‹ La vie humaine de N.S. Jésus-Christ [microform]Chapitre 61 sur 72 · MATTJIIEU, XVII, 19; MARC, IX · texte numérisé non relu

MATTJIIEU, XVII, 19; MARC, IX

414, - ' ." LA r VIE-HISTORIQIJE " '"',["

(il montrait le Thabor) : Passe d'iei la, et elle irait-;el Hen He vous serait impossible 1 . Puis, ace reproche d'incredulite, Jesus en ajouta un autre : Les demons du genre de celui que je.viens'de chasser ne se chassent que dans la priere et.dans le jeune 2 . Sur le Thabor Jesus avail prie etjeune ; les apotres restes dans la plaine n'avaient pas agi de meme.

Six jours seulement avaient a s'ecouler avanl 1'ouverlure des feles de Paque, el dans ces six jours 7 intervenail un sabbat ; Jesus devail done poursui.vre rapidement sa route vers Jerusalem. Huil heures de marche environ le separaient de la frontiere de la Samarie; nous croyons que Jesus franchit cette distance durant la nuit; radmiralion que depuis la guerison de 1'epileplique toute la population manifestait pour les moindres actes de Jesus 3 devenait genante, peut-etre meme dangereuse; car le territoire a Iraverser pour atleindre la Samarie etait galileen, el les herodiens, s'ils apprenaient que Jesus y cheminait, pouvaient executer contre lui un coup de main. Aussi Jesus voulut-il cacher a tons sa marche vers la Samarie 4 ; non seulement il voyagea de nuit, mais il pril avec ses disciples des chemins ecartes 8 .

11 laissait derriere. lui, nous 1'avons dit, une population emerveillee de sa puissance; or il ne fallait pas que ces demonstrations d'enthousiasme

1 MATTIIIED, XVII, 20. . ,

* JlATTitiBff, XVfl. 21 ; MARC, IX, 29.

3 Luc, TX. 43.

5 C'est ce qu'indique le verbe irapsTtopsyovTO, Us allaient a. c6U ! ^lAnn, IX, 50).

localisees, au surplus, dans une petite regioriy pussent donner des illusions aux apotres ; Jesus , lorsqu'il fut en marche, les rappela done a la realite, en leur predisant de nouveau les miseres qui allaient venir 1 : Vous, mettez-vous bien ces paroles dans vos oreilles. 11 arrivera que le fils de t'homme sera livre entre des mains d'hommes, et ils le feront mourir; et le troisieme jour il ressuscilera 2 . Mais pas plus qu'a Gesaree de Philippe, pas plus que ,sur les pentes du Thabor, les apotres ne se rendirent compte du sens de cefte prediction; il reslait voile pour eux 3 ; et de crainte de s'attirer quelque reproche sur leur aveuglement, il$ craignirent d'interroger Jesus afin d'etre eclaires par lui*. Une impression de grande tristesse s'empara cependant d'eux 8 ; la perspective d'une resurrection ne compensait pas dans leur esprit ces annonces de trahison et de mort.

Gette impression fut-elle fugitive? On pent le croire, car un sujet fort futile les occupa bientot. Geux des apotres qui n'avaient pas etc emmenes par Jesus au haut. du Thabor etaient froisses de la faveur temoignee par le mailre a Pierre, Jacques et Jean; certes ils ignoraient ce qui s'etait passe sur la montagne, puisque,^fideles au commandement de

1 Pour Pierre, Jacques et Jean, c'elait la troisieme prediction ; car, outre la revelation faite a tous les ap&tres aupres de Cesaree de Phi lippe (voir plus haut, page 400), Jesus, alors qu'il descendait du Thabor, leur avail parle de sa resurrection et de ses prochaines souffrances.

2 MATTHIEO, XVII, 21 et 22; MARC, IX, 30; LTO, IX, 44.

3 Luc, IX, 45.

4 MARC, IX, 31 ; Luc, IX, 45.

3 MATTIIIEB, XVII, 22.

Jesus, les trois privileges avaient garde un absolu silence sur leur vision. Mais le fait seul d'avoir 6te laisses a 1'ecart excitait la jalousie de ceux qui etaient resies dans la plaine. 11s se mirent done a discuter leur superiorite respective 1 . Bien qu'ils fissent en sorte que leurs paroles ne pussent parvenir aux oreilles de Jesus, celui-ci percut les raisonnements qu'ils faisaieht en leurs coeurs\: mais r pour les refuter, il voulut attendre d'etre a la prochaine etape, a la frontiere de Samarie.

