EXCES
(lu la teinpi'raturc
du l'animal sur
celle du milieu ambiant.
Poule
Pigeon
Mouton
Singe
Chien et lapin
Homme
Degrés.
Vipère
Crapaud et grenouille. .
Petits poissons ....
Insectes. ...,,.
Mollusques
Degré».
LA ( IIAI.KII; AMMAI.K. 45.-)
La température du snni? n'est pas identique dans tons les ori^aïus. Le saii.i; d{'> veines siis-li('|)ati(|ues esl plus chaud (jue celui de la veine porte ; celui (jui sorl du IuIxï dincstiC, plus chaud que celui (pii y pénètre. Elle ani^inente dans le saiii,' veineux quand les organes fonctionnent. Mais toutes ces dilTérences dépassent ralenienl 1 dei,M'é.
La température du sang s'élève légèrement après les repas et diminue dans leur intervalle.
Ouand laninuil est soumis à une diète prolongée, sa température baisse, et (piand cet abaissement atteint une douzaine de degrés, il cesse de vivre. Ce refroidissement, (|ui n'est pas régulier, se produit en grande partie le jour de la mort.
Chez les jeunes animaux et chez les animaux Agés, la température est un peu inférieure à ce qu'elle est chez l'adiilte et, de plus, elle est susceptible d'éprouver d'assez grandes variations. C'est, d'après Roger, chez l'enfant ([u'on observe les plus grands écarts de température. W. Eduard a vu que, chez des oiseaux d'une semaine retirés de leur nid, la température s'abaissait, en moins d'une heure, de 36 à 19 degrés. Les jeunes animaux sont donc trèssensibles à l'action du froid, et c'est avec raison qu'on prend de grandes précautions pour y soustraire les enfants.
Les animaux supérieurs sont les seuls qui possèdent une température propre, indépendante de celle du milieu où ils vivent. Les animaux inférieurs, qu'on désigne assez souvent sous le nom d\ininiau.f à sang froid, ont une température qui suit les variations de celle de l'atmosphère ou de leau dans laquelle ils sont plongés, et ne la dépasse que de très-peu.
Chez les végétaux, l'excès de la température sur le milieu ambiant est encore plus minime que chez ces derniers et ne dépasse guère ((uelques dixièmes de degré, à l'exception toutefois des fleurs, chez lesquelles, au moment de la fécondation, il peut atteindre 20 degrés, et qui, alors, dégagent de l'acide carbonitjue. con)me les animaux. L'intérieur des arbres présente souvent, l'hiver, une température bien supérieure à celle de l'atmosphère; mais cette différence provient simplement de l'élévation de la température de l'eau puisée à une certaine profondeur par leurs racines. Dans les pays chauds, la
température de l'eau venant du sol étant très-inférieure à celle de l'atmosphère, l'intérieur des arbres possède une température relativement très-basse, et c'est à cette cause, sans doute, qu'est due, en grande partie, la fraîcheur des fruits qu'ils produisent.
La température des animaux a une inlluence considérable sur leurs propriétés vitales : ces dernières sont d'autant plus étendues qu'elle est plus élevée. Les oiseaux, qui sont les animaux dont la température est la plus haute, sont aussi ceux dont la respiration est la plus rapide et les mouvements les plus actifs. De tous les êtres vivants, ce sont eux qui vivent en réalité le plus vite. Ce n'est, du reste, que par une alimentation très-abondante et une consommation proportionnée d'oxygène qu'ils peuvent maintenir leur haute température. Les oiseaux consomment en moyenne dix fois plus d'oxygène que la plupart des manimifères. Cette influence de la chaleur sur les propriétés vitales est facile à observer chez les animaux inférieurs, dont la température suit, comme nous l'avons dit , celle de l'atmosphère. Les reptiles et la plupart des animaux à sang froid sont alertes pendant l'été; mais pendant l'hiver ils s'engourdissent et tombent dans un profond sommeil, dont l'élévation de la température peut seule les réveiller. Chez les animaux hibernants, tels que les marmottes, il peut arriver, ainsi que l'a plusieurs fois constaté Claude Bernard , que la température ne soit pas supérieure à 3 degrés au-dessus de zéro. Si l'animal vit à une température si basse, ce n'est qu'en raison du peu d'activité de ses tissus et de leurs fonctions. Dans le sommeil profond oii ils sont alors plongés, leurs organes fonctionnent a peine*.
