CHAP1TRE XXXIX
Jesus retourne pour quelques jours en Galilee.
A partir de la Paque de 1'annee 29, 1'evangeliste saint Luc, qui jusqu'alors fournissait pour 1'histoire de la vie humaine de Jesus des indications assez precises de temps et de lieu, devient exeessivement parcimonieux sous ce rapport, bien que son recit reste tres copieux; et si nous etions reduits a sa seule direction, nous serions fort embarrasses pour reconstituer les itineraires que suivra Jesus dans sa derniere annee sur terre. Heureusement les trois
aulres evangelistes, surtout saint Jean, nous aident, par quelques donnees tres opportunes, a nous reconnaitre dans la suite des faits que relate saint Luc en les presentant toujours d'apres Tordre chronologique, mais en morceaux detaches les uns des autres. .
Grace a saint Jean, nous savons, par exemple, que Jesus, apres avoir quitte Jerusalem et la Judee, parcourut a pied, la Galilee 1 . Certes, dans cette province, nous 1'avons dit, la vie de Jesus etait loin
1 JEAX, VII, 1. IlepiSTtaTet o 'lyi^oO? v T^ FaXiXaea.
d'etre a 1'abri de tout danger; mais la situation y etait lout de meme beaucoup moins perilleuse qu'en Judee. 11 y avail albrs chez Herode Anlipas, a 1'egard de Jesus, beaucoup plus de curiosite soupc.onneuse que d'animosite malfaisante; car ses apprehen^ sions avaienl du beaucoup se calmer du jour ou il avail su Jesus abandonne par la plupart de ceux qui avaient voulu faire de lui un roi. Quant aux pharisiens, leur influence en Galilee etait assez reslreinte; a moins d'avoir le concours des herodiens ils ne pouvaient agir contre Jesus que par la ruse. Ils n'y mariquaient pas assurement; mais si ruses fussent-ils, il leur elait difficile de reussir a commettre un homicide, sans.se comprometlre.trop gravement.
Jesus, d'ailleurs, n'allait pas alors sejourner a Capharnaum, ni dans ses environs immediats 1 ; il voulait porter sa parole dans des districts moins hostiles a ses doctrines; et nous verrons mcme que bientot il sortit de Galilee pour parcourir des regions grecques et paiennes, soumises plus on moins etroitement a 1'autorite romaine, dans lesquelles, par consequent, il n'avait rien a craindre de 1'hostilile juive.
Outre le jeune Judeen qu'il avait au passage arrache aux soins filiaux dus a la memoire d'un pere mort*, Jesus avait peut-elre ramene quelques disciples de Jerusalem; et de retour en Galilee il en
L'apostvophe que nous allons reproduire page 436 et que Jesus adressa a Cliorazai'n, Bethsai'de ct Capliarnaiim prouve qu'il s'eloignail ilc cos trois localites (Luc, X, 17.-15).
3 U:, IX, 59 ct 60.
regagna certainement quelques autres qui s'atlacherent a lui, soit qu'ils fussent de ceux qui 1'avaient abandonne naguere et qui se repentaient de eette defection, soit qu'ils fussent d'autres provenances. En tout cas, Tentourage de Jesus se trouva porte a un nombre voisin de la centaine.
Stir ce nombre, gardant aupres de lui ses apotres, Jesus en choisit soixante-douze l qu'il decida d'envoyer deux par deux devant lui dans toutes les villes et localites ou il comptait aller 2 . Ce seraienl des fourriers qui lui assureraient des logis et qui, eri annongant 1'arrivee prochaine du royaume de Dieu 3 , prepareraient sa propre predication. Les ayant reunis aupres de lui, Jesus leur adressa des instructions qui ressemblent sur beaucoup de points a celies qu'il avait adressees 1'hiver precedent a ses douze apotres, quand il les avait envoyes sans lui pour precher*. Mais il fit remarquer aux soixantedouze que leur 'tache serait rude, d'abord parce qu'ils etaient peu nombreux en raison de tous les abandons qui s'etaient produits autour de lui, et aussi parce que rhostilite des hommes devenait brutale, pareille a celle des loups contre les agneaux 8 .
La moisson est abondante et les ouvriers en petit nombre. Priez done le maitre de la moisson
1 Luc, X, 1. La plupart des manuscrits disent soixante-dix. Mats la Vulgate a prefere la lecon soixante-douze ; et les commentateurs sont d'avis qu'elle a eu raisoa; elle s'est pour ce choix laisse guider par la tradition.