Jesus avait prevu que la traversee de cette province ne se ferait pas sans difficulte si les habitants reconnaissaient en lui et en ses compagnons des pelerins allant celebrer la Paque a Jerusalem; il avait done envoye des messagers au bourg, probablement Engannim 3 , ou il comptait passer la prochaine nuit, afm qu'un logis lui fut assure 4 ; et, en attendant le retour de ces messagers, il s'etait, arrete dans un village galileen. C'est la qu'il donna a ses apotres une legon pour rabaisser leur ja.louse vanite.

Prenant par la main un petit enfant du village, il le mit pres de lui en face des ap6tres et il dit a ceux-ci : Quiconque recevra ce petit enfant en mon nom me regoit, et quiconque me recevra regoit celui qui m'a envoye. Gar celui qui est inferieur entre vous.tous, celui-la est grand 6 . Paroles qui

1 Luc, IX, 46. Elo^AOe 8e StaXoyt(T(i.(5; Iv autot;, TO t({ av ei'v) autwv. Vint en eux la question qui d'eux serait superieur (aux autres).

2 Luc, IX, 47.

5 L'actuelle Djdnein.

* Luc, IX, 52.

Luc, IX, 47 et 48.

, DE N.-S/JfiSUS-CHRIST.

revenaient a dire / chez les apdtres du Christ la simplicite et le desinleressement propres aux petits enfants sont les qualiles qui donnent la preeminence et elevent au rang de veritable envoye de Dieu 1 .

On comprend que les disciples qui s'etaient laisses aller a une vaine querelle furent honteux d' avoir ete penetres par Jesus et qu'ils ne repondirent rien. Mais a ce moment se produisit de la part de Jean, un des privilegies cause de la querelle, une intervention tout a fait inopinee. Gherchait-il a detourner Tattention de tous vers un autre sujet 8 ? ou Tun des mots que venait de prononcer Jesus fit-il naitre en lui un scrupule touchant un de ses actes recents? Jesus yenait de proclamer que quiconque reeeyrait un enfant en son nom le recevrait lui-meme; suffisait-il done de s'autoriser du nom de Jesus en accomplissant un aete pour que cet acte devint meritoire? Or, Jean et quelques autres apotres avaient vu, en un jour apparemment

1 Saiat Matthieu (XVIII, 1 et suiv.) et saint Marc (IX, 52 et suivants) rupportent un episode semblable, mais en le placant a Capharnaum plusieurs mois plus tard. D'apres nous, celui raconte par saint Luc comme s'elant passe tout de suite apres la transfiguration ne peut ' etre confondu avec celui rapporte par les deux autres evangelistes synoptiques. Les querelles de preseance furent frequentes enlre les apdtres; nous en verrons meme s'en produire une dans la soiree supreme de la vie de Jesus, pendant la Gene. @br consequent, maigre les grandes ressemblances qui existent entre le recil de saint Luc d'une part, et celui de saint Matthieu et surtout de saint Marc d'autre part, nous croyons a deux episodes distincts. Mais il est assez vraisemblable que saint Marc, ne voulant faire qu'un r&nt unique, a melange clans celui-ci des details des deux Episodes.

8 Le mot aTroxpi8E\;, en rtpome, par lequel saint Luc (IX, 49) relie 1'intervention de saint Jean a la lecon donnte par Jesus aux apdtres, - donne assez de vraisemblance a cette hypothese.

recent, un homme qui chassait les demons au nom de Jesus, et comme ils ne connaissaient pas cet homme qui n'etait pas de 1'entourage ordinaire de ieur maitre, ils I'avaient empe'che, nous ne v savons comment, de poursuivre ses exorcismes. Sans doute, les apotres, en agissant -ainsi , avaient cru se conformer aux paroles qu'avait prononcees Jesus sur le Mont des Beatitudes : Beaucoup me diront au dernier jour : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons prophetise? en ton nom que nous avons chasse des demons? en ton nom que nous avons faitbeaucoup de miracles? Et alors je Ieur dirai haulement : je ne vous ai jamais connus; retirez-vous de moi, vous qui operez 1'iniquite 1 . S'etant rappele ces paroles, les apotres avaient vu un imposteur en cet inconnu qui invoquait le nom de Jesus pour chasser les demons.

