ÉTUDE DE L'ABSORPTION
C'est en vertu d'une force particulière nommée absoridion que se fait la nutrition des tissus. Bien que son étude fasse partie de la physique , elle joue un rôle trop important en physiologie pour que nous ne lui consacrions pas quelques pages.
Mécanisme de l'absorption. Tous les êtres vivants sont formés de cellules* ou de corps (pii en dérivent. Au début de leur existence ils sont uniquement constitués par des cellules isolées ou juxtaposées.
La cellule représente donc l'être organisé sous sa forme la plus simple. Sa propriété fondamentale est d'échanger constamment les matériaux qu'elle contient contre d'autres matériaux qu'elle emprunte au milieu où elle est plongée. Quand ce double mouvemeùt d'assimilation et de désassimilation vient à s'arrêter, elle cesse de vivre.
L'introduction et le rejet alternatifs de certains éléments à travers les parois de cette cellule ne se font pas en vertu d'une propriété particulière résultant de sa vitalité. Un phénomène d'échange analogue s'observe à travers les parois de tout sac membraneux,
* On désigne sous ce nom, en anatomie, des corps constitue's par un sac formé d'une vésicule contenant généralement un liquide dans lequel nagent un ou plusieurs corpuscules nouuués noyaux.
une vessie par exemple, contenant un liquide et plongée dans un liquide différent. La plupart des liquides ou gaz dissemblables séparés par une membrane tendent à se mélanger à travers les parois de cette membrane. C'est un phénomène physique, dont la cause première, comme toutes les causes premières, nous est parfaitement inconnue, mais que l'observation a appris à constater.
On donne habituellement le nom à' endosmose ou, mieux, d'osmose, à la force particulière qui produit cet échange d'où résulte l'absorption. Toutes les membranes organiques, telles que la peau et les muqueuses, par exemple, peuvent, à des degrés divers, être ainsi traversées par les gaz et liquides avec lesquels elles sont en contact. Ce n'est même qu'en raison de cette propriété que les êtres organisés peuvent se nourrir et se débarrasser des produits usés de leurs tissus. La digestion et la respiration sont, en dernière analyse, des phénomènes d'endosmose.
On étudie facilement l'endosmose au moyen de l'appareil nommé endosmomètre ou osmotnètre, qui consiste simplement en un tube fermé à sa partie inférieure par une membrane animale, un fragment de vessie, par exemple. Ce tube, maintenu dans une position verticale par un support, est rempli d'une solution saline ou sucrée et plongé dans de l'eau pure, de façon que le niveau du liquide du tube et celui de l'eau du vase se correspondent. En laissant l'appareil au repos, on constate, au bout d'un certain temps, que l'eau du tube s'est élevée et en même temps qu'une portion du liquide sucré ou salin qu'il contient est passée dans le vase. Il y a eu donc deux courants en sens inverse et d'intensité inégale des liquides l'un vers l'autre*.
A l'époque, récente encore, où commença l'étude de ce phénomène, le premier courant fut désigné sous le nom à' endosmose; le second, sous celui (ïexosmose. On les considérait alors comme
* L'endosmomètre s'emploie fréquemment, sous le nom de dialyseur, pour séparer de certains liquides les corps qu'ils contiennent. On s'en sert notamment dans l'industrie sucricre pour dëbarrascr les liquides sucres des sels qu'ils renferment. Le dialyseur des laboratoires est simplement un large cylindre de verre, peu élevé, fermé à sa partie inférieure par un morceau de papier parchemin. Quand le liquide contenu dans l'appareil n'a que un ou deux centimètres de hauteur, la dialyse se produit trèsvite.
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protUiils par deuv lorces piirliculières. On admet généralement maiiilcnant ([ue le mélange des liquides est simplement un phénomène de (Uffnsion. On désigne sous ce dernier nom la propriété (luc possèdent des li(|uides de densité dillérente, tels que l'eau et l'alcool, par exemple, de se mélanger après avoir été superposés. La rapidité avec laquelle se lait la diffusion dépend de la nature des liquides mis en présence. Les substances (|ui se diffusent facilement, comme les sels solubles, par exemple, ont été nommées crislalluïdcs; celles qui se diffusent lentement, comme la gomme, colloïdes. La diffusion est impossible entre les liquides non susceptibles de se mélanger, tels que l'eau et l'huile par exemple.
