes et prévenir par là les congestions dont ils pourraient être menacés. Les organes qui fonctionnent d'une façon intermittente, comme l'estomac, le cerveau, etc., demandent, en effet, pour l'accomplissement de leurs fonctions , une quantité de sang plus considérable qu'à 1 état de repos; quand ils ne fonctionnent plus, le sang qui. s'y portait serait détourné par des organes dérivateurs annexés à chacun d'eux et qui agiraient à leur égard
comme le vésicaloire (lu'oii applicjue dans une région déterminée du corps pour détourner le sang (|ui congestionne un organe. La raie dériNcrail le sang de l'estomac |)ar l'artère spl('iii(|uc * ; le corps thyroïde serait un dérivaleur du cerveau en détournant, par l'intermédiaire des artères thyroïdiennes , le sang que les artères carotides internes et vertébrales lui amènent. Le thymus détournerait, pendant la vie Hctale. le sang des artères nutritives des poumons et ne dispai'aitrait aj)rès la naissance que parce que ce dernier organe entre alors en fonctions continues. Les mamelles détourneraient par l'artère épigastrique le sang de l'utérus après l'accouchement. Cette théorie mérite, croyons -nous, d'être étudiée sérieusement; nous avons eu trop souvent occasion de constater l'influence d'un dérivatif énergique sur une congestion cérébrale ou jnilmonaire imminente pour ne pas croire que la circulation du sang dans un organe puisse être modiliée profondément sous l'action de causes plus ou moins* connues. Peut-être est-il plus vrai de dire qu'un organe quelconque peut, à un moment donné, jouer le rôle de dérivateur vis-à-vis d'un autre organe. Nous avons déjà dit que nous considérions la lourdeur de tète et le sommeil qui se produisent si souvent après le repas comme une anémie cérébrale résultant de ce que le sang, aflluant alors en grande quantité dans l'appareil digestif, ne se porte plus en quantité sudisante aux autres organes et notamment au cerveau.
Quoi qu'il en soit du rôle de la rate, il est évident que ses fonctions peuvent être remplies par d'autres organes, car on l'extirpe sans inconvénient chez beaucoup d'animaux; on a même pu l'enlever également chez l'homme. Notre savant ami i\I. le docteur Péan a pratiqué l'ablation complète de cet organe chez une jeune fille qui vit encore, bien que sept années se soient écoulées depuis l'opération. Suivant Schiff, on observerait chez les animaux, après l'ablation de la rate, le gonflement des ganglions lymphatiques ; mais rien de pareil ne paraît avoir été constaté chez l'homme.
* Tout en admettant la théorie de la dérivation, le docteur Ricou croit, en se basant SOI- des raisons anatoiniqucs dont l'exposé nous entraînerait trop loin, que la rate recevrait l'excédant de sang de la veine cave supérieure et préviendrait, par son implétion, la compression de la moelle épinière.
Le sang qui a été amené à la rate par l'artère splénique en sort par la veine splénique , qui l'amène dans le foie par l'intermédiaire de la veine porte. La matière colorante des globules détruits y forme peut-être la matière colorante de la bile.
Sécrétion du corps thyroïde. Le corps thyroïde est une glande en forme de croissant située au devant de la partie supérieure de la trachée. Elle est constituée par une enveloppe fibreuse recouvrant un agrégat de follicules tapissés d'un épithélium et remplis d'un liquide mucilagineux. Elle reçoit des artères volumineuses venues de la carotide externe et de la sous-clavière*,
Fig. 125. — Rapports du corps thyroïde avec la trachée et les vaisseaux du cou.**
et il en sort un réseau veineux important. Les capillaires des vaisseaux entourent les vésicules d'un réseau très-fin. C'est l'hypertrophie des éléments de cette glande qui constitue l'affection nommée goitre'.
* Voy. les fig. 82 et 84.
** 1 , 2) Poumons. — 3) Trachée. — 4) CEsophage. — b) Corps thyroïde. — 6) Larynx. — 7) Os hyoïde. — 8) Ligament stylo-hyoïdien. — 9) Tronc brachio-céphalique. — 10 et H) Artères carotides primitives. — 12 et )3) Artères sous-ulavières. — 14) Carotide externe. — lo) Carotide interne. — 16) Os occipital. — 17) Allas. — 18) Axis.
il ost Ilicii |)iol>al»li> (|ii"iiii(' glande; oii airivetU des vaisseaux aussi n()inl)r('u\ (|ii(; ceuv rorus par le corps thyroïde doit avoir des Tonclions impoi'lantes; mais ces fonctions nous sont conipléleinent inconnu(N et nous ne pouvons risquer sur elles que de trèsvagues iiyjjothèses.
