MATTHIEU, XIII, 2; MAUC, IV
evangelisees durant Fete 1 . La presse etait si forte que Jesus, pour conjurer quelque accident, decida, comme il 1'avait. cleja fait une fois 2 , de monter dans une barque et d'enseigner la foule d'une distance de quelques brasses. La barque de Pierre etait proche 3 , il ordonna qu'on la lui amendt, il y monta, et, s'etant assis sur quelque agres eleve, il commencja a parler a la foule, des que la barque ecartee du rivage fut devenue immobile.
Ecoutez! dit-il*, et par une innovation qui surprit ses disciples, il ne donna plus son enseignement au moyen de preceptes tres nets, mais il le voila sous des paraboles. Precedemment, il est vrai, il avail de temps en temps diversifie sa predication par des allegories; c'est ainsi que dans le sermon sur la monlagne il avait compare ses fideles aux hommes sages qui bfttissent leurs maisons sur la pierre s , et tout recemment a Capharnaiim, lors du tumulte qu'avaient souleve centre lui les scribes en 1'accusant d'etre un suppot de Beelzeboul, il s'etait compare a un homme fort qui garrotte Satan avant
. Les termes employes par saint Luc sont assez confus : tine foule nombreuse se rassemblant el ceux de chaque ville s'acheminant vers lui, CUVIOVTOS 3s 6'x>>ou 7to)>).ou "*a v i TWV xaTa iidXiv gmitbpevio^dvwv Trpbi; aOfov.
2 Voir plus haul, page 230
3 Saint Marc dit la barque, to idolov (IV, 1), indiquant ainsi qu'il parle d'une barque connue; ce n'est pas celle qui a servi a Jesus quelques mois avant, aprcs la guerison de 1'homme a la main alrophiee, car Marc a nomme celle-ci rf.oiapiov, petite barque (III, 9); et il n'a employe precedemment le mot TtXoiov que pour la barque de Zebedee. II n'est pas vraisemblable qu'il ait demande" service a ce pecheur actif. alors qu'a cole se trouvait la barque de Pierre inutilisee.
4 MABC, IV, 3.
de piller ses biens 1 ; mais desormais il ne veut plus enseigner les foules galileennes que par paraboles; en obligeant ses auditeurs a degager eux-memes la morale de ces paraboles, il aurait plus facilement raison des mauvaises dispositions qui les animaient. II reservera la clarte a ceux qui sont prets a accepter sans revolle ses revelations sur le mystere du royaume deDieu* .
Done Jesus exposa a la foule massee sur le rivage beaucoup de choses en paraboles 3 ; puis, pour finir, 11 leur dit celle-ci : Voila que le semeur est sorli pour seiner, et du grain qu'il semait une portion tomba sur le bord du chemin et les oiseaux vinrent et la mangerent. Une autre portion tomba sur un sol pierreux, ou elle ne trouva pas beaucoup de lerre; elle leva bienlot, parce qu'elle n'etait pas allee a une grande profondeur, mais quand le soleil parut elle fut brulee, et comme elle n'avait pas pris racine elle se dessecha. II tomba aussi du grain dans les epines, et les epines monterent et 1'etoufferent, et il ne donna pas de fruit. Enfin il en tomba sur la bonne terre, et il donna un fruit qui monta et grandit, et il rapporta trente et soixante et cent pour un* . Et cela dit, Jesus criait a la foule : Qui a des oreilles pour entendre, entende 8 ; il avait deja pousse ce cri a Magdala, quelques mois avant, quand il expliquait
1 MABC, III, 27.
4 MATTHIED, XIII, 3-9; MAKC, IV, 3-8; luc, VIII, 5-8.
5 MATTHIEB, XIII, 9; MARC, IV, 9; Luc, VIII, 8.
a une autre foule sa superiorite sur Jean-Baptiste 1 .
Ayant termine cette parabole Jesus voulut s'eloigner de la foule : il fit done pousser au large pour regagner ensuite la cote en un endroit solitaire d'ou il rentra sans bruit a Capharnaum. Quand il fut seul dans la maison avec ses douze apotres et quelques autres familiers 2 , ceux-ci 1'interrogerent au sujet de sa predication dans la barque : Pourquoi leur parles-tu en paraboles?