La diffusion qui se fait entre les liquides en contact se fait aussi entre les licjuides séparés par une membrane, et, c'est alors qu'elle prend le nom iVosmosc. La différence de vitesse des deux courants dépend probablement en partie de l'inégalité de l'action capillaire exercée par la cloison perméable sur les matières que les liquides contiennent.
Voies de rabsorption. Les voies de l'absorption chez les animaux sont les veines et les vaisseaux lymphatiques, les premières surtout. Ce sont des organes terminés en cul-de-sac, formant, par suite, un réseau clos de toute part. Les injections faites dans leur intérieur ne s'échappent jamais au dehors. C'est donc à travers leur tissu que se fait l'absorption , bien qu'il soit assez dense pour que les substances les plus finement pulvérisées ne puissent le traverser. Ces vaisseaux ne sont nullement munis de bouches absorbantes, comme on le croyait autrefois.
Ce n'est qu'à la condition que la circulation se maintienne intacte que l'absorption peut se produire. Qu'on empoisonne un animal en lui injectant du curare ou du venin de serpent dans les tissus d'un membre, la compression du membre entre la plaie et le cœur empêchera l'absorption; c'est pour cette raison qu'une ligature appliquée au-dessus de la blessure produite par la morsure d'un chien enragé, en attendant la cautérisation, est fort utile.
L'absorption est précédée par l'indjibition, qui fait pénétrer dans les tissus, à une certaine profondeur, connue l'eau dans une épom^e.
les produits liquides que les courants sanguio et lymphatique entraînent ensuite.
La vitesse de l'absorption dépend de la nature et de l'épaisseur des membranes que les liquides ont à traverser. Fort rapide dans les poumons, elle est, au contraire, fort lente à la surface de la peau, dont l'épiderme est peu perméable. Nous allons l'étudier dans les divers tissus.
Absorption cutanée. L'absorption cutanée, c'est-à-dire l'absorption par la peau, n'est pas douteuse, bien que la diversité des résultats observés quand on plonge des animaux dans des bains l'ait fait contester pendant longtemps. Après une immersion dans un bain il arrive, en effet, tantôt que le corps augmente de poids; tantôt, au contraire, qu'il diminue; tantôt, enfin, qu'il n'éprouve aucune variation. 11 est probable que ces différences tiennent uniquement h la température du bain : <i Lorsque, dit Béclard, la température du bain est supérieure à celle du corps, celui-ci lutte contre l'élévation de température par la sécrétion de la sueur; la sortie du liquide du dedans au dehors devient prédominante, et le corps perd. Lorsque la température du bain est intérieure à celle du corps, l'absorption cutanée l'emporte sur l'évaporation pulmonaire et le corps gagne en poids; l'eau du bain s'introduit dans l'économie; c'est ce qui a lieu dans le bain ordinaire ou bain tiède. Enfin, lorsque le bain est à peu près à la température du corps, il y a balance, le corps n'augmente ni ne perd en poids. »
La température de 20 à 25 degrés est celle qui parait la plus favorable à l'augmentation du poids du corps dans les bains.
Les faits précédents sont inconleslables; mais peut-on les invoquer pour prouver la réalité de l'absorption du liquide dans lequel un corps est plongé? Pour répondre à cette question, il suffit d'examiner la méthode employée pour constater les variations de poids du corps à la sortie du bain.
En apparence, cette méthode paraît fort simple et ses résultats fort probants. Après avoir pesé l'individu avant son. immersion, on le pèse immédiatement après, et comme on admet que le poids de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique qui s'échappent constam-
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rnenl j)iii' les pounioiis cl la i)o;iu est le riièiiie dans Tair (iiic dans l'eau, on ajoute au j)oids reconnu du corps après sa sortie du li(]uide le poids d'acide carlionifjuc et de va[)eui- d'eau (jue l'individu aurait e\liale dans Taii- |)endant le (euips (ju'il est resté dans l'eau. Supposons que ce poids soit de GO grammes. S'il n'y a pas eu variation du poids du corps après une heure de séjour dans le bain, on en conclut que la peau a absorbé 00 i,Tanuues de liquide, puisque le corjis aurait dû diminuer de cette quantité pendant l'iulervalle mentionné. II est lacile de faire plus d'une objection aux résultats ainsi oblenus. D'abord, rien ne prouve que l'exhalation pulmonaire et cutanée soit la même dans l'air que dans l'eau, où le corps subit une pression considérable. Ensuite, il est fort possible que l'élévation de poids du corps, quand la température baisse, résulte, non d'une introduction de liquide à travers la peau, mais simplement de ce qu'il s'est l'orme dans les tissus une moins grande quantité de vapeur d'eau et d'acide carboni([ue, ou de ce que ces composés sont restés emprisonnés dans le sang, ou encore, hypothèse qui nous paraît la plus probable, de ce (|ue, au lieu d'être expulsée par la peau, l'eau aura été éliminée par les reins et, par suite, accumulée dans la vessie.
