‹ La vie humaine de N.S. Jésus-Christ [microform]Chapitre 19 sur 72 · MATTHJEU, III, 3; MARC, I, 2; LDC, III · texte numérisé non relu

MATTHJEU, III, 3; MARC, I, 2; LDC, III

5 JEAB, I, 24.

Les pre'tres seuls, d'apres la loi mosai'que, avaient le pouvoir de purifier par 1'eau*; mais, tres ratiorinellement d'ailleurs, les docteurs de la loi avaient, dans leiir interpretation*, e"tendu ce privilege aux hautes personnalites qui devaient un jour venir sanctifier Israel.

Or Jean n'ayait aucune des qualifications requises suivant la doctrine des docteurs pour purifier ou sanctifier les homines; il etait, il est vrai, desouche sacerdotale, mais commeil n'avait pas rec,u la consecration prevue par la loi mosaique 3 , il ne possedait pas les pouvoirs du prtHre. Dans ces conditions, la casuistique des pharisiens avait occasion de s'exercer contre lui ; c'est pourquoi les delegues lui poserent la question : Pourquoi, si tu n'es ni le Messie, ni Elie, ni le prophete, te permels-tu de baptiser?

Jean leur repondit en repetant la declaration qu'il avait precedemment faite a la foule venue pour recevoir son bapteme* : Moi, je baptise dans Teau, mais il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas. C'est lui qui a etc annonce comme devant venir apres moi ; il existait avant moi ; je ne suis pas digne de denouer la courroie de^ sa chaussure 5 .

1 Uviiique, XVI, 52.

a Gette interpretation s'appuyait sur le passage suivant d'Eze'chiel (XXVVI, 23-26) : a Je sanctifierai mon grand nom que vous avez souille" au milieu des nations; afin que les nations sachent que je suis le Seigneur lorsque j'aurai etc sanctifie parmi vous devant elles.... Je repandrai sur vous une eau pure, j2t vous serez purifies de toutes vos souillures, et je vous purifierai de toutes vos idoles.... Et mon esprit, je le mettrai au milieu de vous.

5 Exode, XXIX, 7 et suiv.; Levitique, VIII, 12 et 13.

4 Voir plus haut, page 124.

e JEAN, I, 26 et 27. :

146 ' U VIE H1STORIQUE " .',

L'evangeliste saint Jean qui nous a rapporte cet entretien brise la son recit, sans nous dire quelle impression les paroles du baptiste produisirent sur les delegues pharisiens. Probablement ceux-ci se retirerent sans rien demander sur cet inconnu dont Jean preparait les voies; et, rentres a Jerusalem, ils durent y representer Jean'comme un energumene avecqui les gens senses n'avaient pas a se commettre et qu'il importait de reduire vite au silence, si on le pouvait, vu Tinfluence grandissante qu'il ayait sur le peuple.

Nous pouvons etre certains que, etant animes de tels sentiments, les delegues pharisiens n'etaient plus a Bethabara quand Jesus y reparut le lendemain meme de leur entrevue avec Jean' 1 . Descendant de la montagne ou il avait accompli son jeune de quarante jours, Jesus revinl au gue du Jourdain ou il avait regu, le bapteme de Jean et il retraversa le fleuve comme s'il youlait avoir une nouvelle entrevue avec le baptiste 1 . Celui-ci le vit venir de loin et, le montrant a plusieurs disciples qui se trouvaient avec lui et ne connaissaient pas Jesus, il leur dit : Voici 5 1'agneau de Dieu, celui qui enleve le peche du monde*. G'est lui de qui j'ai dit (hier aux pharisiens) : Apres moi

1 La date est nettement marquee par Tevangeliste : TYJ luaypiov (JEAN, I, 29). .

8 JEAN, I, 29 : Le lendemain Jean voit Jesus venant vers lui .

5 Le mot "ISe employe par Jean, quoique etant au singulier, n'exclut pas plus que notre void \a presence de plusieurs auditeurs.

* Jean se refere aux propheties d'lsai'e (LUI, 1) : Gommeune brebis, il sera conduit a la tuerie; et, comme un agneau devant celui qui le tond, il sera muet, n'ouvrant pas la bouche D, et (LI1I, 4 et 5) : II a vraiment pris sur lui nos iniquites et il a ete brise a cause de nos crimes; le chatiment, rancon de notre paix, est tombe sur lui, et par ses plaies nous avons ete gueris .