C'est a vous , repondit Jesus, qu'il a ete donne de connaitre les secrets du royaume des cieux ; mais a ees homines du dehors 3 cela n'a pas ete donne. Gar a celui qui a la foi on donnera, et il sera dans 1'abondance; mais a celui qui ne 1'a pas, meme ce qu'il a lui sera ote. G'est pourquoi je leur parle en paraboles parce que, ayant des yeux pour voir, ils ne voient pas; ayant des oreilles pour entendre, ils n'entendent ni ne comprennent. En eux s'accomplit la prophetic d'lsa'ie : Vous ecouterez bien et vous ne comprendrez pas ; vous regarderez Men et vous ne verrez pas. Gar le cceur de ce peuple s'est appesanti, ils ont 1'ouie dure et les yeux fermes parce qu'ils ne veulent pas voir de leurs yeux, entendre de leurs oreilles, comprendre avec leur coaur et etre gueris par moi 4 . Mais chez vous, heureux sont les yeux parce qu'ils voient; heureuses
1 MATTHIEP, XI, 15.
4 ISA'IE, VI, 9-10. La citation est faite librement, d'apres la traduction des Septante. Voici la traduction du texte hebreu : l.e Seigneur me dit : Va dire a ce peuple : ecoutez bien et ne coraprenez pas ; regardez Men, et ne connaissez pas. Toi, epaissis le coeur de ce peuple ;
les oreilles parce qu'elles entendent! Je vous dis en verite que beaucoup de prophetes et de justes ont desire voir ce que vous voyez et ne 1'ont pas vu, entendre ce que vo.us entendez et ne 1'ont pas entendu 1 .
Mais les disciples presentsn'avaientpas compris le sens de la parabole du semeur. Us prierent Jesus de la leur expliquer. Quoi! leur dit-il, vous ne comprenez pas cette. parabole? Comment alors comprendrez-vous toutes celles que je dirai par la suite 1 ? Entendez done ^explication de celle-ci s . Le semeur seme la parole divine : et ceux qui sont le long du ehemin, la oil la parole semee tombe, sont ceux qui ne 1'ont pas plus tot entendue que Satan vient enlever la parole semee en leurs cosurs. De leur cote ceux qui ont ete ensemences sur des endroits pierreux sont ceux qui, lorsqu'ils entendent la parole, s'empressent de la recevoir avec joie; mais ils n'ont pas de racines en eux-memes, ils ne durent pas; 1'epreuve et la persecution survenant ensuite a cause de la parole, ils se rebutent aussitot. Et les autres qui sont ensemences parmi les ronces sont ceux qui ont ecoute la parole ; mais les soucis de ce monde, la seduction de la richesse, les convoitises de toutes autres sorles s'introduisant en eux etouffent la parole, et elle est rendue sterile. Ceux-la enfin qui ont ete ensemences sur la bonne terre sont ceux qui
endurcis ses oreilles et bouche ses yeux, de peur qu'il ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, ne comprenne avec son cceur, ne se convertisse et soil gueri .^
1 MATTHIKU, XIII, 11-17; MARC, IV, 11 et 12; Luc, VIII, 10.
5 MATTHIEC, XIII, 18.
340 ' V ' ' LA VIE HISTOMQUE
ecoutenl la parole et 1'acceptent et qui portent du fruit a trente, a soixante et a cent pour un 1 .
Pendant plusieurs jours Jesus continua de presenter des paraboles a la multitude qui restait curieuse de 1'entendre, tout en se detachant de plus en plus de lui. Saint Matlhieu cile ici trois paraboles dites alors par Jesus relativement aux conquetes que fait le royaume des cieux.
Le royaume des cieux evoque 1'ideed'un homme qui avait seme du bon grain dans son champ, mais pendant que les travailleurs agricoles dormaient, I'ennemi vint et sema de 1'ivraie et s'en alia. L'herbe ayant done pousse et produit du fruit, alors 1'ivraie parut aussi. Et les serviteurs du proprietaire du domaine vinrent lui dire : Seigneur, n'as-tu pas seme du bon grain dans ton champ? d'ou vient done qu'il a de 1'ivraie? II leur repondit : Un homme ennemi a fait cela. Lors les travailleurs lui dirent: Yeux-tu que nous allions la cucillir? Non, repondit-il, de peur que, en cueillant 1'ivraie, vous ne deraciniez en meme temps le ble. Laissez croitre ensemble les deux jusqu'a la moisson ; et au temps do. celle-ci je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord 1'ivraie et liez-la en bottes pour la bruler; et recueillez le ble dans mon grenier 2 .
Le royaume des cieux , continua Jesus en une seconde parabole, est semblable a un grain de seneve qu'un homme prit et sema dans son champ; c'est en verite la plus petite de toutes les semences 5 ;
1 MATTHIEU, XIII, 19-25; MABC, IV, 14-20; Luc, VIII, 11-157
2 MATTHIEU, XIII, 24-50. Parabole proprc a saint Matthicu,
5 II s'agit d'un des pepins qui sent renfermes par cinq ou six dans
DEN.rS. JESUS-CHRIST. 341
mais quand ce grain a pousse, sa plaate devient plus orande que lous les legumes 1 , elle devient un arbre en sorte que les oiseaux du ciel peuvent s'abriter dans ses branches 2 .
