CHAPITRE XXXIII
Premiere multiplication des pains.
Malgre sa rapidite, le depart de Jesus n'avait pu elre ignore. Beaucoup de personnes virent partir la barque, plusieurs surent meme ou elle devait aborder 1 . Et comme il y avail dans les environs de Gapharnaiini des malades desireux d'etre gueris 2 , il se forma vite une forte troupe de gens qui suivaient de loin la barque en marchant le long du rivage ; et a chaque ville ou village qu'elle traversait, elle se grossissail de reerues 3 ; homines, femmes, enfants elaient entraines par le flot* et partaient en avant sans se precautionner de quoi que ce fut.
L'endroit oil Jesus avait decide d'aborder elait dans le district de Bethsa'ide Julias (ou Bethsa'ide de Julie), ville qu'il ne faut pas confondre avec la Bethsa'ide pres Capharnaiim. Ge district situe sur la rive orientale du Jourdain faisait partie de la tetrarchie d'Herode Philippe; et commc ce prince, par
1 MAKC, VI, 33. .
3 llATiniEB, XIV, 13; JL\nc, VI, 35.
37C - LA- VIE HISTORTQUE - ^ -
line exception rare dans-la famille d'Herode, etait d'li.h caractere doux'el tranquille 1 , Jesus avail toule certitude de ne pas etre inquiete dans ses domaines. Quant a la Bethsa'ide, pres de laquelle voulait debarquer Jesus, el le avail commence, ainsi que le prouve son nom 2 , par etre un simple hameau de pecheurs ; mais Philippe avail transforme ce hameau en ville et lui avait, par flatterie pour TEmpereur Auguste, attribue le nom de Julie, iiJle de celui-ci. Dans les environs les endroits sauvages et inhabiles ne manquaient pas; Vest dans Fun d'eux que Jesus, pensons-nous, venait de passer les dernieres semaines el il voulail maintenanl y retourner accompagne de ses apotres.
La barque cependant avancait lentement sur le lac, soit que le vent fut contraire, soil que Jesus eiil a dessein ralenli sa marche. Aussi, malgre le longcircuit qu'ils avaient a faire et la necessite de passer, prpbablement a gue,'le Jourdain, ceux qui cdtoyaient le lac arriverent avant la barque a Tendroit desiigne. Epuises par la route, el decontenances de yoir la barque encore si loin, ils altendaient anxieusement sur le rivage; pour depeindre leur etal d'ame, saint Marc, reproduisant une expression chere aux ecrivains de 1'Ancien Testament 3 , dit qu'ils elaient comme des brebis sans bergers 4 . Jesus arriva enfin ;
1 FLAVIUS JOSEPIIE, Antiquitts hebratgites, livre XVIII, chap, iv, par. 6 : Msirptov ev ol? VIP^S iiapaox^ ^^ ^P^^ov icaY ocivpdYl'- ov ) '' montra, dans les pays qu'il gouvernait, que son caractere etait mcsure et tranquilJe. ,
2 Bethsa'ide veut dire poissonneric. ^ ' .
5 Nombres, XXVII, 17; Troistime livre des Rois, XXII, "18.; XXXIV, 5.
*-MAnc, VI, 3). Cf. MATTHIEU, IX, 56
DE N.-Sr JESUS-CHRIST. 31T
et les voyant si desempares il eat pilie d'eux. II avaif clit a ses apotres, en partant de Caphanmum r qu'il les menait dans la solitude, afin quails aient im peu de repos 1 . Main tenant les circonstances ayant change, une- nouvelle tache s'imposait a Jesus et a ses apotres; il.fallait s'occuper de cette foule qui r pour le revoir, venait de faire une marche si penible. Jesus se montra donc-plein de bienveillance pour ces gens ; il guerit tous les mal^des qu'ils lui presenlerent*; puis il lenr adressa une longue instruclion reconfortante sur le royaume de Dieu 3 .
Le soleil eependant allait bientot disparaure a riiorizon. Faisant mine de vouloir se separer de la foule, Jesus gravit une colline .voisine au sommet de laqnelle etait un vaste plateau 4 , il s'assit la avec ses disciples & et ils y prirent, croyons-nous, leurmodeste repas du soir 6 .
Les disciples avaient compte pouvoir passer Iran-
- MATTJIIBU, XIV, M; Luc, IX, 11.
r> MABC, YI, 34 : II se mil a les instruire longuement . Luc, IX, H : Les ayant accueillis avec hienvcillance (8${j.evo; aurooc). il leur parlait du royaume de Dieu .
