‹ La vie humaine de N.S. Jésus-Christ [microform]Chapitre 24 sur 72 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Emprisonnement de Jean-Baptiste.

Tandis que Jesus parcourait le sud de la Palestine et y faisait administrer le bapleme par ses disciples, le baptisle Jean avail, de son cote, poursuivi son activi te. Mais il avait ele force de quitter le lieu qu'il s'etait choisi ppur residence sur la rive orienlale du Jourdain; car il s'etait attire le ressentiment du souverain de ce pays, le tetrarque Herode Antipas, et il avait tout a redouter de celui-ci.

Nous ne savoris pas quelles circonstances mirent ces deux hommes face a face. Le tetrarque vint-il a passer par Belhabara? ou Jean se deplatja-t-il pour aller le trouver dans un de ses palais, par exemple a Livias, ville tres voisine 1 que le tetrarque parait avoir alfectionneV? Entoutcas,ils eurent plusieurs entre--

1 Livias (ou Julia s),l'ancienne Betharan mentionnee dans les Nombres (XXXII, 36) et dans le Livre de Josue (XIII, 27), etait a une distance d'environ six milles remains, un peu moins de huit kilometres de Bethabara. Herode Antipas, par flatterie pour Li via, femme de 1'empereur Auguste, changea 1'ancien nom de Betharan en Livias.

2 Le palais qu'Herode le Grand avait construit dans cette ville fut bi'jile pendant 1'insurrection qui eelata en Peree apres sa mort (JOSEPHE, Guerre juive, livre II, chap, iv, par. 2, et Antiquitts hebratques, Hvre .

vues au cours desquelles Jean reprocha vigoureusement et en public a Herode Antipas un certain nombre d'actes pervers 1 ; en particulier, il le fle*trissait comme incestueux, pour avoir enleve a son demi-frere Philippe* sa femme Herodiade 5 et avoir epouse celle-ci apres avoir lui-mme divorce avec sa femme legitime*. 11 ne t'est pas permis , lui avail crie Jean, de posseder la femme de ton frere 5 . Herode Antipas, en raison de ces objurgations, s'etait violemmenl courrouce contre Jean et celui-ci avail juge bon de sorlir des territoires de ce prince. II s'etait done transporte sur 1'aulre rivedu Jourdain assez loin du fleuve pour ne pas etre expose a un coup de main de la part d' Antipas et il avail choisi, aupres d'une localite nommee Saleim, un endroit oil se trouvaient des sources Ires abondantes 6 . On n'a pas reussi a identifier exactemenl cet endroit ; ce qui n'esl pas etonnant, car depuis le temps de Jesus des devaslalions continuelles, accompagnees de deboise-

XVII, chap, x, par. 6). Mais Antipas dut le reconstruire; nous savons qu'il ceignit de murailles la ville de Livias (Antiquitii Mbratques, livre XVIII, chap, n, par. i).

1 Lcc, HI, 19.

1 Philippe, fils d'H^rode le Grand et de Mariamne, fille du grand prelre Simon. Desherit^ par son pere, Philippe vivait.obscur^ment.

3 Herodiade, fille d'Aristobule, flls lui-mSme d'Herode le Grand et de la premiere Mariamne, rasmbneenne; Aristobule avail &e mis a mort par son pere en Fan 7 avant noire ere. La mere d'Herodiade 6tait une niece d'Herode le Grand.

* Antipas avail epouse la fille du roi des Nabateens (JoslPHEj Anliquitts Mbrafqiies, livre XVIII, chap, v, parag. I).'

5 LMlique, XX, 21.

JEAN, HI, 23, T Hv Sk x\ IWCCVVY]? paTtti^wv ev Aivibv iwvs roO SaXeijx OTI \38ata TtoXXa fy exeT. Jean baplisait lui aussi, a A'inon (aux sources) pres de Saleim, pai'ce qu'il y avail la des eaux abondantes. A'inon est le pluriel de 1'araihgen Ai'n, source.

