‹ La vie humaine de N.S. Jésus-Christ [microform]Chapitre 37 sur 72 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Jesus va en Basse-Galil6e et choisit sea Apotres.

En consequence Jesus, nous dit saint Marc 1 , se relira vers la mer , c'esl-a-dire qu'il gagna la rive du lac de Tiberiade, mais non un village habile tel que Bethsaide; il preferait un endroit isole. Ses. disciples quillerenl Capharnaiim en meme temps que lui ; et leur nombre devait elre assez considerable, car leur cortege attira Tattention; el en apprenanl que Jesus s'eloignail, beaucoup de ceux qui le voyaient passer voulurent le suivre.

Bientotil y eut derriere lui une-grande foule* et elle n'elait pas formee seulement de Galileens. Elle comprenait toutes ces personnes dont Jesus avail gagne les co3urs dans ses courses en Judee, Idumee et Transjordanie, et qui etaient venues a Capharnaum pour se rapprocher de lui et profiler de ses enseignemenls el de ses bienfails. II y avail aussi beaucoup de gens des pays de Tyr et de Sidon, paiens probablement; ayanl appris les guerisons nombreuses qu'accomplissait Jesus en Galilee ils

2 MAM, ibidem.

272 LA VIE HISTORIQTJE

e*taient venus de loin pour solliciter sa compassion, et ils le suivaient maintenant a 1'instar de veritables disciples 1 .

Parmi eux, comme dans le reste de la foule, se Irouvaient beaucoup de malades ou d'infirmes; or tous se ruaient sur Jesus avec la conviction que s'ils pouvaient toucher ses mains ou ses vetements, ils seraient gueris*; et ils le furent tons 3 .

Cependant Jesus elait arrive sur le bord du lac a 1'endroil oil il devait faire halte. Mais alors la ruee devint si violente qu'il y avait danger que plusieurs, en se pressant pour arriverpres de Jesus, ne tombassent dans 1'eau. Aussi Jesus donna 1'ordre a ses disciples pecheurs de lui procurer une barque*, afin qu'il put s'eloigner. Les disciples pecheurs, qui connaissaient bien loutes les ressources de la cole, eurent tot fait d'executer cet ordre, et Jesus, montant avec ses principaux disciples dans la barque qui lui avait etc amenee, mil aussitot a la voile vers le sud s .

1 MARC, III, 7 et 8. 11 y a des variantes dans les manuscrits pour ce passage de saint Marc; nous pensons qu'il doit etre traduit de la maniere suivante, celle de la Vulgate : Une grande foule 1'avait suivi, provenant de la Galilee et aussi de la Jud^e, de Jerusalem, de I'ldumee et d'au-dela du Jourdain; et eeux de Tyr et Sidon,.ayant appris quelles grandes choses il faisait, vinrent en foule nombreuse vers lui . Cf. MATTHIEU. IV, 25, qui cite aussi la Decapole.

* MARC, III, 10. Cf. Luc, VI, 19. ,

* MARC, III,, 9. Litteralement : II dit a ses disciples qu'un petit bateau fiit attache a son service (itpoffxapTepyj aurw) . II ne parait pas que cette barque fut celle de Pierre; Jesns devait etre trop loin de Bethsaide pour qu'on put en quelques instants aller y chercher.une barque.

5 L'idee que Jesus aurait alors enseigne de la barque la foule est exclue par la citation que fait ici saint Matthieu d'un passage d'lsAi'E : II ne disputera ni ne criera, et dans les places publiques nul n'entendra sa voix , Voir la page 274.

Les evangelistes spnt, du reste, muels sur ceque fit Jesus dans la , barque 1 . Nous pouvons conjecturer que la nuit etait venue et que Jesus la passa voguant sur le lac pour revenir a la cdte au point du jour. Quant a la foule, elle ne se laissa pas deconcerter par ce brusque depart : des le lendemain elle avail surejoihdre Je'sus 1 .