8 Luc, ibidem. .
3 Luc, X, 9.
* Voir plus haul page 369.
s Loc, X, 3.
pour qu'il envoie des ouvriers en sa moissbn 1 . Allez, void que je vous envoie comme des agneaux au milieu d.e loups*. Ne portez ni bourse, ni besace, ni chaussures lourdes, et ne vous attardez pas en chemin pour saluer du monde. En quelque maison que vous entriez, dites d'abord : Paix a cette maison: et s'il s'y trouve un fils. de la paix 3 , votre souhait de paix reposera sur lui ; sinon il reviendra sur vous. Demeurez dans la meme maison, mangeantet buvant ce qu'ont les gens de celle-ci; car 1'ouvrier merite son salaire; ne passez pas inutilement de maison en maison. En quelque ville que vous entriez, si Ton vous recoit, mangez ce qui vous sera pr6sente; guerissez les malades quiy seront, et dites aux gens- : Le royaume de Dieu s'est appro-
1 SHUT MATTBIBB IX, 37 et 38) fait dire cette phrase par Je"sus dans 1'ete de Tan 28 quand, apres avoir quitte Magdala, il e'vangelisa la partie avoisinante de-la Galilee (voir chap. XXTU).
2 Cette phrase a 4te placee par saint Matthieu (X, 16) dans les instructions donndes aux apotres & leur premier envoi en mission (voir chap. xxxii). D'apres la Seconde Epitre aux Corinthicns, ecrit du ii* siecle attribue au pape Cle'ment I er (chap, v), Pierre aurait ici inlerrompu Jesus : o Et si les loups d^vorent les agneaux? J4sus aurait repondu : Les agneaux quand ils sont morts ne craignent plus les loups. Vous de meme, ne craignez pas ceux qui vous tueront, mais qui ne peuvent plus rien vous faire ensuite; craignez, au contraire, celui qui apres votre mort a pouvoir sur votre ame et votre corps, qui pexU les jeter dans la ge"henne du feu B . II n'est guere vraisemblable que Pierre ait interrompu Jesus au milieu d'une instruction donnee par lui a ses disciples; c'est plutot au cours d'un entretien general avec ses ap&tres que, Jesus ayaiit r^pete sa phrase sur les agneaux euvoyes au milieu des loups, Pierre aurait pose" sa question. Comme, suivant I'^vangile de saint Luc (XII, 4 et 5), la derniere phrase de la vSponse de Jesus a cette question fut dite par lui en Pe're'e en 1'an 29 apr6s la fete des Tabernacles (voir plus loin volume II, page 46), on a lieu de rejeter a ce moment tout 1'episode rapporte dans 1'ecrit attribue a saint Clement.
3 Dans le texle il y a : le fils de paix (Luc, X, 6).
436 LA VIE HISTORIQUJE
che de vous. Mais dans toute ville ou, etant entres, vous n'6tes pas regus, allez sur ses places publiques et dites : La poussiere meme qui dans votre ville s'est attachee a nos pieds, nous la secouons sur vous ; de plus, sachez que le royaume de Dieu s'est approche. Je vous le dis.,, poursuivit Jesus, au jour supreme 1 , il y aura un sort moins rigoureux pour Sodome que pour celte ville-la .
Jesus alors maudit les trois villes galileennes d'ou venaient ceux qui s'etaient revoltes contre son annonce de FEucharistie, et il indiqua en meme temps qu'il allait porter ses pas vers Tyr et Sidon, villes autonomes placees sous le prolectorat de Rome : Malheur a toi, Chorazam! Malheur a toi, Bethsaidel car si dans Tyr et Sidon s'etaient operes les miracles* qui ont eu lieu chez vous, depuis longtemps assises dans le cilice et la cendre elles auraient fait penitence. Mais au jugement il sera fait a Tyr et a Sidon un sort moins rigoureux qu'a vous. Et toi Capharnaum, qui as ete elevee jusqu'au ciel, tu seras abaissee jusqu'a 1'enfer 5 .
Jesus termina ces instructions par le grand principe : Qui vous ecoute, m'ecoute; et qui vous
1 Dans le texte :.en ce jour-la (Luc, X, 121.
8 Saint Luc dit : les actes de force, Suvdjjiec? (Lnc, X, 15). Le lexte grec de saint Matthieu a le meme mot (MATTHIEU, XI, 21).