La troisieme parabole fut la suivante : Le royaume des cieux est semblable au levain qu'une femme a pris pour le petrir avec trois sahlah* de farine jusqu'a ce queje tout ait fermente* .
A ces trois paraboles saint Marc en ajoute une quatrieme qui ne se trouve que dans son evangile : II en est du royaume de Dieu comme lorsqu'un hofflme a jete de la sentience sur la terre ; qu'il dorm e ou qu'il se leve, de nuit ou de jour, la semence germe et pousse sans qu'il sache comment. D'ellememe la terre produit d'abord 1'berbe, puis 1'epi, puis du froment plein 1'epi; et quand le fruit est a point, 1'homme met en mouvement la faucille, parce que le temps de la moisson e&t venu B .
Oil Jesus exposa-t-il ces paraboles aux foules 6 ? 11 apparait par un mot de saint Matthieu qu'ime fois au moins, lors de la parabole de 1'ivraie, H parla en
les gousses de seneve. Le pepin de seneve est cite dans FEvangile comme le type des clioses minuscules (ULmniED, XYII, 20 ; Luc, XVII, 6) .
1 MATTIHEU, XIII, 52 ; MABC, IV, 52.
8 Le seneve en Palestine est arborescent. Cette mfime parabole est rapportee'par saint Luc, raais un an plus tai'd, quand Jesus est en Pcree a la veille de se rendre a Jerusalem pour la fete de la Dedicace (Luc, XIII, 19).
3 Mot arameen transcrit en gree o-atTa par saint Luc (XIII, 21) et le traducteur de saint Matthieu (XIII, 33); 1'equivalent hebreu est seah. Le seah valait environ treize litres.
4 Saint Luc rapporte aussi au sejour de Jesus ea'Pfree cette parabole (XIII, 20 et 21).
6 MATTH.EU, XIII, 34 : Tot; &' X >x;.
plein air 1 ; mais une aulre fois, nous le savons par une circonstance particuliere qu'ont relevee trois evangelistes Yce fut dans la maison deCapharnaum qu'il donna a la foule accourue pour Ventendre son enseignemenl par paraboles 3 .
Ce jour-la un grand nombre de curieux avaient envahi la maison et s'etaient assis en rangs serres aulour de lui 4 . S'eleva-t-il quelque tumulte du genre de celui qui s'etait produit le jour ou les scribes avaient accuse Jesus d'etre un suppot de Beelzeboul? Peut-e"tre; en tout cas, un motif quelconque amena Marie a se departir ce jour-la de la reserve scrupuleuse qu'elle observait devant 1'activite de son fils. Ceux que Ton nommait les freres de Jesus vinrent-ils la chercher? Le fait est que, accompagnee par ces derniers, elle se rendit a la maison, mais aucun d'euxne put entrer, tant la presse etait forte; ils prierent done quelques personnes qui se trouvaient pres de la porte de transmettre de rang en rang jusqu'a Jesus Favis qu'ils desiraient lui parler. Get avis fut, en effet, transmis jusqu'a Tun de ceux qui etaient assis pres de Jesus et cet homme apparemment haineux lui dit, sans employer aucune des appellations ordinaires de politesse 8 : Voici dehors ta mere et tes freres qui te demandent . Precedemment Jesus avail deja montre que depuis son
1 MATTHIEU, XIII, 36 : Ayant congedie les foules, il revint dans la maison .
2 MATTBIED, XII, 46; MARC, III, 51; Luc, XI, 20.
3 MATTHIEU, XII, 46 . II parlait de nonveau (^TI) aux foules .
4 MAKC, III, 32. Ils Etaient accroupis sur le sol a la maniere oriehtalc.
5 Maitre (8i8<7xaXoi;, eiciffTotTYii;) ou Seigneur (xiipto?). L'omission est remarquable, nous la constatons cliez les trois evangelistes qui ont fait le reeit de cet incident.
entree dans la vie publique il etait absolument independent de sa mere ; il voulut de nouveau manifester son independance devant une assemblee dont la majoritenelui etait pas favorable. II reponditdonc a celui qui lui avait transmis Tavis : Qui est ma mere? et qui sont mes freres 8 ? . Puis ayant regarde tout a Fentour ceux qui etaient assis pres de lui 1 il etendit la main vers un groupe de disciples fideles* et dit : Voici ma mere et mes freres; car quiconque fait la volonte de mon pere qui est aux cieux, celui-la est mon frere, et ma soeur 3 , et ma mere* .
Cette reponse fut-elle communiquee a Marie?