4 JEAX, VI, 3 : II monta d(f.ns la monlagne, e!; TO op?! saint Jean n'a pas parle prccodemment d'une niontagne; la forme determinee fjii'il donne ici a son indication pent s'expliquer -parce que la monlagne (ou plus exactemcnt la colline) ou se passa la premiere multtplicntion des pains etait restee de son temps un lieu historiqne.
Les quatre evangelistes concordent pour nous donner ce detail que les douze ap6tres avaient apporte sur la colline leurs corbeilles de voyage (JIATTHIBC, XIV, 20; M.VRC, VI, 43; Luc, IX, 17; JEAX, Vf, 13). Pourquoi n'avoir pas laisse ces corbeilles dans la barque, si ce n'est parce qu'elles contenaient leurs provisions pour le repas du soir? Le mot employe dans les qualre evangiles est xdsptvo;, d'ou est derive dans le francais levantin le mot conffin, espece de sae en paille grossiere- . .ment tressee. - "
378 , LA VIE HISTOMQUE
quillement la nuit sous la voute du ciel. Mais ils avaient compte sans la foule qui ne voulut pas se detacher si vite de Jesus ; elle ne fut pas longue a le suivre au haul de la colline * et peu a pen elle y remplissait le plateau. Les disciples firent remarquer a Jesus cette affluence et lui dirent : Get endroit est desert, et deja il se fait tard s . Congedie la foule en lui disant d'aller dans les villages et hameaux des alentours pour y trouver logis et nourriture, car ils n'ont pas de quoi manger 3 .
II n'est pas necessaire qu'ils s'en aillenl 4 , r3pondit Jesus, apres avoir leve les yeux sur cette foule, donnez-leur vous-memes a manger . Et se tournan t vers Philippe qui connaissait bien les ressources alimentaires de la region : D'ou achete rons-r^pus des pains pour faire -manger tout ce monde 8 ? Jesus parlait ainsi, nous dit saint Jean 6 , pour eprouver la foi de Philippe en sa puissance; car d'avance il savait comment il nourrirait tout ce peuple. Mais Philippe ne s'elevait pas au-dessus des calculs humains ; et en toute simplicite il fit observer : Deux cents deniers de pains 7 ne suffiraient
2 MATTHIEU, XIV, i5; M.ARC, VI, 35.
3 MATTHIKD, XIV, 15; MARC, VI, 35; Luc, IX, 12.
4 MATTIIIEU, XIV, 16.
7 Saint Marc (VI, 37) ct saint Jean (VI, 7) nomment id unc monnaie roraaine, le denier (denarius, Srf/apt'ov, dix as); la monnaie frappee par le tetrarque Philippe avait alors, sur le revers, 1'efflgie dc 1'Ernpereur Tiber e et, par consequent, avait un caractere romain; cela etait sans importance au regard des sujets de Philippe, presque tons pai'ens; mais elle faisait horreur aux Juifs fideles qui reprouvaient toute representation de ligure humaine sur les monnaies. II est done peucroyable
DE N.-S. JESUS-GHRfST. , "379
pas pour que chacun^dans cette foule ait un peu ji manger. ' Irons-nous done , reprirent les autres disciples, acheler du pain pour deux cents deniers? Cette question insinuait une objection; la bourse commune 1 que tenait Judas ne contenait pas cetle somme. I/objection paraissait invincible; Jesus la delourna 2 .
Combien de pains avez-vous? demanda-t-ii aux apotres. Allez-voir? . Les apdtres n'avaienl du $e munir de provisions, que pour leur repas du soir ; celui-ci acheve, que pouvait-il rester dans leurs couffms? Andre neanmoins s'informa et il donna bientot la reponse : Nous-memes n'avons rien; mais il y a ici un petit ganjon qui a cinq pains d'orge et deux poissons saurs*; mais qu'est cela pour un tel nombifc de personnes 5 ? Apportezles moi , dit Jesus 6 , et dites a tout ce monde de s'etendre a terre 7 .
que 1'apotre Philippe ait parle de deniers frappes par le tetrarque de meme nom; il a dil parler de sides, monnaie juive valant environ quatre deniers remains. Si saint Marc a employe le mot deniers, c'est que, dcrivant pour les Chretiens de Rome, il compte toujours en mesures latines; quant a saint Jean, il ecrivait son evangile a une dpoque ou les sides hebreux avaient disparu.