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vient un homme J qui existait avant moi, car, il est superieur a moi^ Quant a moi je ne le connaissais pas; mais c'esl pour qu'il fut manifests" a Israel que je suis venu et baptise dans 1'eau* .

Jesus aborda-t-il Jean ? et y eut-il entre eux echange de quelques paroles? L'evangeliste ne le dit pas; et ce silence fait penser que Jesus passa majestueusement devant Jean saris' s'arr^ter et disparut pour le reste du jour, soit qu'il ait regagne la montagne, soil qu'il se soit immaterialise, comme lors des deux dernieres grandes tentations.

En ce qui.concerne les evenements ulterieurs de cette journee, 1'evangeliste saint Jean s'est borne a relater un autre temoignage rendu a Jesus par Jean- Baptiste; il ne nous precise pas malheureusement devant qui et a la suite de quoi le baptiste rendit ce nouveau temoignage : J'ai vu, dit Jean, 1'Esprit sous forme de colombe descendre du ciel ; et il s'est arre"te sur lui* Et rnoi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m'a envoye baptiser dans 1'eau m'a dit : Celui sur quLtu verras 1'Esprit descendre et demeurer est celui qui baptise dans 1'Esprit-Saint. Et j'ai vu cela, et j'ai temoigne que celui-ci est le fils de Dieu 5 .

Le lendemain Jean se tenait encore debout sur la rive du Jourdain, et deux de ses disciples etaient avec lui. 11 vit de nouveau Jesus qui marchait lentement *. II le considera longuement 5 et il repela son

(JEAN, I, 50) homme d'un ordre suptrieur.

4 Littralement : </ut se promenail (JEAS, I, 36).

a; (JEAN, I, 36).

Ii8 LA VIE HISTOR1QUE

mot symbolique : Voici 1'agneau de Dieu . Les deux disciples donnerent attention a ce mot; peutetre etaient-ils de ceux qui 1'avaient entehdu la veille; et comme Jesus passait sans s'arreter, ils le suivirent dans sa marche.

Ces deux disciples de Jean etaient deux jeunes Galileens, habitants de Bethsa'ide sur le lac de Tiberiade; ils se nommaient Andre et Jean et elaient pcjcheurs de profession; mais Jean, encore adolescent, n'etait qu'un manoeuvre travaillant sous les ordres de son pere, pecheur aise nomine Zebedee, tandis qu'Andre, plus a"ge, possedait personnellement une barque en moitie avec son frere aine nomme Simon. Les deux families ne paraissent pas avoir ete unies par des liens de parente proche; mais comme il existait entre elles une association cooperative 1 , les jeunes gens etaient amis. Attires par le bruit de la predication de Jean, ils avaient done quitte ensemble leurs occupations que 1'annee sabbatique pouvait avoir reduites, et etaient venus au bas Jourdain pour recevoir le bapteme.

Jesus les laissa marcher derriere lui une certaine distance, sansparaitre les remarquer; puis se retournant il leur demanda : Que cherchez-vous . A cette question les deux jeunes gens ne firent pas une reponse directe; mais, pris d'uue inspiration soudaine, ils repondirejit par une autre question : Rabbi (c'est-a-dife maitre es science divine)*, oil habites-lu? Ils manifestaient par ces mots le desir d'enlrer dans Tintimite de Jesus. Yenez et.voyez ,

1 Luc, V, 7 : (AEToxot, partageant le profit. 3 La traduclion exacte est : mon maitre.

leur dit-il ; et repassant ayec eux sur la rive occidentale du Jourdain, il les meiia dans la montagne au lieu sauvage ou il habitait depuis plus de quarante jours.

II etait environ la dixieme heure, precise 1'evangeliste saint Jean, lorsque Jesus emmena les deux jeunes gens 1 . L'ancienne exegese voulait que cet evangeliste, quand il donne des indications d'heures, ait employe la methode en usage chez les Juifs au temps de Jesus, methode qui comptait les heures a partir du lever et du coucher du soleil. D'apres cette methode, la dixieme heure menlionnee ici correspondrait a peu de ehose pres a nos quatre heures de I'apres-midi ; mais ceux qui tiennent a cette opinion ne reflechissent pas que, par tan t des bords du Jourdain a quatre heures du soir dans les derniers jours de fevrier et faisant le chemin a pied, Jesus et ses deux compagnons n'auraient pas pu avant la iiuit. atteindre la partie elevee du Mont de la Quarantaine.