* Température animale dans les maladies et après la mort. — Dans les maladies, la température du corps subit des variations comprises dans des limites qui ne dépassent jamais 5 à 6 degrés. Mesurées au moyen d'appai'eils suffisamment précis, ces variations peuvent fournir des renseignements précieux pour le diagnostic. On emploie, pour les mesurer, des thermomètres ne comprenant qu'un petit nombre de degrés, mais assez espacés pour que l'intervalle existant entre chacun d'eux puise être divisé en dix parties. On choisit un réservoir assez petit pour que le liquide qu'il contient puisse rapidement subir les changements de température du milieu ambiant.
Pour mesurer la température du corps, on place l'instrument dans l'aisselle ou, ce qui est moins commode, dans le rectum, ou encore sous la langue, et on le laisse en place environ un quart d'heure avant de noter la température qu'il indique. Quand on veut explorer la température des régions superficielles, on abrite la partie du ré-
LA (FIALKn; AXIMALi:. 457
Rervoir qui n'est ])«» t-n contact avi-c lu jx'nu, par une pouttiJ-rcs «lu liège parnic <le laine, l'our les reclierclios de la tcmpriaturc dans les prolondcurs des tissus, ou emploie les aiguilles tlieriiio-eleetii(|nes, ijiii iiidi(|iient raeileiiiciit des centièmes de degrë, mais sont d'un maniement ditlieilc
A part de rares exceptions, telles que l'agonio du choiera, le refroidissement progressif des nouveau-nes, l'empoisonnement par les opiacées et les solanécs, on constate que la température s'e'lève pres(|ue toujours dans les maladies. Tantôt l'ascension peut être brusque, à peine interrompue par une petite rémissicju, et en quelques heures, connue dans la fièvre intermittente, ou en un ou deux jours, comme dans la scarlatine, la variole, la i)ncumonie , le thermomètre s'e'lève de 37" à 41". Tantôt, au contraire, comme dans la fièvre typhoïde, elle est graduée et met quatre ou cinq jours jiour arriver, avec quelques oscillations, à son maximum. Tantôt enfin l'Ile est irregulière, connne dans la pleurésie et le rhumatisme articulaire aigu.
(juand la maladie a une issue favorable, la température peut baisser graduellement ou brusquement. Elle baisse brusquement, en 24 heures, dans la pneumonie, la rougeole et l'erisypèle. Elle baisse lentement, eu 7 à 8 jours, dans la fièvre typhoïde, le rhumatisme articulaire aigu, etc.
Quand le thermomètre se maintient longtemps à un chiflVc élevé et ne présente que des rémissions courtes et de quelques dixièmes de degré seulement, l'issue de la maladie est presque invariablement funeste. Le thermomètre se maintenant plu" sieurs jours entre 40° et 41°, avec des rémissions très-faibles le matin, indique une mort prochaine, l'organisme étant impuissant h suffire longtemps à une pareille consommation des tissus. Dans la fièvre typhoïde, un chifiVe stationnalrc oscillant autour de 39°, avec rémission d'un demi-degré à 1 degré le matin, permet de porter un pronostic favorable.
Au moment de la mort et dans les premiers instants qui la suivent, il arrive fréquemment que la température s'élève légèrement. Peut-être faut-il l'attribuer à ce que la chaleur convertie pendant la vie en travail musculaire, ne l'étant plus après la mort, apparaît en totalité sous forme de chaleur. J'ai vu, chez un malade, l'élévation atteindre près de 3 degrés.