9 Deux cents deniers ou cinquante sides hebreux valaient approximativement cent soixante-quinze francs. A un moment ou la bourse commune n'etait pas alimentee par les riches Galileennes, cette somme etait certainement au-dessus des moyens de Jesus et de ses apotres.
5 MARU, VI, 38.
* Le mot o'|ipiov (petit mets assaisonnP), employe par saint Jean (VI, 9), montre que ce n'etait pas des poissons frais ; les autres evangelistes ont le mot gendrique l-fiuc;. , - .
6 MATTUIEU, XIV, 18.
1 Litteralement : de se coitcher a terre, dvaireo-elv, JEAN, VI, 16.
380" LA VIE HlSTORIQUti " "-" '"' """, '
La Tenue du printemps avail fait sortir 1'herbe nouvelle, et il y en avail beaucoup sur la colline 1 . JLa foule put done s'etendre commodement. Jesus avail dit de-la diviser en groupes de cinquante personnes 2 ; mais il se forma des groupes plus nombreux allant jusqu'a cent personnes 3 . A la lueurdu soleil couchant, tout ce monde etendu par terre a 1'orientale comme pour im banquet produisait, nous dit saint Marc, yu les couleurs voyantes de ses eostumes, 1'effet de "plates-bandes dans la verdure -^iJl y avaitla cinq mille hommes, sans compter un certain nombre de femmes et quelques enfants en bas age 5 .
Quand tous furent a leurs places, Jesus prit les pains et les poissons qu'on lui avail apportes el il prononga sur eux la benediction d'usage dans les repas de famille juifs. Puis il cottimenga a rorapre les cinq pains et a en passer les morceaux a ses disciples. Or les morceaux se multipliaient sous ses mains pour tomber dans les corbeilles de voyage des disciples" el ceux-ci allaienl les distribuer dans
1 JEAN, VI, 10. ~ v -
" 2 Luc, IX, i4: Lilteralement : en couchees (xXt<7i'a?) de cinquante.
4 Le grec de saint Marc, melange particulierement.ici d'hebrai'smes, est. tres difficile a rendre litteraleraent en francais : orll ordonna aux apotres de les faire coucher tous, sur 1'herbe verte, par groupes do convives (litteraleraent, convives-convives, <ru[/.ic6crt-ffu(;.7c$a i :a). Et ils s'etendirent en plates-bandes (litteralement : plates-bandes, plalesbandes, itpaeriaWpacrtat'),' par groupes de cent et de cinquante . MARC, VI, 39 et 40.
8 'MATTBIED, XIV, 21.
6 Bien que chacun des quatre evangelistes nous ait laissc un recit different de la premiere multiplication des pains et des poissons, dans aucun d'eux ne se trouve une donnee suffisamment precise pour permettre de "fixer comment s'opera la multiplication. On est reduil aux conjectures.
DE N.-S. JfiSUS-CHIUST. - ' , - 581-
les range"es formees par la foule assise sur 1'herbe, selon que le service Jeur en avail ete altribue" par Jesus 1 .
Apres que la distribution de pain eut ainsi ete faite, celle du poisson se fit de meme. Et tous, cinq mille et tant de personnes, mangerenl a leur gre et furent rassasies 2 . Jesus alors, selon le precepte mosaique 3 , rendit graces a Dieu de ce qu'il s'etait trouve des aliments pour nourrir tout ce peuple 4 ; puis il dit aux apdtres : Ramassez les morceaux de surplus, afin que rien ne soit perdu 5 ; et les douze disciples, avec les restes des pains el des poissons, remplirent chacun leurs corbeilles 6 .
Cette foule, qui veriait de beneficier de la puissance miraculeuse de Jesus, etait dans une admiration enthousiaste ; et parmi elle plusieurs qui connaissaienl les Ventures disaient : G'est vraiment lui le prophete qui doit venir dans le monde 7 . Rapproches de la predication sur le royaume de Dieu que Jesus avail quelques heures avanl adressee a cette foule, ces propos surexcitaient celle-ci; elle appliquait a Jesus les propheties d'lsa'ie et de Jer^mie sur
1 On peut estimer a six le nombrc des rangees qu'eut a servir diaque ap6tre.
2 MATTIHEU, XIV, 20; MARC, VI, 52; Luc, IX, 17; JEAN, VI, 11 et 12.
3 Deutdronome, VIII, 10.
fi MATTHIEU, XIV, 20; MARC, VI, 43; Luc, IX, 17; JEAN, VI, 13.
