‹ La vie inconsciente et les mouvementsChapitre 19 sur 24 · Angell, Psychology, New'-York · texte numérisé non relu

Angell, Psychology, New'-York

elle l’intérêt. Il a sa base dans notre moi, cet intérêt que nous ressentons pour ce qui est étrange. Ce n’est pas une chose absolument étrange que nous trouvons intéressante, mais une chose assez familière pour être en connexion vitale avec notre expérience passée et pourtant assez nouvelle pour être sentie comme un élargissement de cette expérience.

« Si nous considérons l’intérêt typique tel que nous le ressentons dans une recherche absorbante, dans le jeu, dans la poursuitè d’une affaire aventureuse, nous reconnaissons clairement que quels que soient les états affectifs qu’il suscite, il appartient surtout aux processus actifs {conatifs) de la vie mentale. De sa nature, il exprime le moi. »

4° Une dernière cause, demi-physiologique demi-psychologique, est Vinfluenee de l'habitude. L’habitude est une puissance organisatrice de premier ordre, mais par incrustation elle transforme peu à peu l’activité vive en un mécanisme purement physiologique d’où la conscience s’est retirée. Envahie par elle, l’homme est pris dans un réseau qui comprime toute spontanéité et dispose à l’inertie.

Si l’organisme et en particulier le cerveau était inerte à l’origine, comme le suppose Ferrero, tout serait accidentel, abandonné au hasard des excitations extérieures, et les réactions se feraient à l’aventure. Mais chacun naît avec un petit capital de coordination héréditaire qui seul ne conduirait pas loin. La répétition, et par suite, l’habitude, se charge de l’augmenter. Il y a, en effet, en nous, deux sources d’organisation : les instincts primaires, les répétitions de l’expérience.

Les habitudes se forment de deux manières; elles se greffent sur les instincts ; elles se produisent par sélection. Le premier mode est un processus d’association ou de fusion qui dépend de la nature du système nerveux. Les parties dont l’activité est simultanée tendent vers une intégration synthétique. Le second mode dépend surtout de l’utilité. C’est le succès plutôt que le choix qui détermine, au moins originellement, la formation d’une habitude. Les récentes observations des psychologues zoologistes sur le Behaviour semblent le prouver.

Au reste, quelle que soit la source de l’habitude, une fois constituée, elle opère positivement

C’est une cause à actions lentes (jui débilite la tendance à l’effort. Cette influence est si connue qu’il est inutile d’insister.

Pour conclure, une question se pose ; Naturellement et spontanément, l’humanité prise en masse répugne-t-elle à l’effort? — Oui. Dans la psychologie humaine, la tendance au moindre effort est-elle l’accident ou la règle? — Elle est la règle. En ce sens, on peut dire que cette tendance est une loi. Si, comme il a été dit plus haut, nous avons répudié ce terme, c’est que cette « loi » comporte trop d’exceptions importantes.

Les actifs supérieurs que nous avons éliminés de notre étude, sont en réalité des surhommes, des génies d’une nature spéciale. On est généralement disposé à entendre par génie la seule puissance intellectuelle; ce qui est exact en un sens, car sans l’intelligence il ne se fait rien de grand, ou du moins, qui atteigne la renommée. Mais si l’on ne tient compte que de la puissance

d’une faculté, il faut aussi admettre des génies de sentiment et des génies d’action.

J’ai soutenu ailleurs^ que, pour le psychologue, les grands passionnés, si ignorés qu’ils soient, sont des héros à leur manière, fascinés et possédés par leur idéal, entraînés par lui jusqu’à la mort, et que c’est pour cela que les grandes passions s’imposent à l’admiration des hommes comme les grandes forces de la nature. Mais seul et indigente d’idées, la passion n’immortalise pas.

De même pour les génies d’action : conquistadores, condottieri, explorateurs, colonisateurs, toujours en quête d’activité et de dépense d’énergie, produisant beaucoup de travail. Ils ignorent la répugnance à l’effort, ils semblent plutôt l’appeler. Encore cette expression est peu exacte car l’effort n’est pas senti ; la fatigue qui en est l’indice, n’apparaît pas ou est tardive et passagère. Pour tout inventeur génial (quelle que soit sa création et sa matière) il n’y a pas d’effort, parce qu’elle est l’expression et le résultat d’une tendance naturelle et vigoureuse. Les

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