Parmi ces hypothèses, une des plus ingénieuses est celle que nous citions plus haut on parlant de la rate et qui consiste à considérer le corps thyroïde conune un organe servant à dériver, par l'intermédiaire des artères thyroïdiennes, le sang que les artères carotide et vertéhrale conduisent au cerveau. Cette glande serait une sorte de réservoir de sûreté où viendrait s'amasser le sang lorsque, le cerveau ne fonctionnant pas, une quantité moindre de ce liquide lui est nécessaire, ou quand il est menacé de congestion par une cause quelconque. Le docteur Ricou dit avoir observé en Afi'ique, où les apoplexies sont fréquentes, qu'une congestion du corps thyroïde, accusée par un sentiment de gène au cou, se produit brusquement dans les cas de congestion cérébrale. J'ai fait pour mon compte plusieurs fois la même remarque.
Sécrétion du thymus. Le thymus est une glande située à la partie inféi'ieure du cou, en avant de la trachée, d'une structure analogue à celle du corps thyroïde et recevant comme lui des vaisseaux nombreux. Très-développée chez le fœtus , elle s'atrophie après la naissance en subissant une régression graisseuse plus ou moins rapide, et vers l'âge de 15 ans elle a complètement disparu. Ses fonctions nous sont également inconnues. Les physiologistes qui considèrent, suivant l'opinion indiquée plus haut, les glandes vasculaires sanguines comme des organes de dérivation du sang admettent que pendant la vie fœtale le thymus détourne le sang des artères nutritives du poumon.
Sécrétion des capsules surrénales. Les capsules surrénales sont deux petites glandes situées au-dessus des reins * ; leur structure est analogue à celle des glandes précédentes, et leurs fonctions, comme celles de ces dernières, inconnues. Servent-elles à dériver le
* Voy. fig. 91, chiffre 11.
sang artériel des reins? C'est là une hypothèse dont rien ne démontre l'exactitude. On a aussi soutenu que l'aspect particulier de la peau auquel on a donné le nom de maladie bronzée (maladie d'Addison) coïncidait quelquefois avec une certaine altération des capsules surrénales, ce qui tendrait à prouver que ces glandes jouissent de la propriété de modifier une substance que le sang contient et qui se transformerait facilement en pigment; mais on a rencontré cette affection chez des individus dont le^ capsules surrénales étaient tout à fait intactes.
Sécrétions du foie. Le foie est la plus volumineuse des glandes de l'organisme ; elle forme environ la trente-sixième partie du poids du corps. Nous avons déjà dit quelques mots de la situation qu'elle occupe dans l'abdomen, en étudiant l'influence de la bile dans la digestion.
Le foie est formé d'un nombre considérable de petits lobules juxtaposés, de la grosseur d'un grain de millet, de forme irrégulièrement polyédrique, contenant chacun un grand nombre de cellules , dites cellules hépatùjues, qui constituent l'élément sécréteur de cet organe. Ces cellules, sorte de vésicules arrondies ou polygonales , contiennent un liquide granuleux de la couleur de la bile.
Le foie reçoit du sang artériel par une artère peu volumineuse, V artère hépatique, et du sang veineux par un vaisseau, au contraire, très- volumineux, la veine porte, qui peut être comparée, comme nous l'avons déjà dit, à un arbre dont les racines nées des diverses parties du tube digestif se réuniraient pour former un tronc qui pénétrerait dans le foie, où il se ramifierait à l'infini. Les capillaires de ces vaisseaux se continuent avec ceux des veines . sus-hépatiques qui conduisent au cœur, par la veine cave, le sang sortant du foie.
Le nombre et la disposition des vaisseaux du foie rendent cet organe très-sujet aux fluxions, c'est-à-dire exposé à recevoir, dans un temps donné, plus de sang qu'il n'en peut sortir dans le même temps. Cette fluxion se produit normalement pendant le travail digestif, mais devient permanente chez les forts mangeurs. Diverses
rknouvf,l[,i:mi:\i' i-)!:s i:ij-:ments des oikjanes. 423
siibsliincos, coinnio los ôpicos, lo plomb, le phosphore, l'nlrool, la produisent c\y;aleiiient.
