CHAP1TRE XII
Appel par J6sus de ses premiers disciples.
Tandis que Jesus etait dans la montagne, se soumettant au jeune et a la tentation, Jean avail continue a remplir son ministere ; et peu a peu, a mesure qu'e s'adoucissait la temperature, les penitents recommengaient a affluer a Belhabara. De Galilee notamment il venait beaucoup de monde ; nous savons, par exemple, que la population de Magdala, petite ville sise au bord du lac de Tiberiade, accourut en masse pour voir Jean 1 et que Bethsa'ide, bourg de peche voisin, fournit, de son cote, un important contingent de penitents.
Cette reprise de 1'affluence aupres de Jean fut vite connue a Jerusalem et y causa un grand emoi. Nous 1'avons dit, apres avoir ete invectives par Jean, les notables, soit pharisiens, soit sadduceens, qui etaient venus de Jerusalem pour reconnaitre quelle person-
1 Luc, VII, 24. Qu'etes-vous alles voir dans le desert? demandera plus tard Jesus 4 la population de Magdala en parlant de Jean. 11 est possible que quelques Magdaleens soient alles dans le desert de Judee visiter Jean, mais ce fut 1'exception. Saint Luc doit parler du concours des penitents a Be'thabara et c'est par hyperbole qu'il nomnie desert ce lieu sterile. Voir plus haut, page 115, note 5.
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nalite il etait, avaient rapporte de leur voyage au Jourdain une profonde amertume, et depuis lors ils traitaient dedaigneusement le baptiste.de fou et de demoniaque 1 . Aucun d'eux n'avait imagine que le succes de sa predication, qu'ils jugeaient insensee, se maintiendrait longtemps, et voila qu'apres 1'acealmie de 1'hiver, ce succes s'affirmait de nouveau. Les sadduceens, toujonrs sceptiques, resterent dans une immobilite dedaigneuse; mais les pharisiens 2 s'inquieterent de ce redoublement de la popularite de Jean, car leur autorite risquait fort d'etre diminuee, sinon aneantie, par elle; ils deciderent done, ^fin d'etre mieux armes centre le baptiste, de faire aupres de lui une enquele qui percerait a jour le secret de sa personnalite et, par suite, de son ascendant sur le peuple 3 .
En consequence, ils choisirent enlre eux un certain nombre de pretres ; mais comme le haul clerge etait en tres grande majorite sadduceen et ne voulait pas se deranger a cause de Jean, ils furent obliges, pour faire nombre, de prendre aussi deslevites 4 et la delegation pharisienne ainsi formee fut chargee d'aller demander a Jean : Qui es-tu B ?
Comme dans la foule des gens qui s'etaient fait baptiser par Jean beaucoup pensaient et disaient
, XI, 18, et XXI, 32; LOG, VII, 33.
2 Saint Jean dit : les Juifs (I, 19} ; mais chez lui, nous aurons souvent 1'occasion de le remarquer, cette expression ^ignifie les Juifs hostiles a J6sus. II faut se rappeler que saint Jean ecrivit son evangile- a la fin du i er siecle et qu'alors il n'y avait plus de Juifs susceptibles de ne pas etre hostiles a Jesus...
3 JEAS, I, 19.
qu'il pourrait Men etre le Messie ' , les delSgues des pharisiens/a leur arrivee a Bethabara, eurent vent de ce sentiment, et ils modifierent en consequence 1'interrogation qu'ils devaient poser. N'es-tupas le Christ (le Messie) ? demanderent-ils a Jean quand ils 1'aborderent. Jean, en reponse, leur confessa nettement sa position au regard de Jesus : Non, ce n'est pas moi qui suis le Christ ; par la tournure donnee a sa denegation il indiquail assez clairement qu'un autre 1'etait et se trouvait a cette heure meme en terriloire israelite; mais les delegues pharisiens ne prirent pas garde a cette indication et ils poursuivirent leur interrogatoire en ne visant que la personne de Jean : Alors qui done es-tu? es-tu Elie ?
Le prophete Malachie avait predil le retour d'Elie sur la terre afin qu'il ramenjit les descendants corrompus des patriarches a la vertu de leurs peres et qu'il empechat ainsi le Seigneur de frapper d'analheme le peuple Israelite* . Dans la croyance alors en vogue chez les pharisiens, grace aux commentaires de leurs scribes 3 , ce retour d'filie sur la terre devait y preceder Tarrivee du Messie : c'est pourquoi les pharisiens, sachant desormais que Jean n'etait pas le Messie, lui demanderent s'il n'etait pas son'precurseur, Elie.
Jean aurait pu pretendre qu'il 1'etait; car un peu. plus tard nous verrons Jesus assimiler la mission du bapliste a la mission future d'Elie 4 ; mais Jean prit
1 Loc, III, 15. *
8 MALACIHE, IV, 5 et 6.
s BlATTiiiEir, XVII, 10; MARC, IX, 10. \
* UATTHIBD, XI, 14, et XVII, 12; MARC, IX, 12.
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a la lettre la question des pharisiens, et il leur repondit categoriquement : Non, je ne suis pas Elie . ' . ~-
Les delegues, sur cette reponse, penserent alors an prophete anonyme doiit Moise avail parle dans le Deuteronome* , prophete, en la bouchie duquel le Seigneur raettrait ses paroles et qu'il vengerait si celles-ci n'etaient pas ecoutees. II est bien clair pour nous que ce prophete armonce par Dieu a Moise se confondait avec le Messie; mais beaucoup parmi les Juifs en faisaient alors deux personnages distincts. Es-tu le prophete 2 ? demanderent done les delegues a Jean. Non , repondit encore celui-ci.
Mais alors qui done es-tu? firent les pharisiens qui etaient au bout de leur science divinatoire. Dis-nous-le, car nous devons une reponse a ceux qui nous ont envoyes. Que dis-tu sur toi-me*me?
Repetant la prophetic celebre d'lsa'ie 3 , Jean leur repondit : Je suis la voix de celui qui crie dans le desert : Redressez le chemin du Seigneur . Getle reponse ne renseignait guere les delegues; car depuis le jour oil Jean avail commence sa predication, la prophetic d'lsa'ie lui etait couramment appliquee 4 . Aussi, pour amener Jean a s'expliquer davantage, les delegues souleverent un autre ordre d'idees : Pourquoi. si tu n'es ni le Messie, ni Elie, ni le prophete, te permets-lu de baptiser 8 ?
1 Dcuteronome,"lWIH, 18 et 19.
2 JEAN, I, 21 : 'O itpocp'/JTrii; el ov;