En opposition avec 1'exegese traditionnelle, plusieurs e"rudits auxquels nous nous rallions sans hesitation, professent aujourd'hui que saint Jean, dans son evangile, a toujours calcule les heures d'apres la methode en usage chez les Grecs a 1'epoque ouil ecrivait, c'est-a-dire en les comptant (comme nous le faisons encore) a partir de minuit et de midi. Cette maniere de compter rend comprehensibles dans 1'evangile de saint Jean plusieiirs passages dont Tinterpretation, en depit de toute la subtilite de-

ployee, n'a jamais pu etre faite de mariiere satisfaisanle par I'exegese ancienne 1 . En outre, elle est historiquement beaucoup plus rationnelle que la premiere; car saint Jean, quand il ecrivit son evangile, vivait depuis plus de quarante ans en pleine civilisation grecque, et il ecrivait a 1'adresse de Grecs ou d'hellenisants, et non a celle d'Hebreux; depuis vingt ans Jerusalem etait detruite et la nation juive dispersee, les coutumes juives, par consequent, absolument delaissees par les chetiens. Pourquoi saint Jean, qui, dans son evangile, ne se sert que de mesures grecques pour evaluer les distances et les poids, emploierait-il un mode de computer les heures qui n'etait pas celui de ses lecteurs?

Nous disons done que c'est dans la matinee, vers dix heures, que Jesus invi la Andre et Jean a le suivre, et que, arrive apres quatre ou cinq heures de

1 Par exemple, elle n'a jamais pu concilier par une explication acceptable 1'indication d'heure donnee par ^aint Marc (XV, 25) et celle donnee par saint Jean (XXIX, 14) pour le crucifiemeht de Jesus. D'apres saint Marc, qui compte certainement a la maniere hebrai'que, il etait la troisieme heure (environ neuf heures du matin) lorsque les soldats romains crucifierent Jesus, et d'apres saint Jean il 6tait environ la sixieme heure lorsque Pilate s'assit a son tribunal pour juger Jesus. Ainsi, Jesus, crucifie a neuf heures du matin (3 e heure), n'etait pas encore juge a midi (6 heure) 1 La verite est (notre recit, contribuera, nous 1'esperons, a 1'accrediter) que Jesus, condamne peu apres six neures du matin, fut crucifie a 9 heures. Le calcul des heures en partant de minuit et de midi s'applique e'galement Men aux autres evenements, au sujet desquels Jean donne des indications d'heure (IV, 6; IV, 52). Pour soutenir quand meme son opinion, I'exegese ancienne allegue le mot de Jesus cit6 par saint Jean (XI, 9) : N'y a-t-il pas douze heures de jour? Mais il est clair, d'apres le contexte, que ces mots veulent dire : N' y a-t-il pas douze heures de lumiere dans une journe'e? Douze heures faites pour 1'action? En Palestine, 1'ecart de duree entre les jours d'hiver et ceux d'Ste est moins fort que chez nous ; douze heures etaient une moyenne qui devait se dire couramment pour la duree, soit du jour, soit de la nuit.

marche a son lieu de retraite, il les y garda pres de lui le reste du jour et la nuit suivante, Le voyant la calme au milieu d'animaux feroces et se voyant eux-memes proteges centre ceux-ci par la puissance morale de Jesus, les deux jeunes gens ressentirent une impression ineffacable; ils comprirent qu'ils etaient aupres de ce plus fort que leur avail annonce Jean-Baptiste 1 ; Jesus etait le Messie.

Aussi le lendemain, quand ils furent redescendus sur les bords du Jourdain, proclamerent-ils qu'ils avaient trouve le Messie. Le premier a qui Andre communiqua cette nouvelle fut son frere aine Simon* ; car celui-ci etait aussi venu de Belhsaide pour entendre la predication de Jean et se faire baptiser. Nous avons trouve le Messie , annoncja Andre lout joyeux; et il proposa a son frere de le mener aupres de Jesus qui, redescendu lui aussi de la monlagne, s'etait arrete a une cerlaine distance du campement de Jean-Baptisle. Simon, qui etait certainement agite par Tesperance de voir un jour 1'arrivee du Messie, se laissa volon tiers mener a Jesus.