Aucun evangile n'a mis de conclusion a ce petit episode. Ce qui est certain c'est que la demarche de Marie n'eut aucune consequence. Jesus continua son allocution parabolique, puisque c'etait, nous dit saint Marc, la seule maniere dont il pouvait desormais se faire entendre par les gens de Capharnauni pour leur annoncer la parole de Dieu 8 sans qu'ils regimbassent 6 .
Mais a ses lideles Jesus voulait parler clairement : La, lampe vient-elle , leur disait-il, pour etre
8 MATTIIIEU, XII, 49.
3 MATTIIIEU, XII, 50 ; MARC, III, 35. Ce mot de soeur parait indiquer que dans le groupe fidele se Irouvaient quelques femmes, par exemple Marie-Madeleine, Jeanne et Suzanne.
4 MATTHIEU, XII, 46-50; MARC, III, 31-55; Luc, VIII, 19-21.
8 MARC, IV, 33. Et par beaucoup de semblables paraboles il leur disait la parole, de la maniere qu'ils pouvaient 1'entendre.
6 On discute encore sur la signification exacte du passage correspondent de saint Matthieu (XIII, 54) : Jesus disait en paraboles toutes ces choses aux foules, et il ne leur parlait pas autrement que par" jmrabole, afin que s'accomplit ce qui a etc dit par-.le prophete : J'ouvrirai ma bouche en paraboles, je revelerai des choses qui ont et6 cachets depuis le commencement du monde .
mise sous le boisseau, ou sous le lit? ne vient-elle pas pour etre mise sur le porte-lampe 1 ? II n'y a rien de cache qui ne doive etre eclaire ; rien ne se fait en secret que pour venir au jour 2 . Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende 5 . Faites done attention a ce que vous entendez; avec la mesure dont vous mesurez, il vous sera mesure, et il sera meme surajoute a YOUS qui ecoutez*. Car a celui qui a (la foi) il sera donne; a celui qui ne Pa pas,, on enlevera meme ce qu'il a 5 .
Ces paroles encouragerent les disciples a demander a Jesus Pexplication de la parabole de 1'ivraie qu'ils n'avaient pas comprise. Jesus, ayant congedie les foules qu'il avait haranguees en plein air, elait rentredans la maison, comme pour y prendfe da repos; ses disciples choisirent ce moment pour s'approcher de lui 6 et lui dirent : Explique-nous la parabole de 1'ivraie dans le champ .
De bonne grace Jesns expliqua : Gelui qui seme la bonne sentience est le fils de Phomme; le champ est le monde ; la bonne semence ce sont les fils du royaume; 1'ivraie ce sont les fils du malm; Pennemi
1 MARC, IV, 21; Luc, VIII, 16. Saint Matthieu a insere cette phrase dans le Sermon sur la Montague (V, 15).
2 MARC, IV, 22; Luc, VIII, 17. Saint Matthieu met cette phrase dans les instructions que donnera Jesus a ses apotres lors de leu r envoi en mission de predication (X, 26).
3 MAIIC, IV, 23. Jesus avail deja prononce cette parole a la fin de la parabole du seineur (MARC, IV, 9) ; il la repelera quand il cxpliquera la parabole de 1'ivraie (MATTIIIEU, XIII. 43).
* MARC, IV, 24. La Vulgate a supprime le dernier irait.: a II sera surajoute a vous qui ecoutez upoa-TEO^a-sTai 6[Aiv TOI? axououacv. Cf. Luc, VIII, 18.
5 MARC, IV, 25; Luc, VIII, 18. Saint Malthieu (XIII, 12) a deja fait dire celte parole par Jesus, voir page 526.
6 MATTHIKU, XIII, 56.
qui a seme 1'ivraie est le diable; la moisson est la consomnialion du siecle; et les moissonneurs sont les anges.
Ainsi que 1'ivraie est ramassee et brulee au feu, ainsi en sera-t-il a la consommation du siecle. Le lils de I'homme enverra ses anges et ils enleveront de son royaume tous les objets de scandale et tous ceux qui eommettent 1'iniquite, et ils jetleront ceuxci dans la fournaise du feu ; la il y aura le pleur et le grincemenl des dents. Alors, an contraire, les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leurpere. Qui a des oreilles entende 1 .
A la suite de cette explication, sans transition , Jesus dit a ses disciples, comme complement, trois nouvelles paraboles sur les moyens d'entrer dans le royaume du Fils de I'homme.
Le royaume est aussi 2 semblable a un tresor enfoui dans un champ ; 1'ayant trouve, un homme 1'a cache, el, tout joyeux de sa decouverte, il va et vend lout ce qu'il possede et il achete le champ.
De meme, le royaume des cieux evoque 1'idee d'un commerc.ant en quete de belles perles; en ayant trouv^ une tres precieuse il est alle vendre tout ce qu'il avail et il a achete la perle.