Les lobules sont disposés autour des nond)reuses branches des veines sus-hépa(iques, sur lesquelles ils s'implantent par un petit pédicule, rameau de ces vaisseaux, de la même façon que les globules des aulics glandes sont appendus à leurs canaux, excréteurs. On peut comparer ces veines aux branches d'un arbre don! les feuilles seraient formées par les lobules.
Fig. 126, — Coupe d'un lobule du foie.*
Les cellules que contiennent les lobules forment un réseau dont les mailles sont limitées par des capillaires comnuiniquant, à la périphérie des lobules, avec les ramifications de la veine porte et, à leur centre, avec les radicules des veines sus-hépatiques.
Par suite de l'étendue des vaisseaux qu'il parcourt, le sang devrait circuler dans le foie très-lentement; mais, d'après Claude Bernard , il peut traverser rapidement cet organe sans passer par les
* VII) Branche de la veine hépatique. — VP) Branche de la veine porte. ~- II) Mailles du réseau capillaire du lobule. — r) Cellules hépatiques. — B, 6) Canalicules biliaires. (Cette figure et celle de la page 168 sont empruntées aux Leçons de M. Cl. Bernard.)
capillaires, au moyen de canaux assez volumineux qui font communiquer directement la veine porte avec les veines sus-hépatiques.
Outre ces vaisseaux, le foie contient un grand nombre de canalicules doublés d'un épithélium, considérés par divers auteurs comme constitués à leur origine par un cul-de-sac qui s'arrêterait presque à la surface du lobule, et sur la paroi duquel se ramifieraient les capillaires de l'artère hépatique. D'autres observateurs admettent, au contraire, que ces canalicules, au lieu de s'arrêter à la surface du lobule, envoient à son intérieur des ramifications très-fines qui embrasseraient chacune des cellules hépatiques. Ceux qui admettent l'existence des culs-de-sac les comparent à des glandes en grappe et les envisagent comme les organes sécréteurs de la bile, alors que les cellules des lobules seraient les organes sécréteurs du sucre, comme nous le verrons plus loin. Le foie serait ainsi composé, en réalité, de deux glandes différentes. Les auteurs qui admettent, au contraire, la ramification des canalicules dans les lobules considèrent les cellules hépatiques comme les organes formateurs de la bile.
Quel que soit le lieu de formation de la bile, elle est versée par les canalicules dans un canal unique appelé canal hépatique, dont la continuation, nommée canal cholédoque, la conduit à l'intestin. Il se détache de ce canal une branche nommée canal cijstique, terminée par un renfiement qui constitue la vésicule biliaire.
C'est dans ce renflement que s'amasse la bile. Par suite de l'étroitesse de l'ouverture du canal cholédoque dans l'intestin, elle s'écoule fort lentement et est obligée de refluer vers la vésicule. Pendant le travail digestif elle est expulsée de cette dernière par la contraction de ses parois et probablement aussi par la compression qu'exercent sur elle les organes contenus dans l'abdomen.
En liant la veine porte, opération qu'il est du reste fort difficile de pratiquer sans causer la mort, on n'arrête pas la sécrétion de la bile; mais, en liant l'artère hépatique, on l'arrête généralement. Cependant les résultats obtenus par divers expérimentateurs n'ont pas été toujours concordants, et dans l'état actuel de la science on ne saurait affirmer que le sang de la veine porte ne joue aucun rôle dans la formation de la bile.
RENOUVELLEMENT DES ÉLÏ^ÎMENTS DES ORGANES. 425
La socivlion de la liilf, liijiiidc donl nous a\(jii.s cluilir hi ((jrnpositiun vu (lailanl de la dii^cstion, s'élève à 1 kilogramme par 24 heures, c'esl-à-dire à 15 grammes environ par kilogramme du poids du corps.
Toute la bile sécrétée dans l'inteslin n'est pas utilisée pour le travail de la digestion. Un homme qui sécrète 1 kilogramme de bile en 2'i heures n'e\.pulse (juo '200 grammes de matières fécales dans le même temps. On dit généralement que la plus giande partie de la bile rentre dans le torrent de la circulation. Mais il nous semble diflicile d'admettre qu'une masse pareille de liquide soit inuiilement sécrétée, et nous considérons comme beaucoup plus probable que la majeure portion des matériaux solides de la bile est expulsée avec les excréments, tandis que l'eau qui sert à la dissoudre rentre seule par absorption intestinale dans le torrent circulatoire.