3 Saint Luc emploie ici un mot de la mythologie grecque : "Ewe ''A8ou, jusqu'a Hades (Lrc, X, 15). Le traducteur grec de saint Matthieu emploie le mSme mot (XI, 25). Saint Matthieu place un an plus t<H la malediction prononcee contre les villes; Jesus 1'aurait prononcee a Magdala apres avoir recu les messagers de Jean-Baptiste (XI, 20-24); on ne voit pas pour quel motif Jesus aurait alors si energiquement condamne ces trois villes.
DE N.-S. JESUS-CimiST. 437
meprise, me meprise; mais qui vous meprise, meprise celui qui m'a envoye 1 ,
Les soixante-douze durent se mettre en route tout de suite apres avoir regu ces instructions, et Jesus dut les suivre de pres. Mais nous pensons qu'il faut placer avant son depart une nouvelle altercation que souleverent centre lui les pharisiens de Capharnaum assistes des scribes venus de Jerusalem pour epier ses actes*. Cette altercation n'est rapportee que par saint Matthieu et saint Marc, et par chacun d'eux dans une partie de leur evangile ou ils n'observent en aucune facjon 1'ordre chronologique. II est done hasardeux de fixer une date a cet evenement ; tout ce que nous pouvons dire c'est qu'en le plagant comme nous apres la Paque de Vannee 29 et avant le voyage vers Tyr et Sidon on n'oflense aucune vraisemblance.
Ayant appris que Jesus etait de retour a Capharnaum, les pharisiens et les scribes, toujours avides de le prendre en defaut vis-a-vis de la loi religieuse, se rassemblerent vite a 1'endroil ou ils savaient le trouver. Or c' etait le moment d'un repas que Jesus allait prendre en commun avec ses apotres et un certain nombre d'autres disciples ; et parmi ces derniers il y avait quelques proselytes qui etaient mal familiarises avec les usages tradilionnelsjuifs 3 . D'ou venaient ceux-ci? etaient-ils de ces adherents que
1 Luc, X, 16.
4 MATTIHEV, XV, 1 : Alors .<?'approchent de Jesus les scribes venus de Jerusalem et les pharisiens . MARC, VII, 1 : Et se rassemblent ^'crs Jesus les pharisiens et quelques-uns de la classe des scribes qui etaient venus de Jerusalem .
3 Saint Marc (VII, 2) fait bien ressortir qu'il va s'agir de quelquesuns seulement des disciples presents de Jesus, ttva? TWV {j.a0r)T(3v
Jesus, dans la premiere annee de sa vie publique, avail gagnes en Idumee ou en Peree 1 ,? ou etaient-ce des recrues qu'il venait de faire tout recemment pour remplir les vides survenus dans son entourage? Peu importe; le fait a noter est que ces diciples negligerent 1'usage universellement suivi par les Juifs de se laver fortement les mains avan^de venir a table 2 ; Jesus et les apotres s'etaient conformes a cet usage ; eux s'endispenserent, ils vinrent prendre leur repas sans s'etre lave les mains.
Les pharisiens, aux aguets de tout ce qui pouvait etre reprehensible, remarquerent cette omission, et aussitot ils interpellerent Jesus en 1'en rendant responsable. Pourquoi tes diciples ne marchent-ils pas selon la tradition des ancetres 3 et mangent-ils le pain avec des mains sales 4 ?
Jesus ne se donna pas la peine d'excuser ses diciples ; il prefera foncer sur les pharisiens dont la devotion hypocrite substituait le respect de traditions purement humaines au respect des grandes lois divines : Et vous-memes, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu, pour vous attacher a votre tradition? Isaie a bien prophetise de vous quand il a ecrit : Ce peuple m'honore des
2 MARC, VII, 3. Saint Marc dit : //* se lave.nl les mains a poing ferme, Jiuyp-'p vf^ovrai Ta; y^etpa;.
5 Le mol 7rpff6uTepo[, anciens est pris ici par le U'aducteur de saint Matthieu (XV, 2) et par saint Marc (VII, 3 et 5) dans le sens A'ancglres.
4 Saint Marc (VII, 2) dit : Avec des mains communes, c'est-a-dire non lav&esi xoivat? yep<r\ (TOUTEWTI avfTtToi?). Le mot xoivaT; est la traduction exacfe d'un mot arameen ayant a la fois la signification de commun ou vulgaire et A'impur. Le mot gree xotvdi; se retrojire avec le sens d'impur dans d'autres passages du Nouveau Testament (Actes des Apdlres, X, 14 et 28; XI, 8. Saint Paul, Epltre aux Eomains, XIY, 14).