De meme encore, le royaume des cieux rappelle un filet jete dans la mer s et qui a ramasse des poissons de toutes sortes. Quand il a ete plein les
r, XIII, 37-43.
2 IlaXtv, allusion aux comparaisons deja faitcs avec le grain de scncve (MATTHIUU, XIII, 31) et au Icvain melange a la farine (MATTHIEO, XIII, 33).
3 Probablement il s'agit ici de la raer de Genesareth, c'est-a-dire du lac voisin.
pecheurs 1'ont remonte sur la greve et, s'etant assis ils ont choisi les bons pour les mettre dans des recipients, et ils ont jete de cote les maiwais. Ainsi en sera-t-il a la consbmmaiion du siecle; les anges viendront et separeront les mechants d'au milieu des justes, et ils les jetteront dans la fournaise du feu. La il y aura le pleur el le grin cement des dents.
Avez-vous bien compris le sens de tout ce.que je viens de dire 1 ? , demanda Jesus a ses disciples. Oui, Seigneur , repondirent-ils.
Eh! bien, conclut Jesus, tout homme sense 4 qui a ete inilie a la connaissance du royaume des cieux est comparable a un maitre de maison qui fait sortir rapidement 3 de son tresor, selon les circonstances, du neuf et du vieux*.
Jesus donnait la a ses disciples une regie de conduite pour la predication evangelique dont ils seraitent bientot charges ; son enseignement par le moyen de paraboles leur montrait la variete des methodes qu'ils pourraient employer pour faire valoir la parole de Dieu s .
1 MATTJIIEC, XIII, 51. Litteralement : Avez-vous fait le rapprocliement de tout ce que je viens de dire"! <njvYJxaire -rauta iravra;
2 Le mot Ypap-jxaireuc employe ici par saint Matthieu n'y a pas le sens elroit que la langue francaise donne au mot scribe; il signifie une personne qui n'est pas sans lettrcs.
5 Lilteralement : qui jetie liors de son trdsor, ex6a)v>>t. 4 MATTHIEU, XIII, 52.
8 Plusieurs autres interpretations egalement plausibles ont dte proposees toucliant ce passage assez obscur.
GHAP1TRE XXX
Tempete sur le lac de Tiberiade.
Les poss^des de Guerguesa.
Cependant la saison d'hiver etait venue. En Tun des jours de celte saison 1 , Jesus etail alle a Bethsa'ide et, a cause de la foulequi 1'avait enlouresur le rivage 2 , il etait de nouveau monte dans la barque de Pierre pour donner de la son enseignement en paraboles. Ses apolres -s'etaient embarques avec lui 3 ; a cote de sa barque il en etait venu d'autres plus petites 4 , chargees de gens desireux de 1'entendre de pres. Peut-elre est-ce celte circonstance qui amena
1 "Ev [xta TWV v)[xepwv, en I'un des jours, dit saint Luc (YIH, 22). Saint Marc parait par ses expressions vouloir preciser le jour : En ce jour-la, le soir etant venu (IV, 35) ev exei'v/i TV) f,{i.epa ; inais la phrase qui precede cette indication ne se rapporle pas a un seul jour determine, elle vise une p^riode de temps qui a pu comprendre plusieurs semaincs : II leur disait la parole (divine) par beaucoup de paraboles semblables, selon qu'ils pouvaient ecouter; si cc n'&ait pas par paraboles, il ne leur parlait pas ; inais a ses disciples il expliquait tout en particulier . II est clair que chez saint Marc, comme chez saint Mattliieu, 1'expression en ce jour-la equivaut a notre : un jour.
8 MATTHIEB, VIII, 18 : Voyant des foules nombreuscs autour de hu,
s MATTHIEH, VIII, 23; Luc, VIII, 22.
* 13)>oiapia, MARC, IV, 36.
Jesus, quand,- le soir venant, il eut termine son enseignement, a decider de ne pas redescendre a terre a Bethsaide, mais a passer a la rive opposee du lac; il devait craindre, vu la curiosite qu'il excitait ce jour-la, d'etre encore plus que d'ordinaire obsede par la foule, s'il voulait rentrer a Capharnauin; les gens qui voguaient a cole de sa barque 1'auraient sum la ou il aurait debarque; il n'aurait pu se derober aux importuns comme il 1'avait fait jusqu'alors quand il quittait la barque.
Passons a 1'autre bord du lac , dit-il a ses apotres 1 ; ceux-ci obeirent et virerent an large vers FEst; ils emmenaient Jesus, nous dit saint Marc, dans 1'etat ou il se trouvaitdans la barque 2 , c'esla-dire sans qu'il se fut precautionne d'aucun des accessoires recomraandables pour une traversee de nuit a ciel ouvert en plein hiver. Les embarcations voisines suivirent, taut la curiosite de leurs occupants etait grande 3 .