Jean signala le fait a Jesus en remarquant : Cet homme ne te suit pas avec nous 2 (c'est-a-dire il n'a- pas rec,u de toi en meme temps que nous le pouvoir de chasser les demons 3 ). Mais Jesus savait qui etait cet homme et comment il avait re<?u pouvoir d'agir contre les esprits infernaux. Probablement il lui avait lui-meme confere ce pouvoir a Tinsu de ses apotres. II fit done senlir a Jean el a ses collegues qu'ils avaient juge temerairement : IN'empechez pas cet homme de chasser les demons, car personne ne peut faire de miracles en mon nom et aussitot

1 MATTUIEU, VII, 21-23.

2 MARC, IX, 37; Luc, IX, 49. .

3 MATTHIEU, X, 1; MABC, III, 15; Luc, IX, 1.

apres roedirede moi V Gar celui qui n'est pas centre nous est pour nous 8 .

En d'aulres circonslances Jesus avail reclame 3 etil reclainera encore* de ses disciples une adhesion manifesto : Qui n'est pas avec moi est centre moi avait-il dit aux pharisiens de Capharnaiim, et quelrjues mois plus tard il repelera ces'mots aux pharisiens de Jerusalem; mais en avril de 1'annee 29, apres les tres nombreuses defections qui s'etaient produiles depuis un mois dans son entourage et apres les defaillances de foi constatees chez les apotres memes, les amis caches, les concours latenls etaient )es bienvenus.

Gependant les messagers envoyes par Jesus en Samarieelaientrevemis. Ces messagers etaient-ils des Samarilains amis de Jesus 8 ? ou des Juifs de la region ayant des rapports cordiaux avec leurs voisins d'outre-frontiere 6 ? En tout cas, ils n'avaient eprouve aucune difficulte a obtenir dans le bourg oil ils se, presentment promesse de tout ce qui etait necessaire

1 MA.RC, IX, 38.

2 MAHC, IX, 39; Lvc, IX, 50. Nous croyons que saint Marc, pour une raison de logique, a transpose du mois d'avril 29 au mois de fevrier 30 cet incident del'exoi'cisle. II n'est pas vraisemblable que 1'episode raconte par saint Luc se soit reproduit dix mois plus tard dans des conditions absohiment pareilles. Nous avons exprirae Topinion que la querelle des apdtres sur leurs preseances s'est renouvelee a Capharnaiim en f6vrier 30 ; mais nous ne poiwons croire au renouvellement par 1'apdtre Jean d'une denoncialion centre un exorciste inconnu de lui, surtout a Capharnauni oii il devait connaitre plus ou moins tous les habitants.

4 Luc, XI, 23.

6 Cf. Luc, XVII, 11-16. Ce passage montre que sur la frontiere, au

les lepreux des deux races se melaient. .

420 ' .. LA VIE4HSTORIQUE "

, comme gite ..et nourriture. x Mais ils s' etaient gardes de dire que ceux dont ils annongaient la venue etaient des pelerins allant celebrer la Paque a Jerusalem; or cette dissimulation fut vite eventee apres leur depart.

Aussi, lorsque, sur la foi de ce que lui avaient dit ces messagers, Jesus voulut entrer dans le bourg, il en futempeche par les habitants; car deja ceux-ci avaient reconnu, a 1'accent galileen 1 , a la maniere d'etre, peut-etre aussi par quelques propos malavises, que la petite, troupe qu'on leur avaitdemande d'heberger n'elait composee que de Juifs allant accomplir a Jerusalem les devoirs d'un culte ennemi du culte samaritain 2 . Ge renvoi brutal, contraire aux assurances de bon accueil qui avaient ete donnees, irrita beaucouj) les apotres. En particulier les ^eux plus fougueux, Jacques et Jean, ceux que Jesus avait surnommes les enfants du tonnerre 5 , etaient furieux de ce manque de foi. Us- vinrent a Jesus, et lui parlant a Toreille ils lui demanderent : Seigneur, veux-tu que, a 1'exemple de ce qu'a fait autrefois Elie*, nous disions au feu de descendre du ciel et de detruire ces hommes? Dans la ferveur oil les mettait leur colere, ils ne doutaient pas que de meme qu'autrefois un feu du ciel avait, a la demande d'Elie, devore les detachements armes envoyes par leroi Ochosias pour saisir ce-prophete, de meme a leur demande uri nouveau feu descen-