DE N.-S. JfiSUS-CHRIST. 459
levres, mais leur cosur est loin de moi, et c'est un vain culte qu'ils me rendent en enseignant comme immuables des regies faites par des hommes 1 . Ne>ligeant, en effet, le commandement de Dieu, vous vous attachez , continua Jesus, a des preceptes d'hommes*, par exemple aux lavages des sellers 3 et des coupes, et vous faites beaucoup d'autres choses semblables. Mais, ee faisant , insista Jesus> vous abrogez bel et bien le commandement de Dieu, pour mainlenir volre tradition. Car, par la bouche de Moise, Dieu a dit* : flonore ton pere et ta mere 5 ; et encore : Qui maudit pere ou mere sera mis a mort 6 . Et vous, vous dites : Si un homme dit a son pere ou a sa mere : J'ai oftert au Temple 11 tout ce dont tu pourrais fare assiste par moi, il n'est plus tenu d'assisler son pere 8 ; et la-
1 ISAIE, XXIX, 13. Le iraducteur de saint Matthieu (XV, 7-9) et saint Marc (VII, 5 et 7) citent tous deux le passage d'apres le texte grec des Septante. Le tcxte hebreu porte : Parce que ce peuple s'approche de moi seulement par sa bouche et me glorifie seulement par ses levres et parce que son cceur, au contraire, est loin de moi et parce qu'il m'honore par des preceptes et des enseignements purement humains, j'exciterai encore plus 1'admiration de ce peuple par un miracle etonnant : la sagesse disparaitra du milieu des sages et 1'intelligence des habiles sera eteinte .
8 Le passage est obscur : SvStxaviovce; 6iBaffxa>.(;, evta>|iaTa av6pciuwv, enseignant des enseignements prdceptes d' homines (MATTHIEH, XV, 9, et Mxnc, VII, 7). II a etc diversement traduit.
3 Saint Marc, pour indiqucr des vases ou des bouteilles, emploie selon son habitude une denomination romaine, le setier (sextarius, ^ecrrr,;, sixieme parlie du conge) environ un demi-litre.
4 Saint MATTHIEU, XV, 4 : Dieu a dit. Saint MARC, VII, 10 : Moise a dit. 8 Exode, XX, 12.
6 Exode, XXI, il.'
1 MATTHIED, XV, 5 : Soil offrande, quoi que ce soil dont tu pourrais el re secouru par moi , Swpov 5 eav e? EJAOU w<ps).v)6'5?. Saint Marc (VII, 11) ajoute a cette declaration le mot liturgique arameen Corban qui signiliait offrande. . Soit corban, c'est-a-dire offrande, quoi que ce soit, etc.
8 MATTHIEV, XV, 6 : oy |A-/i Tifi^ffEi TOV TCaTepa uTou. La phrase com-
dessu's vous ne lui permetlez pas de faire quoi que ce soil pour son pere ou sa mere. Vous anriulez ainsi la parole de Dieu en faveur de votre tradition que vous prenez soin de transrnettre 1 ; et vous commettez nombre d'autres annulations de meme
sorte 2 .
Beaucoup de curieux s'etaient masses pour contempler a distance 1'altercation survenue entre les pharisiens et Jesus. II jugea bon de les faire approcher afm de justifier devant eux, apparemment des gens simples, la conduite de ceux de ses disciples qu'avaienl incrimines les pharisiens : Ecoutez-moi tous et comprenez , leur dit Jesus, ce. n'est pas ce qui entre en lui par la bouchequi souillerhomme; mais ce qui sort de lui par la bouche, cela le souille 3 . Que celui qui a des oreilles pour entendre entende*.
plete devient : Vous declarez : Qui dirait au pere ou a la mere : Offrande cst tout ce dont lit serais assi&te par moi, n'evaluera (ou n'honorera) plus son pere ou sa mere , dans le sens de : il ne donnera plus rien a son pere ou a sa mere. Dans saint .Marc, VU, 11, la phrase s'arrete sans etre terminee : Yous declarez : Qu'un liomme vienne a dire au pere ou a la mere : Corban, c'est-a-dire don a Dieu , est tout ce dont tu serais assiste de ma part.... Et saint Mare reprend : La-dessus vous ne permettez pas a cet homme, etc.
1 MA.RG, VII, 13 : ay.upoO-m; TOV Xoyov tov 6eoC tv) nrapaSoa-ii OJAWV TJ TtapeStoxa-s, lilteralement : annulant la parole de Dieu pour votre tradition par laquelle vous ave: transmis. Le sens est fort obseui' et diversement interprete.