Au depart, le lac etait calme; Jesus, s'etant place
1 MARC, IV, 55; Luc, YIII, 22.
2 MARC, IV, 36, w? T\*> sv TW
3 Saint MaUhieu, par anachronisme, dit qu'un scribe demanda alors a Jesus de le prendre avec lui dans la barque (MATTIUEU, VIII, 19), puls qu'un disciple pria Jesus de lui dohner la permission de ne pas le suivre (MATTHIED, VIII, 21). Comment le scribe aurait-il pu. de la terre communiquer avec Jesus? et s'il etait dans une des embarcations voguanl a cote de la barque de Pierre, a quoi bon dcmander a passer dans cette barque puisque les embarcations alhienl la suivre? On ne voit pas da-vantage de' vraisemblance a ce qu'un disciple ait alors demaride d'etre descendu a terre afin d'aller ensevelir son pere; le deces de cglui-ci se serait done produit depuis le moment, tout recent ou Jesus etait monte dans la barque? Saint Luc, beaucoup plus logiquement, place ces deux incidents quelqucs mois plus tard quand Jdsus fera route par terre vers la Judee (IX, 57-60).
a la poupe^de la barque, s'endormit, la tete appuyee sur Foreiller du bord 1 . Or, landis qu'il dormait, tine rafale subite s'eleva qui mil le lac en fureiir 8 ; prenant la barque de biais, elle poussait centre elle les flots souleves, et celle-ci, qui probablement n'etait qu'a demi pontee, s'emplissait rapidemenl d'eau et menacait de sombrer. La barque de Pierre e tail au milieu du lac, loin de tout secours; les embarcations qui la suivaient se trouvaient sous la meme menace. Epouvantes, les apotres vinrent a Jesus et le reveillerent brusquement : Maitre, Seigneur 3 , au secours, nous perissons*, n'en as-tu point souci 8 ? Pourquoi etes-vous craintifs, gens de peu de foi , leur repondit Jesus impassible. Et s'etant leve sur la poupe, il menaca le vent et dit au lac : Silence! refrene-toi 6 . Aussilol le vent s'apaisa et il se fit un grand calme sur 1'eau. De Tepouvanle, les apotres etaient passes a la stupefaction. Oil est votre foi 7 ? leur demanda tristement Jesus : n'en avez-vous pas encore 8 ? Mais les apotres, sans repondre, se disaient entre
1 MARC, IV, 58. On ne salt, pas au juste ce que saint Marc appcHc I'oreiller du bord.
2 Une grande secousse, egifffib; \>.i\az, lit-on dans le texte grec de saint Matlhieu (VIII, 24), comrae s'il y avail eu tremblement de len-e. Saint Marc et. saint Luc disent plus simplement ^atXa^ avljiou wie rafale de vent.
5 Dans saint MATTIIIED, les apotres disent : xupte, Seigneur (VIII, 25) ; Jans saint MA.RG, 8i6a(yy.a),e, mailre cnseignant (IV, 38); dans saint Luc, eiuoraTa, maitre propose' (VIII, 24).
4 MATTiiiEn, VIII, 25; Lie, VIII, 24.
* Litteralement : bdillvnne-toi, netVoffo (MARC, IV, 59). 7 Lcc, VIII, 25.
350 4 LA VIE HISTORlhuE'... ,
eux : Qui done est-il pour que meme le vent et la mer lui obeissent 1 ?
Dans les autres embarcations, ou le danger avait ete tout aussi grand, les hommes avaienl vu Jesus se lever et commander au vent et au lac de se calmer; ils etaient, comme les apotres, tout saisis de 1'effet instantane qu'avait eu eel ordre. Parmi eux, sans doute, il s'en trouvait qui avaient entendu les scribes accuser Jesus d'etre un suppot de Beelzeboul, et cette accusation les hantait depuis lors. Maintenant, sous le coup du danger aiiquel ils venaient d'echapper grace a Finlervention de Jesus, ils se demandaient les uns aux autres : De quelle nature est-il 2 pour que m6me les vents et la mer lui obeissent?
Le jour vint; les barques etaient pres de la cdte de Gaulanitide, non loin du petit bourg de Guerguesa situe sur le territoire de Gadara 3 . Cette derniere ville faisait originairement partie de la Deeapole, confederation de dix villes helleniques formee par Pompee; TEmpereur Auguste avait concede Gadara a Herodele Grand, mais a la mort de celui-ci elle etait retournee a 1'autorite romaine, et en 1'annee 29 son territoire faisait partie integrante de la province de Syrie. Toute la region etait paienne.