Le refroidissement du corps après la mort est beaucoup plus lent qu'on ne pourrait le supposer. J'ai eu l'occasion de faire, sur ce point, à l'hôpital militaire du Valde-Grâce, une série d'expériences qui m'ont conduit h, des résultats intércssAts. Chez le malade cité plus haut, qui mourut à 2 heures 1/2 de l'après-midi, la température à 3 heures 1/2 était de 39o,5; à 5 heures 1/2, de 37°; h 8 heures, de 34; à 10 heures, de 33"; la température de la salle oii séjournait son cadavre était de 20". J'ai constaté que dans la majorité des cas, 8 heures ajjrès la mort, quand la température extérieure est d'environ 15", le corps a une température de 26 à 30 degrés. La durée du refroidissement complet dépasse presque toujours 24 heures, et chez les sujets morts de maladies aiguës elle oscille habituellement autour de 48 heures.
En poursuivant ces observations longues et pénibles, j'avais pour but, non de satisfaire une vaine curiosité, mais de rechercher si on ne pourrait pas trouver dans le refroidissement du corps, apprécié par le thermomètre, un signe certain de la mort.
En les combinant avec celles que j'ai faites sur la mort par asphJ^xie, je crois pouvoir dire que chez les animaux supérieurs, les hibernants exceptés, une température de 20" dans un milieu où le thermomètre marque 15" peut être considérée comme un signe certain de la mort. Jamais je n'ai pu ramener h la vie les mammifères que, par des moyens divers, j'avais amenés à cette températvire. Ce moyen de constater la mort réelle pourrait certainement être mis en pratique. Les seules objections à lui faire, c'est qu'il exigerait souvent de conserver les cadavres un temps fort long, et que, par de fortes chaleurs, l'élévation artificielle de la température du corps empêcherait
de mesurer sun refroidissement. On peut répoudre à la première qu'il serait facile de conserver les cadavres dans des chambres mortuaires établies à cet effet, ou simplement dans les pièces où ils sont morts, en prolongeant le délai qui sépare l'inhumation du décès. On peut dire h la seconde que dans les fortes chaleurs les premiers signes de décomposition (taches sur l'abdomen), se manifestant avant le complet refroidissement, rendent inutile la constatation de ce dernier signe.
Résistance des animaux aux températures extrêmes.
Si, dans un four où le thermomètre marque 120 degrés centigrades, nous introduisons un homme vivant, un vase plein d'eau et un morceau de viande, et qu'au bout d'un quart d'heure nous les en relirions, le morceau de viande sera presque cuit, l'eau sera en ëbullition; l'homme seul n'aura pas subi les effets de cette température élevée.
Si nous transportons maintenant le même individu avec les objets (jue nous venons d'indirpier dans les régions glacées du pôle et que nous les exposions à une température de 40 degrés au-dessous de 0, l'eau et la viande se congèleront immédiatement; l'homme seul résistera encore.
Les diiïérents liquides qui entrent dans la constitution du corps possèdent la propriété de se réduire en vapeur à une température voisine de iOO° et de se congeler à une température peu inférieure à 0. Pour qu'ils puissent résister à ces températures extrêmes, il faut qu'ils possèdent le moyen de se soustraire à leur action, ou qi^'une cause vquelconque vienne les refroidir ou les réchauffer à mesure qu'ils tendent à subir les effets de la température du milieu ambiant.
Ce n'est pas iuipunément, du reste, que l'homme et les autres animaux s'exposeraient longtemps aux températures que nous venons de mentionner : en y restant exposés, ils finiraient par succomber bientôt. Un chien soumis dans une étuve sèche à la température de 110" meurt au bout de 18 minutes; un oiseau, au bout de 10 minutes. Si Tétuve est humide, ils succombent beaucoup plus vite. Dans tous les cas, la mort arrive dès que leur température s'est élevée de /i à 5 degrés.