1 MATTHIEC, XXVI, 75.

4 Luc, IX, 53.

4 Quatri&me livre des Rois, chaj^). I, 10 et 12.

drait du ciel pour consumer le bourg inhospitalier et parjure.

Jesus calma cette ferveur. Se retournant yers ses deuxapotres, il leur dit : Vous ne savez done pas de quel esprit vous etes 1 ? Le fils de 1'homme n'cst pas venu pour detruire des ames d'hommes, mais pour les sauver . Et sur ces mots, Jesus, sans donner plus d'attention a ceux qui le repoussaient de chez eux, emmena ses apotres et, contournant le bourg, il poursuivit sa route vers le sud, ou il trouva bientot un autre bourg qui lui aeeorda abri*.

La traversee du reste de la Samarie s'accomplit sans autres incidents. Saint Luc nous raconte encore quel ques fails qui se passerent au cours du voyage de Jesus vers Jerusalem ; mais ils se passerent, croyonsnous, en territoire judeen. Jesus, en Tan 27, avail parcouru toute la Judee en faisant distribuer son bapteme par ses disciples 5 ; il etait done connu tout le long du chemin qu'il avait a parcourir dans cette province*.

Or, dans un village, un scribe 8 qui 1'avait entendu naguere, fut pris, en le voyant repasser, du desir

1 L'interpretation usuelle de cette parole assez obscure est : a Yous ne savez done pas de quel esprit je suis anime, moi votre maitre .

2 Luc, IX, 56.

4 Des trois traits que rapporte alors saint Luc (IX, 57-62), les deux premiers sont rapportes aussi par saint Matthieu (VIII, 19-22); mais celui-ci toujours peu soucieux de 1'ordre chronologique, a placd ces faits au moment ou J^sus s'embarque sur le lac de Ge'nesareth pour aller a Guerguesa; les circonstances de cet embarquement (voir plus haul page 348, note 3) rendent peu vraisemblable que Jesus ait ete a ce moment aborde par un scribe ou qu'il ait invilfS un disciple supplementaire a le suivre dans la barque.

8 MATTHIEU, VIII, 19. Saint Luc dit simplement : ewe tt? irpb? ay-rbv, quelqu'un lui dit.

de s'adjoindre a sa suite. Maitre , di'fle scribe a Jesus, je te suivrai partout ou tu iras. Mais Jesus n' avail pas confiance en la perseverance de cet horn me; il repondil : Les renards ont des tanieres et les oiseaux du ciel ont des abfis; le fils de Thomme n*a pas oil reposer sa tete . Le scribe

n'insista pas 1 .

Jesus, au contraire, un peu plus loin sur le chemin, prit I'initiative d'appeler a le suivre un jeune homme qui avait autrefois ree.u son bapteme 2 . L'apercevant, il lui dit : Suis-moi ! Or le pere de ce jeune homme venait justement de mourir, et le fils preparait les funerailles. Seigneur , repondit-il, accorde-moi d'aller d'abord ensevelir mon pere. Mais Jesus n'admettait pas d'atermoiements chez ses disciples : Laisse les morts ensevelir leurs morts , declara-t-il ; toi, viens et ; annonce le royaume deDieu .

Le jeune homme obeit.

Un troisieme Judeen qui vint saluer Jesus au passage fut invite aussi par lui a le suivre 3 . Mais cet homme etait tenu par beaucoup d'interels materiels : Je te suivrai, Seigneur , r^pondit-il, accord emoi seulement de liquider d'abord les affaires qui concernent ma maison* . Jesus ne pouvait entrer

1 Nous d^duisons cette conclusion de 1'opposition faite par saint Luc entre la demarche du scribe et 1'appel par Jesus du jeune disciple .