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ment, onl tout a fait defigure la Palestine; de nombreuses sources, ont du s'y tarir. On peut toutefois affirmer que Jean n'alla. pas camper en territoire samaritain; il ne pouvait avoir que dedain pour des schismatiques ; mais, pour conlinuer son osuvre de conversion chez de veritables coreligionnaires, il pouvait choisir entre la Judee proprement dite et le territoire decapoli tain de Scythopolis 1 dans lequel vivaient de nombreux Israelites*. La tradition ancienne represented par Eusebe et saint Jerome veut que la Saleim indiquee par 1'Evangile ait ete situee a huit milles remains (12 kilometres) au sud de Scythopolis, etcette tradition a tous les droits a etre crue.

II est probable que si Herode Aditipas ne s'etait alors conduit que par ses propres inspirations, il auraitlaisse en reposJean-Baptiste; les imprecations que Jean pouvait proferer contre lui n'etaient plus a portee de son oreille. Mais 1'epouse incestueuse que le baptiste avail egalement fletrie n'etait pas femme a laisser invenge un outrage ; elle s'etait jure la perte de Jean et elle cherchait les occasions pour arriver a ses fins 3 . Celles-ci bientot purent avoir un commencement de realisation.

1 Scythopolis, appel^e aussi Bethsan, BatOuav, dans 1'Ancien Testament (Josofi, XVII, 11 et 16; Lime des Juges, I, 27 ; Premier livre de$ Rot's, XXXI, 10 et 12, etc.)> etait une ville peuplee en majorit^ de Grees et faisait partie de la Decapole, confederation de yilles etablie en Palestine par Pompee apres sa conquete de ce pays. Le nom de Scythopolis estuns6uvenirde 1'invasion des Scythes en Palestine, au vn siecle avant notre ere, invasion de Gog, roi de Magog (EZECHIEL, chap. XXIVHI et xxxix). '

2 Deuxieme livre des Macchabees, XII, 50.

Des penitents venaient encore a. Jean pour se faire baptiser par lui 1 , mais ils 6taient peu nombreux; le o-rand courant allait a Jesus. Les pharisiens eurent

vite remarque cette derivation* et ils tirerent avantage de ce fait pour persifler le bapteme de Jean, ce bapteme qui leur avait ete si rudement refuse. Les disciples du baptiste riposterent et il s'eleva, suscitee par ces disciples , nous dit 1'Evangile, une discussion avec des Juifs au sujet de la purification 3 . Les pharisiens, ceux que 1'evangeliste nomme des Juifs, etaient en bonne position pour denigrer la valeur du bapteme de Jean; la foule ne lui attribuait plus de valeur purifiante puisqu'elle preferait desormais recourir au bapteme de Jesus. Gette remarque piqua au vif les disciples de Jean, et de 1'endroit ou s'etait engagee la discussion, probablement Jerusalem, ils se rendirent avec leurs adversaires aux sources pres desquelles s'etait arre"te Jean* : Rabbi , lui dirent les disciples avec une amertume non dissimulee, Rabbi, celui qui fut avec toi de 1'autre c6te du Jourdain et a qui tu as rendu temoignage, vois, il baptise maintenantettous vont a lui 8 .

1 JEAK, HI, 23.

5 JEAN III, 25. "Eylvsto o5v iftnjfft? ex T&V [ia9r|-caw 'Iwavvou >(iETa 'louSatwv itepc xa9apiff(/.oO. Le raot/ut/ ((isti 'louBaiwv) dont se sert saint Jean prouve clairement centre 1'opinion de plusieurs ecrivains modernes que la discussion ne fut pas entre des disciples de Jean- Baptiste et des disciples de Jesus. Jamais 1'evangeliste Jean n'aurait applique a ces derniers la qualification de Juifs qui chez lui. est pejorative.