D'apres la situation de la montagne oil eurent lieu les grands evenemenls que vont nous rapporter maintenant les evangelistes, Tendroit ou aborda J6sus elait tres proche de la petite ville de Magdala. Certainement Jesus avait dft plusieurs fois la traverser quand il se rendait a Jerusalem pour la Paque, ou quand il en revenait; mais il ne i'avait pas encore honoree d'une seule guerison. Ce fait nous explique comment les demoniaques pouvaient y etre si nombreux. Les esprits impurs 3 qui les possedaient eurent Tin tuition que Jesus venait de debarquer, et une attraction irresistible les fit pousser leurs sujets a courir au-devant de lui. Parmi ces malheureux se trouvait une courtisane nommee Marie, aussi celebre par sa beaute que par ses debordements; .sept demons differents s'etaient empares d'elle*. Quand ces demoniaques virent Jesus, ils se prosternerent devant lui et ils criaient, sous Tim-? pulsion de leurs demons : Tu es le fils de Dieu .

Jesus les exorcisa tous; mais comme deja des

1 Saint Luc, par exemple, saute sans aucune transition de la gue- >'ison de 1'horarae ayant une main atrophiee a 1'election des ap6tfes et au sermon sur la montagne.

2 MATTIHBU, V, 1. .

* MARC, XVI, 9; Luc, VIII, V.

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curieux elaient sur le point d'arriver il leur enjoignit, avec des menaces terribles, de cesser leurs cris et de ne pas le faire connaitre 1 . Tous, y compris Marie, obeirent docilement; cette femrne coupable se reservait de donner un peu plus tard a Jesus un temoignage eloquent-de sa gratitude*.

Saint Matthieu nous explique longuement, au moyen d'une citation d'Isaie, la conduite lenue alors par Jesus; il ne voulait pas encore se poser devant les hommes en sa qualite de Dieu et de juge supreme; il voulait seulement faire oeuvre de misericorde, notamment envers ceux chez qui sommeillait un reste de piete, et cette (BUY re misericordieuse devait s'accomplir sans eclat bruyant : Voici mon sorviteur, que j'ai choisi (Isaie place ces mots dans la bouche du Seigneur Dieu), mon bien-aime en qui mon a me s'est complue; je mettrai mon esprit sur lui et il annoncera jugement aux nations. II ne disputera, ni ne criera; et" dans les places publiques nul n'entendra sa ydix. 11 ne rompra pas en cleux le roseau casse; il n'eteindra pas la meehe encore fumante, tant qu'il n'aura pas fait sortir en

1 MATTHIKU, XII, 16; MARC, III, 12. Saint Marc ne donne pas plus que saint Matlhieu d'indication sur 1'endroit ou eurent lieu ces exorcismes. Mais il les place tres nettement apres le moment ou Jesus a demande une barque pour s'eloigner de la foule. II est tout a fait incoherent de faire pousser par les demoniaques aux oreilles de celle-ci le cri : Tu es le flls de Dieu. Comment la foule n'aurait-elle pas remarqu^ ce cri? II aurait fallu qu'il fut pousse en une langue dtrangere, connue de Jesus seul. . . . ,

8 Luc, "VII, 37 et suivants. Quelques-uns veulent que Marie de Magdala ait 6te libei-ee non pas alors, mais quelques semaines plus tard au banquet offert a Jesus par Simon le pharisien (voir page 315). II est beaucoup plus vraisemblable que Marie 6ta.it de"ja hors de la puissance de ses sept demons quand elle cut la pensee d'aller oindre de parfums les pieds de Jesus.

triqmphe le jugemerit v tant que, en son nom, des nations espereront 1 .

Ceperidant le bruit de la presence de Jesus a Magdala s'etait vite re"pandu. En quelques heures toute la foule qu'il avail laissee la veille au soir se rassembla de nouveau autour de luij elle etait avide de le revoir et de 1'entendre. louche de ce zele, Jesus decida que le moment etait venu de donner a ces hommes de bonne volonte uri enseignement moral plus complet et plus penetrant que les invitations assez sommaires qu'il leur avait adressees jusqu'alors, de faire penitence en vue du royaumc de Dieu*. Dans ce but, il les emmena vers une colline situee a environ deux heures de marche de Magdala, et la, apres avoir gravi la pente, comme le jour baissait, il les fit arreter sur le plateau* du sommet pour y passer la nuit. A chacune des deux extremites de ce plateau s'elevait un petit piton ressemblant vaguement a la corne d'un taureau; c'uskvpour cette raison que les habitants actuels de la region donnent a cette colline le nom de Cornes de Hattin (Hattin est un village arabe voisin). Le langage ecclesiastique prefere le nom de Mont des Beatitudes, en raison des promesses de bonheur que

1 ISA'IE, XLII, 1-4. Le texte hebreu est un peu different : Voici mon serviteur que je soutiens, raon 61u en qui mon ame se complait; il apportera "aux nations la justice. II ne criera ni n'elevera la voix, et celle-ci ne sera pas entendue au dehors. II ne rorapra pas le roseau casse et n'eteindra pas la meche qui charbonne. II apporte fidelement la justice, il n'est ni faible, ni abattu tant qu'il n'a pas etabli la justice sur la terre; les iles (les pays d'Occident) attendent son enseignement . Saint Matthieu, pour mieux les adapter aux details de ses i^cits, modifie sou\ent les textes qu'il cite.