Les animaux ne peuvent, en réalité, supporter longtemps sans danger des températures très-inférieures ou très-supérieures à celles des latitudes où ils vivent habituellement. Nous nous sommes
1,.\ ( ll.MJ'.ri: A M. MAL H. 450
siillisajiiMKMil ('((mkIu sur ce |i()in( et sur les (*ons('(|uences inipoilunU's (|ui (Ml (Uh-ouIcuI , en Irailantcle l'alniosplièiv.
i.a résistance do riioniine, livs-siipérieiii'e en géncM'al, du reste, il celle de la plupai't des aiiiuiauv, \ane eonsidérablenienl sui\an( les races; les peu|)les nuTidionauN:, coiitraii'euienl à ce (ju'on pourrait croire, supportent mieux le froid (jue ceux, du \ord. Dans la retraite de I8I'"2 ce lurent les régiments italiens qui résistèrent le mieux au froid. Russes et Français en souffrirent cruellement.
\m résistance aux basses tenipi'ratures n'est , au surplus , possible qu'en se couvrant de vêtements (jui , emprisonnant la couche d'air échauffée par la surface cutanée, empêchent le rayonnement et s'opposent à une évaporation active par la peau. Elle est aussi favorisée par les mouvements. Spallanzani rapporte que parmi des Hollandais qui passèrent un hiver au Spit/.berg par un fi'oid trèsrigoureux, ceux qui s'enfermèrent dans des cabanes et restèrent près du feu moururent de froid , alors que ceux qui vécurent en plein air en travaillant et en chassant résistèrent. Les basses températures nécessitent, de plus, une nourriture riche en matériaux nutritifs doués d'une grande somme de chaleur potentielle, comme les corps gras.
Dans les licjuides. le refroidissement et le réchaullèment sont bien plus rapides que dans l'air; un animal plongé dans une atmosphère à 100 degrés au-dessus deO ou à /|0 degrés au-dessous peut, comme nous l'avons dit. y séjourner quelque teMi[)S; mais dans un bain ayant ces températures il succomberait immédiatement. Au-dessous de 0 il serait congelé; au-dessus de 100" ses tissus seraient promptement désagrégés. Un chien dans une étuve humide à 80- meurt en 2 minutes; dans un bain l\ 55'' il succombe en 8 minutes.
Certains animaux paraissent cependant posséder la propriété de résister à la congélation. Guimard a vu, pendant son séjour en Islande dans l'hiver de 1828 à 1829, des crapauds renfermés dans des boites de terre exposées à l'air se congeler et revenir h la vie quand on les réchauffait graduellement. Duméril observa les mêmes faits. Ils ont été contestés récenunent par notre savant ami M. Pouchet, qui allirme que la congélation altèr-e profondé-
ment les globules et fait fatalement périr les animaux qu'on y soumet. Il est probable que la divergence des résultats constatés par divers expérimentateurs tient aux moyens employés pour congeler ou réchaulTer l'animal. Ce n'est qu'en le congelant ou en le réchaufTant fort lentement qu'il est possible de le ranimer. Si on le réchauffe brusquement, ses tissus sont frappés de gangrène. C'est précisément ce qui arrive quand on met un individu gelé dans une pièce trop chaude. De là l'utilité de le frictionner d'abord avec de la neige, puis avec de l'eau froide, et ensuite avec de l'eau chaude *.