2 Saint! Matthieu le qualifie disciple [AaOvj'nfc (MATTHIEU, VIII, 21).

3 Cet episode n'est rapporte que par saint Luc (IX, 61-62).

4 LBC, IX, 61 : LTpwirov 8^ iittTpetJ/dv (iot aTtora^affOai TOI; ei; f<> v olv.dv jiou litteralement : d'abord accorde-moi de renonccr aux chases qui concernent ma maison, ce que la Vulgate a rendu exactement par les mots : sed permitte miKi primum remtntiare his quas domi sunt. Les traductions franchises sont fautives quand elles disent :

dans un tel ordre.d'id6es : Personne qui, ayant ' -.^* mis la main a la charrue, regarde en arriere, n'est apte a entrer dans le royaume de Dieu . II est presumable qu'apres cette remontrance Thomme se retira. Jesus etait mainienant tout pres de Jerusalem 1 ; il dut entrer dans cette ville le vendredi 15 avril, avant ^

que les trompeltes du Temple aient annonce que, le soleil etant couche, le sabbat comm.enc.ait. II put .

done observer tranquillement le repos sabbatique el ^

il eut encore le temps de preparer tout ce qu'il fallait :

pour manger la Paque avec ses apotres le lundi soir 18 avril.

Accorde-moi de dire d'abord adieu aux gens de ma maison oil aux choses de ma maison] dans les deux cas il faudrait que le texte grec eiit : TO?; ev tw oi'xw (J.ov. ' ;

1 La reponse au scribe : le fils de I'homme n'a pas oil reposer sa tele, indique qu'il voyagea tr6s vite sans s'arreter la nuit sous des abris autres que des abris de hasard.

GHAPITRE XXXVIII

La Paque en 1'an 29.

Au sujet de la celebration par Jesus a Jerusalem de la Paque de 1'annee 29, saint Luc a ecrit ces seuls mots : Comme s'accomplissaient les jours de son assomption, Jesus affermit sa volonte de se rendre a Jerusalem 1 . Mots caracteristiques signifiant que malgre 1'hostilile que, il le savait, il allait soulever centre lui, il se rendait a Jerusalem pour assumer devant tous la qualite de Dieu 2 . Jusqu'alors il ne s'etail declare ills reel de Dieu qu'a quelques rares personnes el le plus souvent en leur ordonnant de ne

1 Luc, IX, 51. Litteralement : II fixa son visage pour se rendre & Jerusalem; hebrai'sme qu'on Irouve dans plusieurs passages de 1'Ancien Testament (JfeEjim, XLII, 15, et XLIV, 12).

2 Le mot de saint Luc avaX^ii; (assumptio dans la Vulgate), au lieu d'etre pris, comme il convient, dans le sens actif, est presque toujours pris dans le sens passif par les traducteurs francais, et la traduction du passage devient : Lorsque s'accomplissaient les jours oii Jesus allait etre assume dans le ciel. Que saint Luc, pour accuser 1'importance des evenements qui allaient se passer en avril 29 a Jerusalem, se soit refere a 1'ascension qui cut lieu en mai 30, ce serait bien etrange. Le fait que saint Luc, dans les Actes des Apdtres (I, 2, 11 et 22), a employe le passif du verbe avaXaii6av<i> pour signifier 1'ascension ,de Jesus n'est pas un argument prouvant qu'il' n'a pas pu employer le substantif avaV^t? avec son sens ordinaire faction de prendre ou d'assumer.

LA VIE mSTORIQUE DE H.-S. JESUS-CHRIST. 425

pas reveler qui il etait 1 . Maintenant il voulait, dans la me"tropole meme du judai'sme, proclamer devant tout venant qu'il etait non seulement le fils unique de Dieu, mais 1'egal de son pere.

Les premiers jours de son sejour a Jerusalem se passerent pour Jesus sans^ incident marquant. II mangea 1'agneau pascal en toute tranquillite avec ses douze apotres dans une maison de Sion. Ce fut au cours de la semaine suivante, celle des azymes, que se produisit entre lui et 1'autorite ecclesiastique juive le conflit redoutable qu'il venait d'annoncer a ses apotres comme devant le mener bienlot au supplice*.