2 MATTIIIEU, IV, 17; MARC, I, 15.

3 Luc, VI, 17. Litle'ralement : sur un lieu plan, i

va^y prononcer Jesus. Gomme.-il voulait s'isoler.de la foule, Jesus monta.au haut d'un des pitons, vingt metres a peine; et sur celte cime, d'un diametre

,d'environ cent pas, il passa toute la nuit en priereV C'est durant cette nuit qu'il prit une decision qui Cut capitale pour la formation de 1'Eglise chrelienne. Jusqu'alors les groupes de disciples qui accompagnaient Jesus dans ses courses elaient tout a fait variables, et quant au nombre, et cjuant a la composition; nousavons vu qu'en plusieurs occasions il ne fut pas suivi de ceux-m&nes qu'il avait privile"gies en les appelant a lui des la premiere heure. Dorenavant il veut que ses principaux auxiliaires, ceux qui, a moins de missions speciales, seront en permanence aupres de lui, soient.au nombre de douze et toujours les memes.

En consequence, quand le jour eut paru 2 , il appela a lui de la voix un certain nombre de ceux. qui avaient passe la nuit sur le plateau inferieur, autarit sans doute qu'il en pouvait tenir sur le sommel pull etail : environ une soixantaine ; il appela ceux qu'il voulut , nous dit saint Marc 3 , expression singuliere signifiant, nous semble-t-il, qu'il ne tint compte ni

. du rang social, ni du savoir. Puis, parmi ces premiers elus qui sur son appel s'etaient detaches de la foule pour monter jusqu'a lui, il en choisit douze pour

> Lcc, VI, 12.

* Lcc, VI, 15.

5 Les expressions employees par les evangelistes ne permettent pas de douter qu'il y eut uu appel nominal. Saint Marc dit (HI, 13) : II monla sur la montagne et appela ceux qu'il voulut lui-nleine, TtpoffxaXeiTai oG; vjfieXsv auroc, et ils s'en allerent (de la foule) vers lui . Saint Luc (V, 13) dit : II designa de la voix (npoffs^Tjus) ses disciples, e"t d'entre eux en ayant choisi douze, etc. .

etre ses assistants privil^gies et'le suppleer a Toeear sion dans son ceuvrede predication; il leur donna le nom caraeteristique d'apdtres*, c'est-a-dire de delegues; et sur 1'heure il leur confera le pouvoir de guerir les maladies et de chasser les demons*. Des douze que choisit Jesus, plusieurs nous sont deja conn us. Le, premier fut Simon le pecheur de Bethsaide que Jesus 1'annee precedente, sur les bords du Jourdain, avait surnomme Pierre (Cephas) et a qui ce jour-la il confirma ce surnom'. Ensuite vinrent Andre le frere de Simon-Pierre*, et les deux autres pechetirs de Bethsaide, Jacques et Jean fils de Zebedee, que Jesus surnomma fils du tonnerre*; puis Philippe et son ami Nathanael fils de Tolmai (Barthelemy) 6 ; puis le publicain Levi, nomme desormais Matlhieu (dieudonne). Le suivant ne nous est connu que par un surnom : Thomas, c'est-a-dire le jumeau (SfSu- (xo;) 7 . Puis venaient Jacques le petit 8 t Jude nomme aussi a volonte Thaddee ou Lebbee 9 ; c'etaient deux

1 Luc, V, 13.

* Le nom Andre est grec; mais qu'a Bethsaide, port o^i avait de nombreux rapports avec la Decapole, pays grec, des parents m&me tout a fait ignorants de la langue grecque aient donne a leure enfants clcs noms grecs, est une fantaisie qui n'a lien de surprenant.