Quoi qu'il en soit des causes des variations de poids du corps dans les bains, il est certain qu'elles se produisent sous l'influence des changements de température du liquide. Cette indication importante ne doit jamais être perdue de vue dans la pratique. Les elFets du bain varient, du reste, suivant sa température; un bain Iroid et court est tonique; un bain chaud prolongé, calmant et débilitant.
On voit, par ce qui précède, que l'absorption de l'eau par la peau des animaux qui sont plongés dans ce liquide n'est pas rigoureusement démontrée*. Il faut donc choisir d'autres exemples pour prou-
* Les animaux infdrieurs, n'étant pas recouverts d'un épidermc sec et épais comme celui des animaux supérieurs, absorbent rapidement les liquides dans lesquels ils sont plongés. Un cùlima(,-on plongé dans l'eau, la tète hors du liquide, double de volume en quelques heures. Une grenouille émaciéc par l'abstinence et ne pesant que 33 grammes en pèse 43 après une courte inunersion dans l'jiau. Des votif ères ou des tardigi-ades desséchés depuis plusieurs années reviennent à la vie quand on les humecte avec ce liquide.
ver la réalité de l'absorption cutanée. On la démontre facilement en faisant dissoudre dans un bain où le corps séjourne ensuite un certain temps, des substances médicamenteuses susceptibles de produire un effet déterminé. L'absorption est minime, mais elle a lieu. L'expérience a prouvé qu'elle atteignait son maximum quand on sort du bain et qu'on laisse sécher le liquide à la surface du corps. Les substances qu'il tient en dissolution sont alors réduites à l'état de poudre très-fme, qui pénètre à travers les pores de la peau. C'est la une indication essentielle dont les baigneurs d'eau de mer ou d'eau minérale peuvent très-utilement tirer parti.
Le fait qui démontre le mieux l'absorption des médicaments dans les bains est l'empoisonnement produit par le séjour dans de l'eau contenant en solution un principe toxique. D'après Ghrzonzewski. un animal plongé dans de l'eau contenant 1 p. 100 de strychnine meurt au bout de trois heures; dans de l'eau contenant 1 p. 100 de nicotine , la mort arrive au bout d'une heure.
L'absorption cutanée se fait d'une façon beaucoup plus rapide quand les substances à absorber, au lieu d'être introduites dans l'eau, sont mélangées à des corps gras, avec lesquels on frictionne le corps. Une friction sur le ventre avec une pommade contenant de l'huile de croton tiglium purge rapidement. L'application de substances qui ramollissent l'épiderme favorise aussi l'absorption. Du laudanum versé sur un cataplasme que l'on applique sur le corps est absorbé d'une façon rapide. Ce calmant ainsi employé à haute dose par des personnes peu familières avec la physiologie de l'absorption a souvent produit des empoisonnements mortels.
Les frictions favorisent considérablement aussi l'absorption cutanée. De la pommade mercurielle appliquée sur la peau n'est absorbée que quand on frictionne l'épiderme, probablement par suite de l'augmentation de pression. L'accroissement de la rapidité de l'absorption sous l'influence de la pression est journellement usité en chirurgie pour la résolution d'engorgements et de certaines tumeurs par l'application de bandages compressifs. Le succès du massage métholUque dans le traitement de l'entorse n'a probablement pas d'autres causes.
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La ()(MU ahsoilx' iioii-st'iilciiM'iil les corps li(|iii(l('S ul |)iilv('i'iiloiils ii|)|ili(|iR's il sa sui-lace, mais encore les i<az. llw j)loiii,'('ant un animal dans un milieu délélère, on le voit rapidement [)L'rir, bien qu'on ait soin de lui maintenir la tète hors de l'appareil contenant le gaz, aliii (piil puisse respirer un air parfaitement pur.