Régulateurs de la chaleur animale. Examinons actuellement les causes qui permettent aux organes de se maintenir à une température constante. Ce sont les glandes sudoripares et les vaisseaux pulmonaires qui, sous l'influence du système nerveux, sont les agents de cette régularisation. Quand le corps est exposé à
* Insuffisance des indications fournies par le thermomètre pour apprécier l'action de la température extérieure sur les êtres vivants. — Les effets que peut produire une température détermiue'e sur le Corps ne peuvent, on réalité, être appréciés par le tliermomètre. Un animal qui résiste un certain temps dans une étuve à une tempéraure de 100 degrés au-dessus de 0 résistera un temps beaucoup moins long dans une étuve humide où le thermomètre indiquera cependant le même degré, et il succombera immédiatement si on le plonge dans un liquide à la même température. Si ou le laisse se promener l'été au soleil par une température élevée, il ne semblera pas en souffrir; mais si on l'attache à une planche, il- ne tardera pas à succomber. L'hiver, par un grand vent ou par un temps humide, on souff're souvent du froid à une température qui semble agréable pendant l'été. Une température de quelques degrés au-dessous de 0 se supporte facilement par un temps calme; si le corps est exposé à un courant d'air, la température, quoique restant la même, semble intolérable. Le capitaine Ross rapporte, dans la relation de son voyage au pôle , que les matelots, par un temps calme, se promenaient à l'air par une température de 41 degrés au-dessous de 0 sans en être incommodés, tandis que par une température de 29 degrés avec du vent, ils ne pouvaient sortir. La température accusée par le thermomètre n'est pas, en réalité, celle qui est absorbée par les organes. Cette dernière dépend de causes très-variables, que ne saurait indiquer cet instrument. L'état hygrométrique de l'atmosphère, les courants d'air, la nature et la couleur des vêtements modifient considérablement les eff'ets de la même température. Il suffit, pour se rendre compte de l'insuffisance des indications fournies par le thermomètre, d'exposer dans le même endroit, au soleil, comme nous l'avons fait, une série de thermomètres dont le réservoir soit enveloppé de matières différentes: drap, fourrures, coton, et on constatera que, bien que placés dans un même lieu, ils marqueront des températures extrêmement difl^érentes. Cette qiiestion, qui n'avait pas encore attiré l'attention des physiologistes, mérite certainement d'être approfondie.
LA (IIA LKIK AN I MA Uv h.l
une lonipôraliiro ôlevoo, les vnso-iiiolciiis dihilont les v;»isse;m\; le saii,:;. allltiai»! alors (;ii Lçraiide (|iiaiili((' dans les vaisseauv piiliiioiiaii'es el dans les vaisseaux des glandes sudoripares, s'y trouve exposé il une vaste surfaee et se refroidit. J.e relioidisseinent est lavorisé par l'evapoi'alion de l'eau ii la surface des |)()urnons et de la jH'au, c'est-à-dire par la transpiration. Quand, au contraire, le corps est exposé au froid, les nerfs vaso-moteurs contractent les capillaires, et le saniç, au lieu de se porter à la surface du corps, rellue vers les organes internes, où il n'est pas exposé au refroidissement, et par suite, la transpiration cutanée et pulmonaire est moins abondante.
Quand on r('ll(''('Iiil à l'énorme surface que présentent les glandes sudoripares, on com|)reud leur inlluence sur la calorilication et les inconvénients qui peuvent résulter d'une entrave apportée à leurs fonctions. C'est surtout à leur action sur elles (lue sont dus les ellcts d'un des moyens thérapeutiques les plus puissants que nous possédions , riiydrolliéraj)ie.
On a calculé que la perte de chaleur occasionnée par la transpiration pulmonaire et cutanée s'élève en 2/i heures au tiers de la chaleur produite. Plus la respiration est rapide, plus la transpiration est abondante, et comme son pi'oduit li(|uide emprunte au corps une quantité de chaleur considérable pour se transformer en vapeur, le refroidissement est proportionnel à l'abondance de la transpiration.
C'est à l'action réfrigérante produite par une transpiration abondante que le corps doit de pouvoir supporter dans une étuve la température élevée que nous avons indiquée plus haut. La perle qu'il subit alors par l'évaporation est extrêmement considérable. Dans une étuve à 109°, J3erger perdit en 7 minutes 220 grammes d'eau par transpiration pulmonaire et cutanée, ce qui représente plus des deux tiers du poids du corps pour 2 /t heures. Dans une étuve chaulFée à ô6° seulement, mais remplie de va[)eur, le même observateur fut obligé de se retirer, fort incommodé, au bout de J2 minutes. La vapeur d'eau faisant obstacle à la vaporisation du produit de la transpiration, ce dernier restait alors à l'état liquide et n'exer(^ait, par suite, aucune action réfrigérante.