7 JEAN, VI, 14. Allusion au passage du Deuteronome (XVIII, 18) : Je lour susciterai du milieu de leurs freres un prophete semblable a loi (Moise), et je mettrai mes paroles en sa bouche, et il leur dira tout ceque je-lui aurai ordonne. Or, celui qui ne voudra pas ecouter ses paroles, quoiqu'il les dise en mon nom, c'est raoi qui me vengcrai de lui .
le roi qui s'assierait sur le trohe de David et rait Israel de la domination etrangere l ; et, d'un elan spontane, elle concut le projet de proclamer sur 1'heure Jesus roi ; s'il se refusait a accepter ce titre, on le lui imposerait de force en s'emparant de sa personne 2 . Les apotres se ralliaient a ce dessein; car, nous dit saint Marc, leur coeur etait aveugle 3 , ils n'avaient pas compris la portee et le sens de la multiplication des pains*; etrangers au sentiment charitable qui avail fait agir Jesus, ils jugeaient qu'un tel miracle devait etrele prelude d'une royaute terrestre que leUr maitre assumerait en qualite de Messie. Nous nous rappelons que Barth^lemy, des sa premiere rencontre avec Jesus, 1'avait salue du titre de roi d' Israel* et qu'un 'autre apotre, Simon, etait un zelote, c'est-a-dire un de ces exaltes qui souhaitaient le recours aux armes pour hater 1'expulsion hprs de la Palestine des Remains pai'ens et des Idumeens impies.
Jesus se rendait exactement compte de ce qui se tramait a son sujet. S'il ne s'opposait pas tout de suite aux velleites de ces horn mes, ceux-ci auraient vite proclame un soulevement centre le t^trarque Philippe et, en raison de Tetat d'ebullition oti se
1 ISA'IE, XI, 7 : ct Sur le trone de.David et sa royaute il s'assiera, et il les affermira dans la justice et lavertu des maintenant et a jamais. JEROME, XXIll, 5 et 6 : Je susciterai a David un rejeton plein de justice, tin roi regnera, il sera sage; il vendra jugement et justice sur la terre. En ces jours-la, Juda sez-a sauve et Israel habitera en securite . '
2 JEA\, VI, 15. -ARC, YI.52.
* OO ffuvvjxixv Jit\ "Tot? O^PTTOII;, ils n'ttaient pas d'accord avec Jesus au sujet du miracle des pains, VI, 52.
* Voir plus haul, page 156.
trouvait toute la nation juive, .ce.soulevement.se serait propage comme avail fait en Tan 6 celui de Juda le Gaulanite quand il avait refuse de payer le cens reclame par les Remains; ceux-ci n'auraient pas laisse atlaquer ainsi un prince, leur fidele ami, ils seraient vite accourus et auraient noye Tinsurrection dans le sang 1 .
Jesus mil done tout de suite bon ordre aux trames de ces exalles.
II commenca par ordonner a ses apotresde retourner incontinent, malgre la nuit tombee, de 1'autre c6le du lac a Bethsa'ide * ; il les rejoindrait plus lard, apres avoir congedie la foule qui 1'environnail. Les apotres paraissenl avoir oppose quelque resistance a eel ordre, mais Jesus les forga a obeir 3 ; ils descendirent done a la rive, reprirent la barque et mirent a la voile.
II etait plus difficile pour Jesus de se degager de la foule ; car celle-ci ne voulait absolument pas s'eloigner; le matin suivant nous la retrouverons stationnant a la meme place*. Mais de la combinaison des donnees que nous fournissenl les evangiles de saint Marc et de saint Jean, il resulte que Jesus, pour echapper aux importunites de celte foule, renouvela le miracle qu'il avail fail Tan nee precedenle a Nazareth, quand, pour s' evader des mains d'ennemis furibonds, il se rendit invisible : s'elant separe de la foule, il se relira de nouveau
1 Cf. JEAN, XI, 48. ~
3 Et aussitot il forea (rfta.~cx.<x,ae,) ses disciples a monter dans la Itai'que et a le devancer en allant de Tautre c6l4 vers Betlisai'de . MHC, VI, 45. Cf. MATTIIIED, XIV, 22.