En dehors de son rôle dans la digestion — rôle mal déterminé encore, comme nous l'avons vu — le foie peut vraisemblablement être considéré comme un organe dépurateur destiné, de même que les reins, à éliminer certains principes du sang. Cette opinion, qui fut celle des physiologistes de l'antiquité, est celle à laquelle la science moderne tend à nous ramener. Nous avons dit déjà que la cholestérine est considérée par divers expérimentateurs comme un produit de désassimilation du système nerveux et que, d'après des recherches récentes, l'urée, produit de la désassimilation des tissus azotés, se formerait dans le foie. Ce qui prouve bien, du reste, que la bile ne sert pas uniquement à la digestion, c'est que chez le fœtus, dont le foie est très -volumineux, la sécrétion biliaire s'opère, alors cependant qu'aucun aliment n'est introduit dans le tube digestif. Elle y constitue ce qu'on appelle le méconium, dont l'expulsion a lieu après la naissance. A moins d'envisager la bile comme une sécrétion à peu près sans but. on ne peut guère la considérer autrement que comme un produit de dépuration du sang analogue à l'urine.
Il serait possible que le foie fut, dans une certaine mesure, un organe complémentaire du poumon. D'après divers observateurs, dans les pays chauds, où l'air dilaté par la chaleur contient moins d'oxygène sous un volume déterminé que dans les pays froids, la
respiration n'introduirait pas une quantité suffisante d'oxygène dans les poumons, et, en effet, ces organes dégageraient moins d'acide carbonique que dans les pays tempérés. Le foie et la peau agiraient alors comme organes complémentaires en éliminant, sous forme de bile, de sueur, etc., les produits accumulés dans le sang et qui, incomplètement oxydés, ne se sont pas transformés en acide carbonique. Lorsqu'elle est poussée à l'excès, cette exagération des fonctions de la peau et du foie aurait pour conséquences les maladies de ces organes qu'on observe si souvent sous de chaudes latitudes.
Ce serait aussi peut-être par suite de la formation dans le sang d'un excès de matériaux à éliminer et de l'exagération consécutive de l'activité du foie que les excès, les chagrins . les fatigues, etc., amènent des lésions de cet organe. Sans doute aussi sous l'influence des mêmes causes se produit celte coloration jaunâtre de la peau qu'on observe à la suite de veilles et de fatigues prolongées.
La force qui fait avancer la bile dans les voies biliaires est simplement la poussée exercée par le liquide sécrété. Cette force étant minime , le moindre obstacle, tel que l'inflammation catarrhale du canal cholédoque, par exemple , suffit pour entraver l'issue de la bile dans l'intestin. Ce liquide s'amasse alors dans le foie et pénètre bientôt par infiltration dans les vaisseaux sanguins. Il en résulte l'aff^ection nommée ictère, caractérisée principalement par la coloration jaunâtre de la peau et la décoloration des selles. C'est une maladie qui accompagne fréquemment les catarrhes de l'estomac et de l'intestin, par suite de l'extension de leur inflammation au canal cholédoque.
L'ictère n'a pas toujours pour cause la rétention de la bile dans le foie. D'après les recherches de Virchow, Hoppe-Seyler, etc., la matière colorante de la bile pourrait se former directement dans les vaisseaux sans l'intervention du foie et aux dépens de la matière colorante du sang. En injectant, en eff'et, dans le sang des animaux des substances susceptibles de dissoudre les globules sanguins , on produit artificiellement celte afTection. L'ictère observé à la suite d'empoisonnements par l'éther et le chloroforme serait dû à la dissolution des globules sanguins et à la transformation de leur matière colorante en matière colorante de la bile dans les
vaisseaux eux-nu'iiies. Il en serait de inôine de l'ictère produit par la morsure des serpents, la lièvre jaune, rinleelion j)urii!enle, etc. Dans tons les cas d'ictère, il doit toujours y avoir finalement, du reste, dissolution partielle des i,'lobules, car les acides biliaires jouissent de la pro|)riété de les dissoudre.
Il est probable ([ue c'est à cette dissolution des globules sanguins qu'est dii le ralentissement des fonctions et l'afFaissement des forces ([u'on observe chez les malades atteints de cette afîection. Nous avons vu, en effet, que l'action vivifiante du sang sur les tissus n'est due qu'à la présence des globules.
Outre la bile, le foie produit encore une substance particulière, matière glycogcne ou amidon hépatique, susceptible de se transformer en cette variété de sucre nommée glucose. Elle prend naissance dans les cellules hépatiques, où elle s'a-ccumule sous forme de granulations très-fines, dont, par diverses manipulations, on l'extrait facilement à l'état de poudre blanchâtre. Elle dérive soit des matières grasses, soit du dédoublement des matières azotées.
