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LES FORCES

Indestructibilité et transformation des forces. Nous avons vu (|u'ontriiînoe dans un inouvcnient circulaire éternel, la matière passe du monde minéral à la plante, de la plante à l'animal, et retourne au milieu d'où elle était primitivement partie. j)()ur recommencer bienlùt une nouvelle séi'ie de transformations.

La matière (•hanij;e donc constamment, sans se détruire jamais. En est-il de même des forces: mouvement, lumière, électricité, chaleur, etc., dont nous constatons chaque jour les eftels? Sont-

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elles également indestructibles, et une force ne peut-elle disparaître sans être remplacée par une force équivalente? La science moderne — et c'est peut-être sa conception la plus féconde — a prouvé qu'il en est ainsi. Protée aux mille formes, comme l'indestructible matière, la force aussi est impérissable, et quand elle semble disparaître, elle ne fait que se transformer. Lorsqu'on lance un boulet contre la cuirasse d'un vaisseau blindé, le projectile s'arrête en la touchant, et son mouvement est en apparence détruit; mais, en réalité, il n'en est rien. Anéantie comme mouvement, la force dont le boulet était animé reparaît sous forme de chaleur, et, en effet, le métal dont il est composé rougit. Une force quelconque, le mouvement, par exemple, peut ainsi se transformer en d'autres forces, telles que la chaleur, la lumière, l'électricité. On est même parvenu à calculer a quelle quantité de force d'une nature déterminée équivaut une quantité donnée d'une autre force. On sait, par exemple, que la chaleur nécessaire pour élever de 1 degré la température de 1 litre d'eau serait suflisante pour élever 1 kilogranune à la hauteur de 425 mètres.

Il y a quelques années à peine, les diverses forces : chaleur, magnétisme, électricité, Imnière, etc., étaient considérées comme des fluides particuliers, indépendants de la matière. Aujourd'hui on admet ([u'elles sont intimement liées à cette dernière ; on les envisage comme étant le simple résultat de ses vibrations, et peut-être ne pourrait-on mieux les définir qu'en disant qu'elles sont des manières d'être de la matière.

3Iais si les forces du monde inorganique sont dans la dépendance rigoureuse de la matière et, comme elle, identiques au fond dans leur essence, celles que manifestent les êtres organisés obéissent-elles à la même loi, et le fluide vital, l'archée des anciens physiologistes, toutes ces forces mystérieuses dont l'homme a doté ses organes, seraient-elles aussi de vaines chimères? Résoudre ce difficile problème n'est pas encore possible. Ce n'est que d'hier que la science a réussi à soulever le voile qui le cachait, en montrant, comme nous le verrons plus loin, que toutes les forces dont les êtres vivants disposent sont empruntées à leurs aliments et qu'ils ne font (jue les transformer. L'oiseau, dans son vol rapide»

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l'ouvrior. dans son rude lalunii'. l'orateur, dans ses eiïorls pour soulever les Coules, ne (ont (jue nieltie en jeu, en les transloiniant, les forces que contiennent les inatériauv introduits par la di.:i:estion dans leurs organes. Ils ne créent rien, ni foiTC ni matière. Kt le penseur lui-nirriie, dans sa reclier'che ai'deiile de 1 inconriu. jniise à la même source les élemenls de ses conceptions hardies.

La quantité de force musculaire équivalente à une somme déiermineede chaleur' disparirc nous la connaissons rigoureusement. Nous savons, comme nous Tavons dit, ({ue la chaleur' nécessaire pour élever de 1 degré la tempér'ature de l litie d'eau peut être transformée en une quantité de mouvement sullisante pour élever 1 kilogramme à la hauteur de 625 mètres. iMais entre cette même chaleur et une rnanilcstation intellectuelle , une conception profonde, un discour's hahile, quelle commune mesure trouver?

Sans doute, on peut admettre, avec Lavoisier, qu'il est possible de calculer (( à combien de livres en poids répondent les elïorts «d'un homme qui récite un discoui's, d'un musicien qui joue «d'un instrument, et qu'on pourr'ait même évaluer ce qu'il y a de « mécanique dans le travail du philosophe qui réfléchit, de l'homme «qui écrit, du musicien ([ui compose. » D'après les recherches récentes du docteur Haughton, il se dé[)enserait autant de force motrice dans un travail cérébral de cinq heures que dans un travail musculaire d'une durée double, tel que celui d'un paveur des rues, par exemple. Cependant, dans l'état actuel de la science, il nous paraît impossible de donner en chilfres exacts l'éfjuivalent mécanique de l'activité intellectuelle.

Origine des forces manifestées par les êtres'vivants. Les matériaux au moyen desquels les êtres vivants renouvellent leurs éléments et où ils puisent les forces dont ils disposent sont empruntés aux plantes et à l'atmosphère. Les animaux se nourrissent aussi, il est vrai, d'autr^es animaux; mais, comme ces derniers ont emprunté aux végétaux leurs éléments nutritifs, c'est le monde végétal (jui. en dernière analyse, fait vivre le monde animal.

C'est sous Tinlluence de l'oxygène de l'air que sont mises en liberté les forces accuujulées dans les substances organiques que

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les plantes renferment ; mais pour comprendre comment la plante peut condenser les puissances diverses que l'animal met en jeu, quelques explications préalables sur les diverses formes que peuvent revêtir les forces sont indispensables.

Un poids soulevé et maintenu à une certaine hauteur, un ressort tendu, de la poudre à canon, possèdent en puissance ou, si l'on veut, à l'état latent, une force considérable, qui ne se manifeste que lorsqu'on vient à laisser tomber le poids, détendre le ressort, enflammer la poudre.

La force ou, comme on le dit maintenant, V énergie peut donc se manifester sous deux formes: la première, à l'état d'énergie potentielle ou de force de tension; c'est la force que peuvent acquérir le poids soulevé, le ressort tendu, la poudre à canon que l'étincelle n'a pas touchée; la seconde, désignée sous les noms &' énergie active ou de force vive; telle est, par exemple, la puissance que développent la poudre enflammée, le ressort détendu, le poids soulevé qu'un obstacle ne maintient plus.

Les aliments contiennent une somme d'énergie potentielle considérable, qu'on détermine facilement, du reste, en mesurant la quantité de chaleur produite par leur combustion. Lorsqu'ils sont introduits dans les organes et mis en présence de l'oxygène dans certaines conditions déterminées par l'action du système nerveux, ce dernier gaz agit sur eux comme l'allumette sur la poudre, la main sur le ressort qu'on débande, et fait passer à l'état d'énergie active, apparaissant alors sous forme de chaleur, de mouvement, etc., l'énergie qu'ils ne possédaient qu'en puissance.

Mais cette force que la plante contient en puissance, elle l'a puisée quelque part, car créer de la force serait aussi impossible à un être vivamt que de créer un atome de matière. Cherchons donc son origine.

Nous avons vu que la plante se nourrit d'eau, d'acide carbonique et de principes minéraux divers, empruntés au sol et à l'atmosphère. Ces composés, fort simples, ne contenant plus d'énergie disponible, sont convertis par elle, sous l'influence de la chaleur solaire, en produits divers : amidon, sucre, albumine, corps gras, etc., doués d'une énergie potentielle qui représente précisément le

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