L'endroit ou Jesus fit aborder la barque de Pierre
1 MARC, IV, 41 ; Lnc, VIII, 25.
2 MATTHIEU, VIII, 27. IIoTa7t6c ecrttv outog; d'ou done est celui-ci?
3 Dans le texte grec de saint Matthieu, on lit que Je'sus vint au pays des Guergueseniens (VIII, 28); saint Marc (V, 1) et saint Luc (VIII, 26) disent le pays des Gadareniens; les deux appellations sont correct es. Au'contraire, la lecon de plusieurs manuscrits adoptee par la Vulgate, le pays des Gerase"niens, est absolument fautive ; Gerasa. autre ville decapolitaine etait situee a plus de quin'ze lieues du lac de Tiberiade en pleine Peree.
elait fort redoute des bateliers du lac; car a proxiniite elait un groupe nombreux de lombeaux au milieu desquels deux demoniaques fort dangereux avaient fixe leur repaire. Atleints de ce que dans noire langage moderne nous nommerions une fureur sadique, ces deux forcenes, qui le plus souvent etaient completement nus, se laceraient le corps avec des pierres, puis toul ensanglanles ils couraient sus a ceux qui s'aventuraient de leur cote et les metlaienl a mal ; ou bien ils erraienl dans les collines voisines de jour el de nuil sans cesser de hurler 1 . Parfois, dans des momenls d'accalmie, ils etaient retournes a Guerguesa; la on les avail enlraves, attaches meme au mur par une chaine; mais, leur fureur se ranimant bien tot, ils avaient loujours reussi a briser leurs entraves et leurs chaines, et ils elaienl relournes a leur residence favorite au milieu des lombeaux 2 . Desormais personne ne songeail plus a les dompler.
L'un d'.eux etait un homme riche de Guerguesa ou il possedait une maison et avail une famille qui gerail ses irilere'ls de forlune 3 ; 1'aulre devait etre son subalterne, un esclave qu'il avail devoye; circonstance qui nous explique pourquoi saint Matihieu est seul a mentionner 1'existence de cet acolyte. Saint Marc et sainl Luc onl juge inulile de parler d'un comparse dans leur re"cit; ils n'y font apparaitre que le personnage principal*.
1 MATTIIIEU, VIII, 28; MARC, V, 2 et 5; Luc, VIII, 27. 4 MARC, V, 3 et 4; Leo, VIII, 29.
4 Saint Matthieu (VIII, 28) dit deux demoniaques; saint Marc (V, 1)
352 LA VIEJHSTOIUQUE
Quand la barque eut accoste le rivage, Jesus s'avan<ja seulji terre;-le mauvais renom de Fendroit detournait les apotres, comme tous ceiix qui etaient dans les autres barques, de descendre a terre ou, du moins, de s'eloigner du rivage. Us avaient peur des demoniaques. De fait, ceux-ci/des qu'ils apergurent Jesus, sortirent des tombeaux et coururent a sa rencontre, animes d'intentions brutales, 1 . Mais comme ils approchaient de Jesus, les demons qu'ils portaient en eux reconnurent celui-ci; et sous leur suggestion les deux homines se prosternerent en c'riant : Qu'as-tu a i'aire avee nous v Jesus fils du Dieu tres haul? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps marque? Et le premier demoniaque le suppliait : Je t'adjure par Dieu 8 , ne me tourmente pas . Gar deja Jesus Texorcisait en disant : Toi, 1'esprit impur, sors de cet homme 3 .
A la supplication du demoniaque Jesus repondit : K Quel est ton nom? Legion est mon nom fit 1'homme Loujours sous la suggestion, car nous sdmmes ici beaucoup* .
Et par la bouche du demoniaque, les demons insistaient vivement pour que Jesus ne les expulsat pas
dit un homme en esprit impur; et saint Luc (VIII, 27) wi homme de la ville qui avail en lui des demons,
1 Us etaient fort dangereux , dit saint Matthieu (VIII, 28), a an point que personne ne pouvait passer par le chemin qu'avait pris Jesus.
2 MARC, V, 7. Dans saint Luc (VIII, 28), ie demohiaque dit moins solennellement : Je t'en supplie.
* MAUC, V, 9; Luc, VIII, 30. Asyetiv, legio. C'est exceplionnellement que saint Luc emploie un mot latin grecise. Mais dans tin pays torn be sous la domination romaine, les termes militaires de la langue du vaiiiqueur etaient passes dans 1'usage couranl.
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loin du territoife de Gadara 1 , surtout ne les renvoyat pas dans rabime infernal*. Or il y avail en vue, quoique a une grande distance, un troupeau de deux mille pores 3 <jui paissaient sur la falaise sous la garde de plusieurs porchers. Ce troupeau, qui etait eugraisse pour ralimenlation de la population pa'ienne de cette region, appartenait au demoniaque 4 . Les demons prierent Jesus de les envoyer dans ces betes : Si tu nous chasses, envoie-nous dans' ce troupeau 6 .