L'ayant considere d'un ceil percant 3 , J6sus lui dit : Tu es Simon, fils de Jona*; tu seras appele

1 MATTHIED, III, 11; Luc, III, 16. "

8 Eflptaxec OUTO; irpwrov TOV ot8e^<pbv TOV i'Stov Si'^wva (JEAJC, I, 42). Mais certains manuscrits ont une lecon diiKrente : <r EipeVxst outo; npwTO?, etc. Andre, le premier, trouve son frere . Si Ton adopte cette lecon, on doit dire que Jean, de son c&te, cherchait son frere et que 1'ayant trouve un peu plus tard il lui communiqua egalement la nouvelle. Mais, en dehors de cette lecon particuliere de quelques manuscrits, rien ne nous indique que Jacques, frere de Jean, fut alors a Bethabara.

5 Litteralement : ayant regarde en lui, ejjL^Xs^as aitw (JEAN, I. 43).

* Diminutif de Jean.

452', LA \IE 'HISTORIQIJE^ * \ . - O?

Cephas 1 . Comme Andre n'avait pas parle a Jesus de Simon, celui-ci fut tres surpris de s'entendre nommer de son propre nom et de celui de son pere ; mais il fut encore plus surpris de ce que Jesus s'attribuait le pouvoir de lui changer son nom. Tout cela s'etait dit avec une autorite tellement irresistible que Simon s'inclina; il avail, apres son frere Andre, compris que Jesus etail veritablement le Messie.

Nous ne savons rien de plus sur ce que fit Jesus pendant cette journee. II est probable qu'il garda Simon et Andre aupres de lui, et que le jeune Jean les rejoignit. Car le Jendemain ils etaient lous les trois aupres de lui quand il declara sa decision de retourner en Galilee, et tous trois "etaient prets a Taccompagner.

Au moment du depart un quatrieme Galileen se trouva la ; c'etait egalement un habitant de Bethsaide. 11 etait porteur d'un nom grec, Philippe, et connaissait la langue grecque; nous le verrons plus tard servir, au cellege apostolique, d'interprete pour cette langue 1 . D'ailleurs, il n'etait pas pecheur, comme ses trois compatriotes qu'il voyait suiyre Jesus; il ressort des evangiles qu'il etait commercant, et probablement en denrees alimentaires; il avait,v en lout cas, des notions tres precises dans les questions d'approvisionnement z .

Suis-moi , lui dit Jesiis, et aussitot Philippe, faisant abstraction de tout ce quf aurait pu le

1 Cephas (Ivvjipa?) coiTespond exactement en arameen (Kepha) au mot francais pierre; il est a la fois nom de chose et de personne. JEAN, XII, 20-22.

detourner d'un depart si precipite, sennit docilement a la suite de Je"sus.

Quelle route prit Jesus pour^regagner la Galilee? Quelques .auteurs ont dit qu'il fit route par Bethel, et par consequent par la Samarie; conjecture qu'ils fondent sur une parole prononcee par Je"sus, et mieux a sa place, disenl-ils, a Bethel qu'en tout autre lieu 1 . Mais ce raisonnement n'est pas probant; car. il est peu vraisemblable que Jesus ait expose aux avanies des Samarilains de jeunes disciples dont 1'iin au moins, Jean, etait, nous le savons, d'un temperament tres ardent 2 . Nous pensons done que Jesus, pour rentrer en Galilee, longea le cours du Jourdain.

A une etape, apparemment c'etait un jour de sabbat 3 , apres la seconde journee de marche, Philippe, au cours de la halte de vingt-quatre heures que la loi mosaique obligeait de faire*, avisa, tandis qu'il se promenait a part de ses compagnons de route, un Galileen qu'il connaissait d'amitie; c'eiait un habitant deCana, petit bourg voisin de Nazareth; il se nommait Nathanael, mais etait aussi appele Bar Tolmai (fils de Tolmai), sans doute parce que son pere avait une grande notoriete dans son pays 8 .

1 JEAN, I, 51. Yoir plus loin, page 156, note 3.

2 MABC, III, 17; Lcc, IX, 54

3 Jesus dut quitter Bethabara le matin du cinquieme jour de la semaine (jeudi); les fails survenus, d'apres le.recitde saint Jean, pendant les quatre jours pr^cedant ce depart, supposent des ddplacements inconciliables avec le repos sabbatique.