Iji pi'dii jirivt'c (fc son cpidcnnc a un pouvoir absorbant bien supérieur à celui qu'elle possède quand elle en est recouverte. Les ulcères et les j)laies absorbent rapidement les corps en contact avec leur surface , et c'est une des raisons du danger (jue présente une atmosphère impure pour les blessés.
La médecine utilise fréquemment la propriété absorbante considérable de la peau dépouillée de son épiderme par un moyen quelconque, un vésicatoire par exemple, pour obtenir l'absorption de certaines substances, telles que la morphine. Cette méthode d'administration des remèdes sur le derme mis à nu a reçu le nom de méthode endermique.
Le tissu cellulaire sous-cutané est aussi doué de propriétés absorbantes énergiques. On se sert également de cette voie d'absorption pour introduire des médicaments dans l'économie. Le médicament qu'on veut administrer, dissous dans un liquide approprié, est introduit dans une petite seringue graduée, terminée par une aiguille perforée dans toute sa longueur. L'aiguille étant enfoncée sous la peau, il ne reste plus qu'à pousser lentement le piston de l'instrument pour faire pénétrer le liquide.
Absorption à la surface des muqueuses. Les muqueuses qui recouvrent les organes internes du corps ont également un pouvoir absorbant supérieur à celui de l'épiderme, mais moindre que celui des tissus eux-mêmes dépouillés de cette enveloppe protectrice. C'est à la lenteur de l'absorption des produits déposés sur elles qu'est dû, suivant Claude Bernard, ce iait en apparence singulier, que les venins et virus peuvent être impunément introduits dans l'estomac à doses qui seraient rapidement mortelles si on les faisait pénétrer par morsure ou autrement dans la {)rofondeur des tissus. Dans le premier cas, l'absorption est assez lente pour que le poison soit éliminé
de l'organisme à mesure qu'il est introduit dans le sang, ce qui fait que ce dernier n'en contient qu'une petite quantité à la fois. Dans le second cas, au contraire, le poison se trouvant au contact des vaisseaux divisés, l'absorption est trop rapide pour qu'elle puisse être assez vite neutralisée par l'élimination.
Les muqueuses dépouillées de leur épithélium absorbent, comme la peau privée de son épidémie, d'une façon très-rapide. La lenteur de l'absorption à la surface de l'épithélium qui les recouvre est donc la seule cause de l'innocuité de l'ingestion de certains poisons.
Absorption intestinale. L'absorption à la surface du tube digestif ne se fait pas avec la même intensité sur toutes ses parties, ainsi que nous l'avons vu en étudiant la digestion. Elle s'opère par l'intermédiaire des veines et des vaisseaux chylifères contenus dans les villosités du tube intestinal.
Les chylifères reçoivent principalement les matières grasses. Elles y pénètrent, non par endosmose, puisque ce phénomène est impossible entre liquides qui ne peuvent pas se mélanger, mais probablement par imbibition, sous l'influence de la pression que les contractions des intestins font éprouver aux liquides qui s'y trouvent contenus. Quant à la cause qui fait que les matières grasses s'introduisent plutôt dans les chylifères que dans les veines, il est difficile de l'expliquer. Peut-être est-ce simplement parce que les globules graisseux glissent contre la paroi des vaisseaux veineux, tendus par le liquide qu'ils renferment.
C'est par endosmose que les veines absorbent les substances avec lesquelles elles sont en contact. L'analyse du sang de la veine porte comparé à celui des autres parties du corps a prouvé qu'elles n'absorbent que des quantités de graisse fort minimes. L'analyse a démontré également que le sérum du sang de la veine porte est plus riche on principes féculents sucrés et albuminoïdes que le sang des autres veines et que le contenu des vaisseaux chylifères. Elle a prouvé aussi que c'est par les veines intestinales que se fait l'absorption de l'eau , des sels et des substances médicamenteuses.
Les deux classes de vaisseaux absorbants, chylifères et veines des
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villosités intestinales, que contient l'intestin représentent deux'sortes d'cntlosnionirtrcs sii|)(M'|)(»S('S. Poui' pénc'trcr (hiiis les veines, le li- ([uide exlerieiii' a moins de chemin à parcourir (jue pour pénétrer dans les cliyliteres*.