Comme celui-ci etait la propriele du demoniaque et que, par consequent, sa destruction ne pouvait porter prejudice a mil autre, Jesus accorda aux demons la permission qu'ils-demandaient. Aussitot ils s'echapperent du corps des deux hommes pour passer dans les pores. Sous cetle invasion, les pores affoles se precipiterent impetueusement du haut de la falaise dans le lac et se noyerent 6 .
Les porchers, affoles de voir ainsi disparaitre le troupeau confie a leur garde, s'enfuirent precipitamment les uhs dans la ville, les autres dans la campagne, et ils raconterent a tous' ceux qu'ils rencontrerent la destruction du troupeau. Leur recil excita une curiosite generale, et nombre tie personnes sortirent de la ville pour se rendre
1 JUnc, V, 10.
4 Lw, \III, 31.
5 JlATTIlfED, VIII, 30.
4 Le demoniaque n'aurait pas laiss des porchers paitre en liberte un troupeau si ces hommes n'avaient pas te a son service. En outre, lesus n'aurait pas detruit le bien d'autrui si le proprie"taire n'eut pas elo consentant.
s MATTIIIEC, VIII, 31.
MATTUIED, VIII, 32; MAIIC, V, 13; Luc, VIII, 33
eompte de ce qui s'etait passe 1 . Evidemment ces curieux s'avanc,aient avec circonspection ; car ils craignaient la fureur des deux demoniaques. Aussi grande fut leur surprise quand, arrivant pres de 1'endroit oil se lenait Jesus, ils virent assis calmemenl a ses pieds le principal demoniaque ; il avail reendosse ses vetemenls et son apparence etait celle d'un homme en plein bon sens 2 .
Pour s'edifier sur ce qui s'etait vraiment passe, les Guergueseniens questionnerent les apotres et les autres personnes qui avaient vu le retour des dmoniaques a la raison et la noyade du Iroupeau de pores 3 . Ce qu'ils raconterent ernut beaucoup les Guergutiseniens ; Jesus allait-il faire dans leur pays d'autres prodiges aceompagnes de faits leur portant a eux tous des prejudices, bien superieurs peuletre a la destruction d'un troupeau? Cette pensee elait alarmante ; aussi toute la population s'unit-elle pour prier Je"sus de s'eloigner au plus vile*.
Jesus ne resisla pas a leur desir; ces gens qui ne pensaient qu'a la sauvegarde de leurs biens materiels ne merilaient pas qu'il restat chez eux pour leur precher la bonne nouvelle: il declara done qu'il allait remonter dans sa barque et s'eloigner.
Mais comme il etait sur le point de parlir, 1'exdemoniaque le pria de l'emmener avec lui. Jesus s'y refusa : Ya , lui dit-il, retourne dans ta maison,
1 MARC, Y, 14; Luc, VIII, 34.
a MARC, V, 15; Lac, VIH, 55.
3 MARC, V, Ib; Luc, VIII, 36. * MATTHIEU, VIII, 34; MABC, V, 17; Luc, VIII, 37.
* ' DE M.-S. JSSUS-CIIRIST.
aupres des tiens, el annonee-leur tout ce que le Seigneur t'a fait, comment il a eu pitie de toi 1 . II etait sans interet pour Jesus d'augmenter d'un pai'en le nombre de ses compagnons habituels en Galilee, tandis que le demoniaque libere, en rentrant dans son pays, pouyait y faire reuvre fructueuse. En effet, bien loin d'admirer 1'auteur de sa gue>ison, ses cornpa triotes tres bonies d'esprit trouvaient excessif le prix dont elle avait ete pay^e et tenait J^sus comme un bienfaiteur trop onereux; en le glorifiant, .'ancien demoniaque montrerait a ces aveugles que la perte d'un troupeau etait pour lui bien peu de chose en comparaison de rimmense faveur dont il venait d'etre 1'objet et il ramenerait ses compatriotes a la juste appreciation non seulement de la puissance, mais de la bonte de Jesus.
Le riche Guergu6senien se re"signa done a se separer de J6sus ; il rentra dans sa ville ou il publia haulement tous les details de sa guerison* et il ne borna pas la la manifestation de sa gratitude; il parcourat la Decapole, proclamant partout ce que Je"sus lui avait fail, et tous desormais etaient dans Tadmiration 3 , car ils savaient de quelle ignominie le malheureux avail 6te retire.
1 HAM, V, 19; Lnc, YIII, 59.
* IDC, VIII, 39.