* I/ observance juive interdisait de parcourir le jour du sabbat une distance superieure a 2000 coudees (1200 metres). Jesus se soumit toute sa vie a cette regie. Cf. Acles des Apdtres, I, 12.

5 De Bar Tolmai, les evangelistes ont fait en grec Bp8oXo{iato<; (MARC, III, 18, et Luc, VI, 14), d'ou le nomfran^ais Barthilemy.

Probablement il avail couru, lui aussi, a la predication de Jean-Baptiste, et, le bapteme rec;u, il relournait a son bourg natal.

Des les premiers siecles du christianisme c.a a etc une opinion tres regue que Nathanael (ou, seldn {'appellation qui a prevalu, Barthelemy) appartenait a une classe sociale plus elevee que celle des autres premiers disciples de Jesus, et Ton a dit aussi qu'il etait lettre, tres verse, en particulier, dans la comraissance des Ventures. En fait, rien dans le Nouveau Testament n'appuie la premiere de ces deux opinions; les conditions dans lesquelles Barthelemy s'attacha a Jesus donnent, au contraire, grande apparence de justesse a la seconde.

Philippe aborda Barlhelemy et lui dit : Mes amis Bethsaidiens et moi, nous avons trouve celui de qui Moise a ecrit dans la loi, et apres lui les prophetes; c'est Jesus, l'habitant de Nazareth, le fils de - Joseph . Pour Philippe, on le voil, Jesus n'etait encore qu'un personnage superieur de beaucoup sans doute a tous les anciens oints du Seigneur (Messies ou Christs) dpnt avaient parle les Ecritures, Saul 1 , David 2 , Cyrus 3 , mais comme eux issu d'une filiation purement humaine.

Barthelemy ne connaissait nullement Jesusi quoique Philippe, dans son/ enthousiasme, le lui presentat comme quelqu'un dont les entours devaient lui etre familiers. Ces entours, d'ailleurs, loin de plaire a Barthelemy, deprisaient a ses yeux celui

1 Premier livre des Rois, XXVI, 9 ; Deuxieme livre des Rois, I, 14. 9 Deuxieme livre des Rois, XXII, 51; Psaumes, CXXXVII, 17. 3 IsAi'E, XLV, 1,

DE'N.-S. JSUS-CHRIST. ,, * iss

qu'exaltait Philippe; en particulier la mention de Nazareth eVeilla chez lui une vive repugance; faisant allusion a quelque mot ou proverbe dont 1'origine nous est inconnue, il repondit dedaigneusement : De Nazareth peut-il y avoir quelque chose de bon ? Aussi Men, Barlhelemy connaissait 1'enseignement des docteurs suivant lequel le roi annonce par Moi'se 1 devait naitre a Bethleem; il dut faire celte remarque a Philippe, et celui-ci, qui n'etait pas assez instruit pour discuter le sens de paroles bibliques, se borna a repondre.: Yiens et vois . G'etaient, Ton s'en souvient, les mots memes que Jesus avail prononces pour se gagner Andre et Jean.

Barthelemy, dont a la fin la curiosite fut eveillee,, acceda, tout en restant incredule, a Tinyitation de son ami et se rendit aveclui a 1'endroit ou Jesus faisait halte. La une surprise 1'attendait; quand il fut a quelques pas de Jesus, celui-ci, en le regardant, dit a haute voix : Voici en verite un fsraelile en qui il n'y a point de dissimulation . Ainsi Topinion dedaigneuse que Barthelemy venait tout a 1'heure d'exprimer sur Nazareth ^etait connue de Jesus : D'ou me connais-tu? fit Barthelemy tout decontenance. Avant que Philippe t'appeJ3t, lorsque tu etais sous le iiguier, je t'ai vu.

La mention de ce figuier evoqua dans Tesprit de Barthelemy le souvenir d'un fait tres personnel qu'il

1 Gen&se, XLIX, 10 : Le sceptre ne sera pas 6t^ de la tribu de Juda jusqu'J ce que vienne celui qui doit venir ; il sera 1'attente des nations > (traduction de la Vulgate). "Le texte original hebreu pr^sente des difficultes de sens ; on est presque d'accord aujourd'hui pour traduire : Jusqu'd ce que vienne celui a qui appartient le sceptre; les nations lui rendrotit hommage.