Ainsi que le faisait la masse des pelerins venus a Jerusalem pour la Paque, Jesus se rendait chaque jour au Temple ou il assistait de loin aux holocaustes offerls dans la courdespretres. Or, dans une des stations qu'il faisait a cet effet dansun des parvis publics du Temple, il rencontra 1'alaxique qu'il avait, 1'annee precedence, gueri a Bethesda. Cet homme avait-il eu depuis lors des rechules dans la mauvaise conduite? G'est a supposer, d'apres les paroles que -lui adressa Jesus en 1 abordant : Vois, tu es revenu a la pleine sante; ne peche plus, de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire .

Saint .Jean qui nous rapporte cette scene 3 ne nous dit pas si l'homme eut une parole de gratitude a

1 MATTIIIEU, XVI, 20; MAUC, I, 25 et 34; III, 12; VIII, 30, et IX, 8; l'c, IV, 40, et IX, 21.

a MATTHIEU, XVI, 21; MARC, VIII, 31, et IX, 29; Lnc, IX, 22 et 44.

5 JKAN, V, 14 et 15. Nous avons deja dit (voir plus haul pages 259 et 260) que presque tous les commentateurs placent cette scene en 1'an 28. Nous croyons qu'il faut la reporler 4 1'an 29; et en dehors des raisons que nous avons deja donnees, nous en tvouverons d'aulrcs dans les mols employes par saint Jean.

Tegard de -Jesus; il semble : <qu'il n'eut qu'une pensee : ayant retrouve son sauveur, il voulut savoir qui il etait. {/information ne fut pas difficile a obtenir; Jesus etait tres connu parmi les habitues du Temple; beaucoup de ceux-ci I'avaient vu, deux ans auparavant, chasser les marchands, et its n'avaient pas perdu le souvenir de ses traits. L'ataxique fut done vite renseigne; et corame il avail ete constamment importune par les pharisieris pour n'avoir pas su dire qui 1'avait autorise a enfreindre la loi du repos sabbatique, il se hala d'aller trouver les autorites religieuses 1 qui etaient de service au Temple, et il leur declara que celui qui Tavait re*ndu sain etait Jesus.

Munis de ce renseignement, les pretres et les docleurs ne furent pas long a chercher querelle a Jesus ; dans une des cours du Temple, devant le peuple assemble;' ils lui reprocherent d'avoir viole a Jerusalem, comme il le faisait sans cesse en Galilee, la loi du repos sabbatique et d'avoir induit autrui a commettre la meme infraction 2 .

Us esperaient que dans une discussion publique ils

1 Saint- Jean (V, 15) dit les Juifs\ et il repete cette expression au verset suivant pour indiquer ceux qui prirent Jesus a.partie.

2 .JEAN, V, -16 : Et a la suite de cela les-Juifs traquaient Jesus et cherchaient a le faire mourir, parce qu'il faisait ces choses le jour du sabbat . Saint Jean anticipe le resultat de la discussion qu'il va rapporter dans les versets suivants; mais on voit que les reproches des pretres et des docteurs ne portaient pas exclusivement sur la gu6rison faite a Bethesda, mais sur d'autres fails, c'est-a-dire sur les diver ses violations de repos sabbatique qui leur avaient e"te signalees de Galilee. Si la discussion de Jesus avec les pretres et les docteurs avait eu lieu a la Paque de 1'an 28,-les violations a signaler auraient 6te insignifiantes (MARC, I, 23-26); en 1'an 29, au contraire, on en pouvait signaler d'assez nombreuses.

reussiraient a -rendre tres mauvais le cas de Jesus et qu'ils pourraient alors se debarrasser de ce novatear incommode en lai appliqiiaat le precepte mosa'ique qui punissait de mort la violation du sabbat 1 .

Jesus ne se deroba nullement a leurs manoBuvres. Par une energique riposte il revendiqua pour lui le tlroit de faire, a 1'instar de Dieu, son pere, du bien aux honimes en n'importe quel jour. Mon pere agit sans cesse, et moi j'agis aussi* . Aux miracles que Dieu, dont il se proclamait le ills, accomplissail depuis plusieurs annees dans la piscine de Bethesda, Jesus assimilait les siens.