Le sucre formé dans le foie ou résultant de la digestion des substances féculentes ou amylacées, et amené dans cet organe par la veine porte, ne passe pas dans les canaux biliaires. Dissous dans le sang, il est conduit par les veines sus-hépatiques dans la veine cave inférieure, qui le jette dans le cœur. Ce n'est qu'après avoir traversé cet organe qu'il disparaît graduellement, en subissant des transformations dont les termes ultimes sont de l'eau et de l'acide carbonique, destinés à être rejetés au dehors.
L'analyse chimique du foie démontre qu'il contient normalement du sucre; le foie de veau en renferme de 2 à i p. 100; celui de l'homme de 1 à i J/2 pour JOO. Chez les animaux dont l'alimentation est riche en substance féculente, les poules par exemple, la proportion de sucre contenue dans le foie peut atteindre 10 p. 100.
Pendant la vie, la circulation enlève au foie le sucre qui s'y forme à mesure de sa production, et il n'en contient alors que des traces, ainsi qu'on le constate facilement en analysant immédiatement une portion de ce tissu enlevée chez un animal vivant et bien égouttée pour en chasser le sang. Après la mort, la circulation
étant arrêtée, le foie s'imbibe de cette substance. Si alors on le fait traverser par un courant d'eau introduit par la veine porte, le liquide sort bientôt limpide et au bout d'une heure ne contient plus de sucre. Qu'on recommence l'opération après quelques heures et l'on constatera qu'il en contient de nouvelles quantités formées aux dépens de la matière glycogène que l'organe renferme.
Plusieurs physiologistes soutiennent que le sucre contenu dans le foie provient uniquement des aliments féculents ingérés; mais, lorsqu'on nourrit un animal exclusivement avec de la chair, le sang qui sort du foie contient toujours du sucre, tandis que celui qui y pénètre, c'est-à-dire celui de la veine porte, n'en contient habituellement pas. En outre, comme certaines lésions du système nerveux produisent une exagération considérable de la quantité de sucre qui sort du foie, et que, du reste, cet organe peut, ainsi que nous l'avons dit , en fournir après sa séparation du corps, il est certain que la production de cette substance dépend de l'activité du foie et n'est pas uniquement subordonnée à la proportion des aliments féculents ou sucrés absorbés.
Le foie n'est pas le seul organe qui contienne du sucre; on en rencontre encore dans divers organes du fœtus et dans l'œuf des oiseaux.
Claude Bernard, admettant qu'une hypersécrétion du foie produisait un excès de sucre dans le sang, pensa qu'en irritant la moelle au niveau de la racine des nerfs pneumogastriques, nerfs dont les filets se distribuent au foie, on exagérerait les fonctions de cet organe. L'expérience confirma sa supposition; mais l'auteur ayant coupé ensuite les mêmes nerfs, il obtint exactement le même résultat qu'en les excitant, ce qui prouve la réserve qu'il faut apporter dans les conclusions à tirer d'une expérience physiologique.
Le mécanisme de la production du sucre dans le foie est, en réalité, inconnu. Claude Bernard le considère, ainsi qu'il le fait pour les autres sécrétions, comme une paralysie des nerfs vaso-moteurs. Le curare, qui produit la paralysie de ces nerfs, exagère la formation du sucre comme il exagère toutes les sécrétions. Cette paralysie agirait en permettant la dilatation des vaisseaux et, par suite, l'affluence d'une plus grande quantité de sang dans le foie.
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l.orsflii'il se foi'Fiie dans le foie plus de sucre (ju'il ne peut s'en (k'iruirt' dans le sanij;, celle subslance se reiiconlro dans toules les sécrétions, l'urine nolanunent, cl il en résulle alors un état pathologique auquel ou a donné le nom de diabète.
J.e diabète n'est |)as cependant, en réalité, une maladie. C'est le symptôme d'allections Tort divei'ses. 11 peut être, en ellet, le résultat, soit, comme dans certaines lésions du système nerveux:, de la production d'un e\cès de sucre dans le foie, soit d'une incomplète oxydation du sucre formé dans cet organe, comme par exemple à la suite de lésions pulmonaires qui entravent la respiration, soit encore de l'introduction trop abondante d'aliments féculents ou sucrés dans l'intestin.
Le sucre, du reste, peut se montrer passagèrement dans l'urine sans qu'il y ait diabète, comme l'acide urique ])eut s'y montrer sans qu'il y ait gravelle. Ce n'est qu'après un examen répété de ce liquide à plusieurs jours d'intervalle que l'on peut tirer des conclusions certaines de sa j)résence.