156 ' - - LA VIE HISTORIQDE ' * ' " * r "r

croyait etre reste absolument secret; ce fait ne.no'us a/pas ete revele, mais une conjecture tres plausible veut que, a Cana, avant son depart pour se rendre aupres de Jean-Baptiste, Barthelemy retire sous un figuier ail implore Dieu, peut-etre meme fail un voeu, pour que 1'arrivee du Messie fiit hatee. Comment Jesus avait-il penetre ce secret? De meme qu'll entendait les paroles dites bien loin en dehors de la porlee de son oui'e, il yoyait done de m^me a grande distance les actes et les pensees les plus caches? Emerveille et conquis, Barthelemy reconnut qu'il se trouvait, comme venait de lui dire Philippe, en presence de celui qu'avaient annonce Moise .et(les prophetes, et de celui que le baptiste venait de proclamer fils de Dieu 1 . Plein de ferveur, il s'ecria done : Rabbi 2 , tu es le fils de Dieu, tu es le roi d'Israel . Ce renversement des sentiments de Barthelemy etait du a une impulsion soudaine; il pouvait done ne pas elre durable. Jesus le fit remarquer a Barthelemy en lui presageant que sa foi nouvelle serait affermie par des motifs plus puissants : Parce que je t'ai dit : Je t'ai vu sous le fyuier, tu crois? Mais tu es destine a voir de plus grandes choses . Et s'adressant aux qualre autres Galileens en meme temps qu'a Barthelemy, Jesus ajouta : En verite, en verite, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montanl et descendant sur le fils

1 JEAN, I: 34. Voir plus haut, page 147.

.* Nous avons dit plus haul que ce mot (mon pere) equiyalait a Docteur'es science divine.

3 JEAN, I, 51. On a voulu etablir une concordance entre cette vision et celle qu'eut Jacob a Bethel et dans laquelle les anges de Dieu mon-

Quand se pfoduisil cette vision que Jesus pre"disait ainsi a ses premiers disciples? De nombreuses reponses, tres divergentes, ont ete proposees, mais aucune n'est vraiment satisfaisjante; mieux vaut dire que nous ne savons ni quand ni comment la vision se produisit. Mais ce qui est surtoul a noter dans la prediction de Jesus, c'est 1'expression fils de I'homme que, pour se qualifier lui-meme, il oppose a 1'expression fils de Dieu dont venait de se servir Barthelemy. Pour la premiere fois, Jesus employait celte expression, 'fils de I'homme dont il fera par la suite un usage constant.

Dans le langage de 1'Ancien Testament, les mots fils de I'homme n'etaient qu'une pe"riphrase poetique 6quivalant au mot homme. Une seule fois ils se rencontrent ayant un sens mystique caracterise, a savoir dans la prophetic suivante de Daniel sur les quatre Empires : Yoici venir comme le fils d'un homme qui allait avec les nuees du ciel; il s'avanga jusqu'au vieillard, et celui-ci lui donna la puissance, 1'honneur et le royaume; et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les langues le serviront; sa puissance est une puissance eternelle qui ne lui sera pas enlevee et son royaume est un royaume indestructible 1 .

taient et descendaient une echelle allant* de la terre au-ciel (Gentse, XXXY1II, 1*2). On en a coficlu que la scene entre Jesus et Barthelemy se passa a Belhel; nous avons deja dit (page 141) que cette localisation est contraire a la vraisemblance. Si Ton tient a- localiser la scene on peut, avec chance de dire juste, choisir entre les environs de Jabes, sur la rive orientale du Jourdain, ou ceux de Scythopolis, sur la rive occidentale; en tout cas, il faut choisir un endroit qui soil a une distance de Cana inffirieure J trois jours de marche (JEAN, II, 1). 1 DAN IE L, VII, 13 et. 14.

II n'est pas douteux que ce passage de Daniel concerne Jesus; mais celui-ci voulait-il en evoquer le souvenir dans 1'esprit de ses nouveaux disciples, au moins dans celui de Barthelemy plus verse que les autres dans la connaissance desEcritures?Nous ne savons ; et nous ne savons pas davantage quelle impression produisit sur eux la promesse d'une vision dans laquelle les anges descendraient el monteraient alternativement entre les cieux ouverts et Jesus .

L'evangeliste coupe hrusquement son recit sur cette promesse et il ne le reprend que -trois jours plus tard quand Jesus et ses compagnons sont arrives a Gana et s'y sont arretes.

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