Cetle assimilation mit le comble a 1'indignation des Juifs . Ainsi ce n'etait plus un simple contempleur du sabbat qu'ils avaient devant eux; c'etait un imposteur se pretendant fils de Dieu, allant meme jusqu'a se proclamer 1'egal de Dieu. tin tel homme elait un blasphemateur digne du chatiment qu' avail edicte le L6vitique centre les blasphemateurs ; il meritait d'etre incontinent lapide par lepeuple 5 .

Mais Jesus n'avait cure des machinations de ses adversaires. Devant tous les curieux assembles sous les portiques et dans le parvis, il repondit aux invectives des pretres et des docteurs : En verite, en verite, je vous le dis, le fils ne peut de lui-meme

1 Exode, XXXI, 14 : Gardez mon sabbat, car il est saint pour vous ; celiii qui le profancra mourra de mort .

s JEAN, V, 17.

5 Levitique, XXIV, 16 : Que celui qui blasphemera le nom du Seigneur meure de mort! Toute la multitude le -lapidera, qu'il soil Israelite ou Stranger .

428 ' LA VIE-HJSTORIQUE

rien faire que ce qu'il voit faire par le pere; mais lout ceque le pere fait, le fils le fait pareillement. Gar le pere aime le fils e.t il lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera a faire des oeuvres plus grandes que celles-ci 1 , en sorte que vous-memes vous en serez etonne"s .

Faisant alors allusion aux resurrections du jeune Nainite et de la fille de Jair, Jesus ajouta : Comme le pere reveille les morts etles rend a la vie, ainsi le fils .rend a la vie ceux qu'il veut 2 . Le pere ne juge personne, mais il a remis tout jugement a son fils, aim que tous honorent le fils comme ils honorent le pere. Qui n'honore pas le fils, n'honore pas le pere quH'a envoye. En verite, en verite, je vous dis que celui qui ecoute ma parole et croit a celui qui m'a envoye a la vie eternelle et ne vientpas en jugement, mais il passe de la mort a la vie. En verite, en verite, je vous dis que vient une heure, et maintenant elle est venue 3 , ou les morts entendront la voix du fils de Dieu, et ceux qui 1'entendront vivront. Car de meme que le pere a la vie en ^lui-meme, ainsi il a donne au fils de Tavoir en iuimeme; et il lui a donne en outre le pouvoir de faire jugement sur les hommes parce qu'il est fils d'homme.

1 Ce pluriel TOCOTOC montre que Jesus ne parlait pas seulement de la gu^rison de 1'ataxique, mais des autres miracles accomplis un jour de

* sabbat en dehors de Jerusalem et qui lui avaient 6t6 reprochs.

2 A partir de ce moment beaucoup des paroles mises par saint Jean dans la bouche de Jesus auraient besoin d'interpretation. Nous ne risquons pas a en proposer une, mais donnons seulement la traduction, en serrant autant que possible le texte grec.

5 JEAN, V, 25, v.a.\ vuv eo-tfv, et elle est maintenant; le mot vuv indique clairement que des resurrections ont eu lieu; il aurait done ete premature a la Paque de 1'an 28, puisque lors de cette fete ni le jeune homme de Nain, ni la fille de Jai'r n'avaient ete ressuscites.

: v " DE N.-S. JfiSTJS-CURIST. ' " 429

vous etonnez done pas de ce que vient une heure oti tous ceux qui sont dans les sepulcres entendront la voix du fils de Dieu et en sorliront, ceux qui auront fait le bien pour ressusciter a la vie, ceux qui auront fait le mal pour ressusciter au jugement. Je ne puis rien faire de moi-meme; selon queje suis instruit (par le pere), je juge; et mon jugement est juste parce que je ne cherche pas ma volonte, mais la volonte de celui qui m'a envoye .

Ainsi Jesus, en face d'une foule ouil y ayaitdes prelres et des docteurs de la. loi se posait en juge souverain des hommes, Dieu son pere lui ayant remis tout jugement 1 . Quelque docteur probablement objecta a Jesus que toutes les revendications qu'il elevait n'avaient pas de porlee; car en somme il etait seul a se dire envoye et mandataire de Dieu ; ce casuiste etendait au domaine theologique la regie que la loi mosaique avail etablie dans le domaine judiciaire : II ne se presentera pas un temoin unique contre quelqu'un 2 . Genereusement Jesus se plia a discuter 1'objection.