JEAN, III, ibidem : "I8s, OUTO; (iocim'Ssi xa't ndvTec epxovTat'itpb;

192 LA VIE HISTORIQDB ,

Tres dignement Jean repondit a ses disciples ainsi qu'a leurs adversaires pharisiens : L'homme ne peul rien gagner, a moins que cela lui ait ete accorde du haul du ciel. Vous m'etes temoins, les uns et les autres, quej'ai dit : Je ne suis pas le Messie 1 , mais j'ai ete envoye devant luf. Celui qui a 1'epouse est 1'epoux; mais 1'ami de 1'epoux qui se tient pres de lui el qui 1'ecoule est plein de joie a la voix de 1'epoux. Ma joie est done maintenant a son-cohible. II faut qu'il croisse et - que je diminue. Celui qui vient d'en haul (comme Jesus) est au-dessus de tous ; celui qui vienl de la terre (comme moi) est de la terre et parle de choses terrestres* .

Les paroles que prorionc,a ensuite Jean elaient plus specialement destinees aux pharisiens. Celui qui vient du ciel atteste ce qu'il a vu et enlendu 3 , et cependant personne d'enlre vous n'accepte son Lemoignage 4 . Mais celui qui comme moi a embrasse son temoignage a proclame 5 que Dieu est vrai 8 . Oui, celui que Dieu a envoye sur' terre comme Messie dit les paroles de Dieu, parce que ce n'est pas avec

5 Cf. JEAN, III, 11. Le baptiste repcte ici des paroles que Jesus avail dites a Nicodeme durant leur entretien nocturne.

4 Le lexte dit d'une nianiere g^n^rale : Personne n'accepte son temoignage . II est clair que Jean, qui au verset suivant se donne comme ayant accepte ce lemoignage, n'a pas pu emettre une assertion aussi universeile; il n'ayait en vue que ses auditeurs du moment.

5 'Eff^paytirev, il a certifiede son sceau (JEANjIII, 33).

6 Allusion au premier temoignage rendu par Jean-Baptiste (JEAN, 1, 17) : La gr&ce el la vtrite ont 6te apporttes par

mesure que Dieu lui donne 1'esprit*. Le pere aime le fils et lui a tout remis entre les mains. Qui crdit au fils a la vie eternelle; qui ne croit pas au fils ne verra point la vie, mais la colere de Dieu demeure sur lui .

Les pharisiens etaient venus a Salem avec 1'intention de mortifier Jean en opposant au declin de sa popularile le succes grandissant de la predication de Jesus; et voila que Jean de lui-meme s'humiliait devant Jesus; bien plus, il le proclamait fils de Dieu et il menacait de la colere divine ceux qui, comme les pharisiens, refusaient de croire a cette filiation. Sur cette menace, le ressentiment que ces hommes nourrissaient centre Jean se monta a Texasp^ration ; ils savaient qu'Herode Antipas, pousse par Herodiade, desirait s'emparer de la personne de Jean ; ils se concerterent avec ce prince et maintenant qu'ils connaissaient bien la localite ou se'journaitlebaptiste ils monterent un guet-apens pour metlre celui-ci aux mains d' Antipas 8 . Ge dernier leur prela des sbires qui, guides par eux, surprirent Jean et qui le ramenercnt, charge de fers, sur la rive orientale du Jourdain 3 . De la Jean fut envoye tout au sud de la Peree dans la forteresse deMachero situee sur le bord de la Mer Morte*.

Le territoire de Scythopolis etait alors, comme la Judee, sous Tadministration des Remains. Les autorite's locales romaines etaient done en droit de

1 JEA*, III, 34.

2 SAINT MATTUIEU (IV, 12) et SAINT MARC (1, 14) disent express&nent que Jean-Baptiste fut livre a Aatipas : '

4 JOSEPHS, Antiquit^s htbrafques, livre XVIII, chap, v, par. 2.

reclamer centre la violation de frontiere et 1'usurpation.de pouvoir commises par Antipas ; mais comme renlevement de Jean-Baptiste ne fut suivi d'aucun desordre ni meme d'aucune plainte, ces autorites fermerent les -yeiix ; autant que possible, elles ne se melaient pas dans les querelles religieuses du peuple juif.

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