Quoi qu'il en soit des théories sur le diabète, on peut dire que c'est un état pathologique commun chez les individus sédentaires, faisant très-peu d'exercice. IM. le professeur Bouchardat aflirme que sur 20 individus de liO à GO ans appartenant aux Assemblées législatives, aux grandes Sociétés savantes, aux positions élevées du commerce et de la finance , on trouve au moins un diabétique. C'est surtout chez les notaires qu'on l'observe le plus fréquemment*. C'est une affection avec laquelle on peut vivre quelque temps, mais qui finit presque invariablement par amener la mort.
Les eflets du diabète sont faciles à comprendre. Le sang chargé de sucre absorbe avec avidité, par endosmose, la partie liquide de tous les tissus; il en résulte leur dessèchement et une soif ardente que le malade ne réussit pas toujours à étancher en avalant
* «Tout homme gras et robuste, dit notre savant confrère M. Marclial de Calvi, qui boit et mange bien, qui est sujet aux furoncles, qui, surtout, a eu des anthrax, dont le caractère change, qui a les gencives ramollies, qui a souftert de la gravelle, du lumbago, de la sciati(jue, est suspect d'avoir le diabète, et l'on ne peut trop se hâter de s'en assurer, h jilus forte raison s'il maigi-it et s'affaiblit. Dans aucune maladie l'apparence n'est plus trompeuse que dans le diabète; dans aucune la mort n'est plus lial)ile h dissimuler ses coups. '>
10 à 12 litres d'eau par jour. Cette soif inextinguible est généralement un des premiers symptômes qui attirent l'attention sur cette affection. En même temps, le malade éprouve une faim considérable due à ce que la plupart des aliments, étant convertis en sucre, sont, en réalité, perdus pour la nutrition.
Le sang épaissi par le sucre qu'il contient perd une partie de ses propriétés; la circulation dans les capillaires est entravée, les phénomènes d'endosmose imparfaits et la nutrition incomplète; aussi les sujets diabétiques sont-ils fréquemment atteints d'érésypèle, de phlegmons, de gangrène, etc., produits sans doute par la gêne de la circulation. Chez eux, les blessures n'ont aucune tendance à la cicatrisation et sont le plus souvent suivies d'accidents mortels. Fréquemment aussi ils sont atteints de troubles de la vision, résultant, soit de l'opacité du cristallin, soit du défaut d'excitation de la rétine par suite de l'insulfisance de sa nutrition.
On comprend facilement que l'hydrothérapie, qui facilite la circulation dans les capillaires, et l'exercice, qui augmente la quantité d'oxygène absorbée, aient une influence heureuse sur le diabète en favorisant l'oxydation du sucre formé. La diminution des aliments sucrés et féculents réduit aussi la quantité de sucre qui se trouve dans le sang. Mais, dans les dernières périodes de l'affection, le sucre se forme aux dépens des aliments azotés eux-mêmes. D'après Griesinger^ les trois cinquièmes des matières albumineuses contenues dans la viande peuvent alors être converties en sucre. Du reste, en supprimant les féculents de l'alimentation des diabétiques , on ne s'attaque qu'aux effets du niai et non à sa cause. Mais , en médecine , la connaissance des causes est si rare que nous en sommes le plus souvent réduits à combattre des symptômes, quelque incertaine qu'une pareille thérapeutique puisse être.
Nous voyons, par ce qui précède, que le foie possède cette double fonction : produire du sucre et sécréter de la bile. Ce sucre produit a-t-il pour but d'engendrer de la chaleur par son oxydation ? La bile sert-elle uniquement à la digestion ou est-elle, comme nous nous le sommes demandé déjà, un produit de la dépuration du sang? Ici nous pénétrons dans le champ des hypothèses; nous y
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pénétrerons encore en nous doinandant si ia richesse plus grande en i;l()l»ules l)lan('s et en Hhriiic du san^L; qui sort du foie, et si la petitesse des globules rouges (juon y rencontre prouvent sullis;iniment que cet organe détruit les globules et en Ibriiie de nouveaux. Mais énoncer des hypothèses est souvent utile, car c'est généralement en cherchant à les vérilier par l'expérience qu'on arrive a la découverte de laits importants. Le foie est un des organes les plus volumineux de l'économie; sa structure et la masse de sang qui le traverse nous prouvent (pi'il Joue un rcMe important; mais bien des investigations seront nécessaires encore pour élucider ce rôle.