Si moi seul je rends te"moigriage de moi-meme, mon temoignage n'est pas probant. Mais il est un autre qui rend temoignage de moi, et je sais que le temoignage rendu par lui est veridique. Yousmemes, vous avez envoye naguere une deputation a Jean 3 et il a rendu temoignage a la verite. Mais ce n'est pas d'un homme (m^me de Jean) que je prerids le temoignage; et ce que je vous dis de

2 Deuttronome, XIV, 15.

3 JEAN, I, 19. Voir page 142

Jean est dans 1' inter el de volre salut (afin que vous cfoyiez par lui 1 ). Jean,etait la lampe qui brule et brille au loin; et a son heure vpus avez voulu vous rejouir a sa lumiere 2 . Mais le temoignage que j'ai est superieur a celui de Jean-. Car les oeuvres que mon pere m'a donnees a accomplir, ces oeuvres que je fais actuellement, temoignent de moi, que Ie -pere m'a envoye. Et le pere qui m'a envoye, c'esi lui qui a rendu temoignage de moi. Yous n'ayez jamais entendu sa voix, ni vu sa face, et vous i n'avez pas demeurant en vous sa parole, puisque : vous ne croyez pas a celui qu'il a envoye. !

Vous scrutez les Ecritures, parce que vous 1 pensez avoir en elles la voie a la vie eternelle; elles ] aussi rendent temoignage de moi, mais vous ne J voulez pas venir a moi pour avoir la vie (vos eludes ] son t done vaines). j

Je n'accepte pas la gloire qui vient des hommes, ? et d'autant moins de vous que je vous ai connus I comme n'ayant pas en vous 1'amour de Dieu. Moi, je | suis venu au nom de mon pere et vous ne m'acceptez pas; si un autre venait en son propre nom, vous le recevriez. Comment pouvez-vous croire, vous qui acceptez les uns des autres la gloire et qui ne cherchez point la vraie gloire, celle qui vient de Dieu seul? Ne pensez pas que ce soit moi qui vous accu-

1 JEAN, V, 34 : 'A).),a Tauta )iyw "va Ojxeti; ffwOrjre, mais je dis ccs chases pour que vous soyez same's. On pense generalement qu'il y a dans ces mots la meme pensee que dans Ie premiex* chapitre de 1'evangile de saint Jean : 11 vint en temoignage pour rendre temoignage a I" lumiere afin que tons crussent par lui (JEAN, I, 1).

2 II res sort de ces mots que Jean Baptiste etait mort. Toute la scene est done forcement posterieure a 1'ete de 1'an 28.

serai devant le pere; eelui qui vous accuse est Mo'ise en qui vous esperez. Car si vous croyiez a la parole de Moise, vous me croiriez, puisque c'est de moi qu'il a ecrit. Mais si vous ne croyez pas a ses ecrits, comment croiriez-vous a mes paroles?

Rien ne pouvait elre plus sensible aux docteurs et en general aux pharisiens que de s'entendre dire qu'ils ne comprenaient pas les livres mosaiques ; leur colere devait done 6tre poussee au paroxysme. Pourtan I ils ne tenterent ce jour-la aucune agression contre Jesus. Saint Jean, en cldturant abruptement son recit sur le sarcasme lance par Jesus aux pharisiens, indique clairement qu'il n'y eut pas de riposle de leur part et que Jesus put sorlir du Temple sans etre inquiete.

Aussi bien la semaine des azymes etait achevee; aucun devoir religieux ne retenait plus Jsus a Jerusalem. Le 26 avril done, a peine le soleil s'etait-il couche, Jesus dut parlir sans bruit de la ville, avant que les Juifs aient eu le temps de monter contre lui aucun coup de force ; et il dut se hater, en voyageantla nuit, de quitter le territoire deJudee, ou, s'il avail fait quelque station, ses ennemis auraient eu toute facilite pour le faire tuer 1 .

1 JEAN, YII, -1 : n ne voulait pas se promener {neptTe^v) en Judec parce que les Juifs cherchaient a le tuer .

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