2 MARC, Ylf, 1-15. Cf. MATTIIIED, XV, 1-9.
3 MATTHIEH, XV, 11. Saint Marc est moins explicite : Tl n'csl. rien en deliors de riiomme qui entrant en lui puisse le souiller; mais les choses qui sortent de I'liomme, celles-la sont celles qui souillent 1'Jiomme (BUtic, VII, 15).
* MARC, VII, 16. Jesus a deja dit plusieurs Ibis cette parole : quand il a parlc a Magdala de la mission de Jean-Baptiste (MATTHIEU, XI, 15); apres la parole du semeur (JlATTHiEn, XIII, 9; MAUC, IV, 9; Luc, VIII, 8); apres 1'explication de la parabole de 1'ivraie (MATDIIEU, XIII, 43).
Les aliments que la loi mosai'que deelarait impurs el defendait a 1'homme de manger elaient fort nombreux 1 et jusqu'alors aucun Juif n'avait admis qu'on put en manger sans crime. Les pharisiens crurent que Jesus pretendait abolir les abstinences prescrites par le Levitique; ils se recrierent avec fureur, mais s'eloigrierent pour aller sans doute machiner, en se servant de la declaration inattendue faite par Jesus, 11 ae nouvelle atlaque conlre lui.
Les disciples avaient remarque 1'excitation des pharisiens. S'approchant de Jesus, ils lui dirent : Sais-tu que les pharisiens ont ele scandalises en entendant ce que tu viens de dire 8 . Sans s'emouvoir, Jesus repondit : Toute plante que mon pere celeste n'a pas planlee sera deracinee. Ne YOUS occupez pas de ces gens; ce sont des aveugles, conducteurs d'aveugles; or si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous. deux dans une
fosse* .
Gependant, pour se separer de la foule, Jesus etait entre dans une maison ou .ses disciples seuls penetrerent apres lui 4 . Eux aussi avaient ete surpris de ce que venait de dire Jesus au sujet des aliments; et ils se demandaient s'il n'y avait point la une parabole.
1 Livitique, chapitre XI.
4 MATTIIIEO, XV, 12.
3 MATTIIIED, XV, 13 et 14. Saint Luc (VI, 39) a place dans le discours sur la Montagne la petite parabole sur les aveugles conducteurs d'aveugles. On croit que les fosses mentionnees par saint Matthieu ct saint Luc etaient les fosses dissimulees sous du feuillage et dans lesquelles les Hebreux cherchaient & laire tomber les animaui sauvages.
1 Saint Marc (VII, 17) ne met pas ici 1'article defini devant le mot otxov, maison; il en resulte que la raaison ou enti-a Jesus n'etait pas cello ou il residait d'ordinaire a Capharnaum.
Pierre, au nom de tous, posa la question : Expliquenous la parabole , dit-il a Jesus 1 .
fites-vous done, vous aussi, tellement inmtelligents? repondit Jesus. Ne comprenez-vous pas qu'aucun aliment qui entre dans 1'homme ne peut le souiller, parce qu'il ne va pas dans le coaur mais dans le ventre d'ou il est rejete dans les latrines, les parties purcs ayant ete distraites? Au contraire, ce qui sort de Thomme, c'est la ce qui le souille. Car c'est du dedans, du coeur des hommes, que sortent les mauvais desseins, adulteres, prostitutions, meurtres, vols, cupidites, mechancetes, fraude, efFronterie, envie, blaspheme, orgueil, impiete. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent rhomme 2 .
II semble, d'apres un mot de saint Marc, que, aussitot cette explication donnee, Jesus se leva et quitta Capharnaum suivi de ses apotres 3 . La prudence humaine lui faisait maintenant un devoir de ne pas rester en Galilee ou les pharisiehs avaient pour lutter conlre lui une nouvelle arme terrible; ils pouvaient Taccuser de s'etre pose publiquement en contempteur de toutes les regies d'abstinence, universellement reconnues par la nation juive comrne regies intangibles et saintes. Jesus done se mit en route el apres deux jours de marche il eta it arrive a la frontiere du pays de Tyr.
1 MAWHBB, XV t 15.
2 MARC, VII, 18-23. Cf. MATTIIIIU, XV, 16-20.
5 Et de la s'etant Icv4 il parlit pour les pays limitrophes, Tyr el Sidon (MARC, VII, 24).