462 PHY-SIOLUGIE HUMAINE.
C'est donc uniquement parce que l'évaporation refroidit le corps, et non à cause d'une propriété vitale particulière, que les êtres vivants peuvent résister à de très-hautes températures. Les corps inanimés placés dans les mêmes conditions manifestent la même résistance. En introduisant une éponge mouillée, un alcarazas et une grenouille dans une étuve à 60°, on constate qu'ils présentent au bout d'un (piart d'heure une température identique, laquelle est de 15 à 20 degrés inférieure à. celle de l'étuve.
Sources de la chaleur animale. Les anciens considéraient la chaleur animale comme la manifestation d'une force spéciale, dont ils placèrent successivement le siège dans divers organes. Ce n'est que depuis une époque tout à fait récente que nous possédons des notions un peu exactes sur son origine.
C'est uni({uement aux dépens des matériaux empruntés aux aliments que la chaleur s'engendre. Les aliments contiennent, comme nous le savons, de la chaleur potentielle , (pi'ils mettent en liberté par leurs combinaisons avec l'oxygène, et on a i)u même, ainsi que nous l'avons vu, mesurer la c[uantité de chaleur et de force correspondant h chacun d'eux. Xous avons donné (page 1 22) le tableau où sont consignés les résultats de ces recherches.
C'est avec raison, dans un certain sens, que l'action de l'oxygène sur les tissus a été comparée par Lavoisier à une combustion de carbone et d'hydrogène analogue à celle qui s'opère dans un foyer ou dans une lampe allumée. Les animaux sont de véritables corps comburants, et, connue dans la lampe, la flamme de la vie s'éteint si l'élément comburant fciit défaut. 3Iais nous savons aujourd'hui que ce n'est pas par une couibustion directe, mais seulement par une série de dédoublements successifs, que les matériaux destinés à l'élimination sont amenés à l'état d'eau, durée, d'acide carbonique, etc.. sous lequel ils sont rejetés au dehors. C'est même en partie pour cette raison qu'on ne trouve pas un rapport exact entre la quantité de chaleur dégagée par un animal dans un temps donné et celle correspondant à la quantité d'acide carbonique qu'il produit dans le même temps.
Le sang est indispensable à la production de la chaleur animale*
A ( MA I.Kl i; A M. M A l.i;
comme il lest, ilii reste, à la'inanircslation de toutes les loiielions. En comprimant les arlèics (nii amènent le saniî a un membre, on voit inimédiatemeiil (|iie la température de ce dernier s'abaisse. I/aceiimulalion du san,^ dans les tissus élève, au eontraii'e. leur température, ainsi (pi'on le constate dans l'inllannualion,
I.a chaleur animale a son foyer, non dans le poumon, ainsi (pn; le croyait l.aNoisier. mais, comme la respiration, dans tous les poitits lie l'organisme; partout oii il y a contact du san.i,' avec les tissus il y a nutrition el, par suite, production de chaleur.
A l'état normal, l'évaporation , le rayonnement à la surface du corps, la dépense de calorique produite par sa transfoi-mation en force musculaire, sont en rapport avec la rpiantité de chaleur engendrée au\ déi)ens des aliments. Mais quand la déperdition de chaleur est trop considérable* par suite d'un travail musculaire plus actif ou de la nécessité de lutter contre une tenipérature très-basse, une plus grande quantité d'aliments devient nécessaire. Chacun sait que le travailleur est obligé de consommer plus de nourriture que l'homme inactif, et qu'on mange plus dans les pays froids que dans les-pays chauds. Ce n'est qu'en absorbant par jour 0 ou 7 kilogrammes de chair grasse à peine cuite que les peuplades du Nord luttent contre la température polaire, et tous les voyageurs au pôle ont reconnu que ce n'était qu'en se soumettant à un régime semblable que l'homme des latitudes tempérées pouvait vivre dans ces régions glacées.