Les liquides contenus dans ces deux osmomètres — veines et chylilères — ^sont le sani,' et la lymphe. ii(juides riches en albumine, dont le pouvoir endosmolique est très-considérable. Les matières
Fig. 127. — Villosités de l'intestin de l'homme.**
(Grossies 100 fois.) >
qui les baignent extérieurement sont les produits de la digestion. Pendant qu'ils se difïïisent vers le sang et la lymphe, il s'établit un courant en sens inverse, qui fait passer dans l'intestin les liquides des vaisseaux des villosités. Quand, par une cause quelconque, ce
* L'examen de la figure 127 le fuit immédiatement comprendre.
"* I, I) Vaisspniix cliylircrcs. — 2,2) Vnissoanx s.nnpiiins.
dernier courant prédomine, il se manifeste une diarrhée plus ou moins abondante. Ainsi peut s'expliquer probablement l'action de divers purgatifs salins, tels que le sulfate de magnésie par exemple. Une partie de ce composé se diffuse dans les vaisseaux, qui abandonnent en échange dans l'intestin une certaine quantité de sérum.
La théorie nous indique que ce ne sont pas les seuls vaisseaux intestinaux qui sont le siège de deux courants en sens contraires. Ces courants doivent se produire sans doute dans tous les vaisseaux des divers points du corps ; mais comme, probablement, ils se balancent à l'état normal , ils restent inaperçus.
Les substances actives prises à jeun ou à la suite d'une saignée ont une action bien plus énergique que celles absorbées après le repas ou avant la saignée. Gela tient, non pas à ce que l'absorption est alors plus rapide, comme on le dit généralement, mais à ce que, la quantité de sang étant moindre, la masse du liquide dans laquelle la substance active se répartit est réduite et, par suite, exerce sur les éléments des tissus une action plus intense.
Lorsque la circulation est ralentie, l'absorption à la surface du tube digestif est ralentie également, de même qu'elle l'est aussi dans les autres tissus , comme nous l'avons vu plus haut. C'est pour avoir oublié ce fait que Magendie et d'autres médecins ont empoisonné des cholériques en leur administrant à doses graduellement élevées des remèdes qui paraissaient inactifs , uniquement en raison du défaut d'absorption résultant du ralentissement de la circulation, mais qui, se trouvant absorbés quand le malade se ranimait, produisaient la mort*.
Absorption pulmonaire. L'absorption dans le poumon a déjà été étudiée en parlant de la respiration. Nous avons dit que les propriétés absorbantes de cet organe sont très -supérieures à celles de l'estomac , et expliqué pourquoi les médicaments et les substances toxiques, introduits dans l'appareil respiratoire, agissent beaucoup plus énergiquement que lorsqu'ils pénètrent dans l'estomac. L'action de certaines substances, telles que les parfums des fleurs, les vapeurs alcooliques des celliers, les gaz des fosses
* Voyez les faits cite's dans notre Mémoire sur le choléra, p. 27.
RENOUYKLLKMENT DKS ÉLÉMENTS DES OlJflAXKS. in
d'îiisiinco, oikIg corlainos iitinosplures, Icllos (jik' les jiliiiospliores Mi;iriliines, no s'e\i)li(iiie (lue par la nipidité (rabsorplion de la miKiueuse pidinoiiaire. Les mêmes corps introduits au\ mêmes doses dans l'estomac resteraient sans eiïet. Ségalas a vu 10 cenlii,'rammes d'extrait de noi\ vomif[ue introduits dans l'estomar d'un chien vii<ourcu\ rester sans action, tandis que la même dose introduite dans les bronches la fait rapidement périr. Un praticien très-distmgué, M. le docteur Sales-Girons, a fait installer, pour l'absorption des liquides médicamenteux, des eaux minérales, etc., réiluits en une sorte de poussière impalpable au moyen d'appareils spéciaux, des salles d'inhalation qui ont fourni les meilleurs résultats. Ce mode d'administration des remèdes, trop négligé encore des médecins, serait surtout précieux quand il faut agir rapidement. Je suis convaincu, d'après quelques expériences, qu'une hémorrhagie pulmonaire sera beaucoup plus promptement combattue par l'inhalation d'une solution pulvérisée de tannin ou de perchlorure de fer que par l'introduction des mêmes remèdes dans l'appareil digestif. Dans les cas où, par une cause quelconque, une syncope par exemple, le malade ne peut avaler, et surtout lorsque l'appareil digestif n'absorbe plus, comme dans le choléra, ce mode d'administration des médicaments est le seul qu'on puisse employer. La théorie indique qu'il serait certainement plus efficace et beaucoup moins dangereux que les injections dans les veines , préconisées dans ces derniers temps.