6 Peut-etre ce surnom ne leur fut-il attribu que plus tard. Les manuscrits de saint Marc ont la lecon poav/jpY^?. reproduit par la Vulgate en Boanerges; mais la lecon correcle, pour repondre am mots araraeens, devrait etre pavrjpoYec-

6 Voir plus haut, page 153.

1 On a suppose qu'il se nqmmait Judas et que, pour eviter la con fusion avec le trailre, il fut nomme dans 1'entourage de Jesus par son surnom As jumeau.

8 Saint Marc le nomme ainsi (XV, 40) : "laxtoSo; 6 [xixpoc.

9 Son veritable nom etait Judas (MATTHIEU, XIII, 55; MARC, VI, 3; Lcc, VI, 16; JEAN, XIV, 22; Actes des Apdtres, I, 13; Eptlre de saint

des cousins de Jesus, ses fr&res, disait-on par abus de langage, mais jusqu'alors ils s'etaient montres insensibles a sa predication et a ses miracles, et jusqu'a la Passion ils devaient demeurer refractaires 1 ; pourtant Jesus les prit parmi les apotres. Le onzieme etait un zelote, c'est-a-dire un ad versai re declare de la domination des etrangers en Palestine, il se nommait Simon; il avait probablement pris part a quelque soulevement contre Herode Antipas on contre les Remains 2 .

Le dernier enfin etait ce Judeen cupide que Jesus avail accepte'pres de lui Tannee precedente quand il etait a Jerusalem pour la celebration de la Paque; c'etait le futur traitre, Judas de Kerioth (iscariote).

Si la premiere selection faite par Jesus dans la foule avait pu etonner celle-ci, la seconde 1'elonna bien davantage. Saint Paul, pres de trente ans apres, etait encore Fecho de cet elonnement, quand pour faire comprendre aux Corinthiens qu'ils ne devaient pas discuter les vocations des predicateurs de 1'Evangile, il faisait a la vocation des apotres la tres claire allusion suivante : Ou est le sage? ou est le scribe? ou est le savant scrutateur des choses de ce siecle? Considerez, mes freres, comment nous fumes

Jude, 1). Mais on a v'oulu dans le langage eccl^siastique moderne le distinguer lui aussi du traitre (Cf. JEAN, XIV, 22) eton le nomme Jude. II avait le surnom hebreu de Lebbee (homme de coeur) et le surnom grec de Thaddee, yariete possible de Theudas, Ae66ato? o ' littxXv)Oec; 0a8aio? (MATTHIEU, IX, 3).

* Ltrc, VI, 15. L'epithete KavaviTvft (ou Kavavaio?) appliquee a Simon par le traducteur de saint Mattliieu (X, 4) et par saint Marc (III, 18) ne veut pas dire Chananeen, il faudraitXavavato?; ni habitant de Cana, il faudrait Kva9io?. Elle est la transcription en grec d'nn mot arameen correspondant a Zelole.

' , DENi-S. x jfiSUS-CHRIST. ' ^ - 219 ^

appeles ; ce ne furent pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de bien-nes ; mais Dieu a choisi ce qui etait sot aux yeux du monde pour confondre les sages; ce qui etait de"bile aux yeux du monde pour confondre les forces ; ce qui etait de vile naissance aux yeux du monde, de meprise, d'inexistarit, pour abolir ce qui existait 1 . Ayant choisi ses douze apotres, Jesus descendit avec eux et tous les autres qu'il avail fait monter sur la cime, et il s'arre'la au plaleauoii stationnaitlafoule*. La il s'assit sur un tertre ou sur un rocher, montrant par la qu'il allait parler 3 . Tous s'empresserent aulour de lui. Albrs, levant les yeux vers cette masse de disciples restes debout*, il leur donna la sublime instruction qui est connue dans 1'histoire chretienne

sous le nom de Discours ou Sermon sur la Montagne.

1 SAINT PAUL, Premiere aux Corinthiens, I, 20, 26, 27 et 28.

3 Luc, VI, 17. Nous pensons que le trait rapporte immediatement apres (versets 18 et 19) par 1'evangelisle est une recapitulation des acles accomplis par Jesus la veille et 1'avant-veille : Ceux qui etaient tourment^s par des esprits impurs etaient gueris. Et touts la foule cherchait & le toucher parce qu'une vertu sortait de lui et les guerissait tons . Mais on peut dire aussi que Jesus redescendu sur le plateau fit encore quelques guerisons avant de prendre la parole.

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