En se basant sur la (juantité d'acide carbonique et d'eau exhalée par le poumon et la peau en 2/t heures, on a essayé de calculer la quantité de chaleur i)roduile par un animal dans le même temps. La (piantité de chaleur produite par la combustion des :2'iOgi-ammes de carbone et des 15 grammes d'hydrogène que l'homme élimine chaque jour en moyenne serait capable d'élever de .1 degré la température de 2500 kilogrammes d'eau, ou de iOO degrés celle de 25 kilogranunes du même li([uide.
Transformation de la chaleur animale dans les organes. La chaleur engendrée dans les tissus par les transformations chimiques que les aliments subissent se divise en deu\ parties, l'une
qui reste à l'état de chaleur sensible; perceptible par le theriiioinètre, et se perd par le rayonnement du corps et la transpiration cutanée et pulmonaire; l'autre, — un cinquième seulement de celle produite dans le corps, d'après Helmholtz, — qui se transforme en mouvement et est l'origine des contractions musculaires nécessaires a l'entretien de la circulation, de la respiration, de la marche et de toutes les fonctions.
Le système musculaire est un appareil de conversion de forces bien supérieur aux meilleures machines à vapeur. Ces dernières n'utilisent, en effet, d'après Hirn, que les douze centièmes de la force disponible, tandis que le système nerveux en emploie les dix-huit centièmes. Le navire qui traverse l'océan consacre 88 p. 100 de son charbon a chauffer inutilement les Ilots qu'il sillonne et l'atmosphère (jui l'entoure. Les 12 p. 100 restants sont seuls utilisés. Le muscle est, en réalité, le plus économique producteur de force mécanique connu.
La chaleur se convertissant en mouvement musculaire, il est évident que, suivant l'état de repos ou d'activité du muscle, une quantité plus ou moins grande de chaleur doit être mise en liberté et devenir perceptible au thermomètre. Le nuiscle qui fonctionne élève toujours sa température, par suite de l'activité plus grande des phénomènes nutritifs dont il devient le siège; mais sa chaleur s'accroît moins quand sa contraction est employée à produire un travail mécanique ; celle que marque le thermomètre n'est que le complément de la chaleur transformée en travail.
Dans une ascension au 31ont-Blanc, en 1869, Lortet a constaté que sa température baissait de 4 à 6 degrés, chiffre énorme quand on sait combien sont minimes les variations de la température animale. Lorsqu'il s'arrêtait , le thermomètre remontait rapidement à son chiffre normal, ce qui prouve que le refroidissement n'était pas du à la température ni à l'action de l'air froid. Il tenait uniquement à l'excès de travail mécanique de l'ascension , qui nécessitait la transformation d'une telle quantité de chaleur que celle susceptible de se montrer à l'état de liberté était considérablement réduite. Malgré la précaution qu'il avait de prendre des aliments toutes les deu\ heures, suivant les conseils des guides, il n'arrivait
LA CIIALKini ANIMA U:. 4G5
pas à produire dniis un (ciDps donné, une quantité suflisanlc de chaleur, par suite de la dépense eonsidéral)le de l'orée nécessitée par rascensiou et de la pauvreté en ovygène de l'air raréfié des MioiilajL^nes,
Toutes les forces des êtres vivants ne sont donc, coinuie nous venons de le voir dans ce chaj)ilre, que de la chaleur ti'ansfbrniée, et celte chaleur piovient de la plante, qui, elle-inènie, l'a empruntée au soleil. Par un pressentiment dont la science moderne devait, cin(| à six mille ans plus tard, démontrer la justesse, les priniilifs adorateurs du soleil et du feu vénéraient dans l'astre dont la bienl'aisante chaleur est indispensable à la production de la vie le prinei])e de toute existence. Dans les poéti(jues fictions des relii^ions antiques, la chaleur était considérée comme l'image de la vie; le froid, comme le symbole de la mort.