JEAN, VI, 22 et 24.
tout seul dans la montagne 1 et la il se mil a prier. Gependant, cbmine il arrive souvent a I'^poqiie de i'equmo'xe, un grand vent s'etait eleve du Sud-Ouest -et ayait souleve les flols du lac. La barque des ap6tres ne pouvait plus naviguer a la voile; ils avaient du ;prendre les avirons; mais le vent conlraire elait si violent que, malgre leur nombre et leurs vigoureux efforts, ils-a?a&gaient a peine; partis vers sept heures du soir, ils n'avaient, a trois heures du matin 4 , convert que la moilie de 4a distance (saint Jean dit ;Yingt-cinq on trente stades 3 ). Du haut de la.mon- Aagne, probablement par sa vision surnaturelle (car -iaiauit, par cette tempete, devait etre sombre), Jesus v-it ses disciples qui peinaient inulilement* ; il voulut Caller a leur aide et, volant a travers Fespace, il se
1 MARC, VI : Ex\ airoTxSasj.evoi; oato?; aiT?iX8sv ec; TO opo;
TCpocreuS'XO'Ocii, et s'etant sep.are d'eux, il disparut dans la montagne pour prier. JEAN, VI, 15 : 'Ave-/.cSp'/)ff 7ta)av dt; TO opo; ayfbs I^.6vos, il se relira dc nouveau lout seul dans la montagne. Los traduc- Jions francaises, suivant le texte de la Vulgate (fugit^ilerum) t portent -<jue Jesus s'enfiiil dans la montagne; ni le vcrbc ausp^opat (sen alter par'disparilion), ni le verbe ava'/wpsw (se relirer) n'imp'lifpient. 1'id.ee de fuite; pour i'endre celle-ci,les evangelistes se scraient servis -du verbe -tpeiiyw. Le verbe latin fugio employe par la Vulgate a, d'ailleurs, quelquefois le sens de disparaitre par Evaporation; on
\connait le passage de Virgile : Ceu 'fumus in auras coraaiixtus lenues fugit diversa (Georgiques, chant IV). Le mot 7ta)>tv, de nouveau, qu'emploie saint Jean, peut s'expliquer a yolonte comme une allusion
..soit a 1'dvenement de Nazareth, soit a Ja retraite que lit Jesus pres do Bethsai'de Julias pendant la predication des.apolres on Galilee.
3 Saint Marc (VI, 48) dit, scion la melhode roinaino de compter les jieures de nuit, qu'on~touchait- a la quatrieme veiJle TCspl Teraptriv 9U>.avir|v T/I? VVI-/.TO;, circa' quar lam vigiliam noctis. Le Iraducteur do saint Matthieu lui a emprunte cette' indication de temps (MATTHIEU, XIV, 25). . .
3 JEAN, VI, 19. Le stade (mesure grecque de longueur) valait 185 metres. En prenant une moyenne entre les deux nombres donries par saint Jean,
^on peut dire que les apolres avaient avance de cinq kilometres. * MARC, VI, 48. '
DE N.-S. JESTJS-CHRIST. -385
transporta de la montagne au milieu du lac non loin de la barque. La il marchait sur les flots souleves dans la meme direction que celle-ci et, allant plus vile qu'elle, il etait sur le point de la depasser 1 .
Les disciples, voyant une figure humaine marcher a cote d'eux sur les eaux, furent tous saisis d'epouvante ; imbus comme la masse de leurs compalriotes des idees de spiritisme, ils s'imaginerent que c'etait un fan tome qui leur voulait du mal, et ils poussaient des cris de terreur. Jesus se hata de les rassurer : Confiance! c'est moi , lenr dit-il, ne vous effrayez pas 2 .
Seigneur , repondit Pierre, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir a toi sur les eaux . Parole irreflechie que Jesus releva de ce mot bref : Viens . Alors Pierre, ayant enjambe le bord de la barque, voulut courir a Jesus sur les flots toujours dechaines; mais se voyant seul au milieu de ceux-ci 5 , il eul peur, et aussitot il commenga a enfoncer. Seigneur, sauye-moi , cria-t-il plein de terreur. Jesus etendit la main pour le soutenir et lui dit avec reproche* : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu doute? Puis il le ramena vers la barque et 1'y fit monter avec lui.
Or, des qu'il fut a bord, le vent s'apaisa et le lac redevint calme; ce que voyant, tous ceux qui etaient dans la barque B vinrent a Jesus et se prosternerent
n, XIV. 26; MARC, VI, 48.