‹ La vie interieureChapitre 86 sur 91 · I. Reconnaître l'ennemi; très reconnaissable · texte numérisé non relu

I. Reconnaître l'ennemi; très reconnaissable

a) A la manière dont il s'y prend : tantôt attaque brusquée, soudaine, violente, rude secousse — à la manière d'un jet d'eau sur la pierre, (ii, 7.) tantôt manière insinuante (difficultés d'ordre plus délicat) ; il suggère d'abord de bonnes idées (11, 4) puis peu à peu cherche à distraire, à jeter dans le faux, dans l'excès, à fausser la voie (zèle indiscret — dévotion mal entendue).

h) Aux effets qu'il produit, aux pensées

qu'il donne (observer : analyser), (ii, 5.)

Il trouble, agite, jette dans la désolation, (i, 4, 2.) déjà décrite :

J'appelle désolation les ténèbres et le trouble de l'âme, l'inclination aux choses terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse et comme séparée de son Créateur et Seigneur.

Ou bien il attriste, abat le courage, fait déchoir de la ferveur, de la paix, de la suavité intérieure par une foule d'idées subtiles, de raisonnements fallacieux.

2. Réagir : réagir négativement y ne faire aucun changement, mais demeurer ferme et constant dans ses résolutions et dans la détermination où l'on était avant la désolation ou au temps même de la consolation, car comme c'est ordinairement le Bon Esprit qui nous guide et nous conseille dans la consolation, ainsi, dans la désolation, est-ce le Mauvais Esprit, sous l'inspiration duquel nous ne pouvons prendre un chemin qui conduise à une bonne fin. (I. 5)

Réagir positivement. — Quoique nous ne devions jamais changer nos résolutions au temps de la désolation, il est cependant très utile de nous changer courageusement nous-mêmes, je veux dire notre manière d'agir et de la diriger tout entière contre les attaques de la désolation. Ainsi, il convient de donner plus de temps à la prière, de méditer avec plus d'attention, d'examiner plus sérieusement notre conscience, et de nous adonner davantage aux exercices convenables de pénitence, (i, 6.)

Réagir vigoureusement. — C'est le propre de l'ennemi de faiblir, de perdre courage et de prendre la fuite avec ses tentations, quand la personne qui s'exerce aux choses spirituelles montre beaucoup de fermeté contre le tentateur et fait diamétralement le contraire de ce qui lui est suggéré. Au contraire, si la personne qui est tentée commence à craindre et à supporter l'attaque avec moins de courage, il n'est pas de bête féroce sur la terre, dont la cruauté égale la malice infernale avec laquelle cet ennemi de la nature humaine s'attache à poursuivre ses perfides desseins, (i. 12.)

3. Patienter. Espérer : Que celui qui est dans la désolation travaille à se conserver dans la patience, vertu directement opposée aux attaques qui lui surviennent, et qu'il espère qu'il sera bientôt consolé pourvu qu'il emploie, comme nous l'avons dit dans la sixième règle, les moyens nécessaires pour vaincre la désolation, (i. 8.)

4. S'humilier : Que l'exercitant s'efforce de s'humilier et de s'abaisser autant qu'il lui est possible, pensant de combien peu de choses il est capable au temps de la désolation, lorsqu'il est privé de la grâce sensible ou de la consolation, (i, 11.)

5. S'encourager: Celui qui est dans la désolation se rappellera qu'il peut beaucoup avec la grâce, qu'elle lui suffit pour résister à tous ses ennemis, pourvu qu'il s'appuie sur le secours de son Créateur et Seigneur, (i, 11.)

Courage! Car l'ennemi est faible, ressemble à une femme : il en a la faiblesse et l'opiniâtreté ; c'est le propre d'une femme, lorsqu'elle se dispute avec un homme, de perdre courage et de prendre la fuite aussitôt que celui-ci lui montre un visage

ferme ; l'homme, au contraire, commencet-il à craindre et à reculer, la colère, la vengeance et la férocité de cette femme s'accroissent et n'ont pas de mesure, (i, 12.)

Courage! Car les profits à retirer de la lutte sont considérables : 1° on s'instruit. 2^ on expie, on se purifie — on s'aguerrit, on fait ses preuves, on se forme soi-même. (Consigner les expériences faites, 11, 6.)

La désolation a trois causes principales : i^ elle peut être un châtiment : notre tiédeur, notre paresse, notre négligence dans nos exercices de piété éloignent de nous la consolation spirituelle — 2° elle est une épreuve : Dieu veut éprouver ce que nous pouvons et jusqu'à quel point nous sommes capables de nous avancer dans son service et de travailler à sa gloire, privés de ses consolations abondantes et de ses faveurs spéciales. — 30 elle est une leçon ; Dieu, veut nous donner la connaissance certaine, l'intelligence pratique et le sentiment intime qu'il ne dépend pas de nous de faire naître ou de conserver dans nos cœurs une dévotion tendre, un amour intense SLCcompagné de larmes, ni aucune sorte de

consolation spirituelle, mais que tout est un don, une grâce de sa divine bonté. Il veut nous apprendre à ne pas placer trop haut notre demeure en permettant à notre esprit de s'élever et de se laisser aller à quelque mouvement d'orgueil ou de vaine gloire, nous attribuant à nous-mêmes les sentiments de la dévotion et les autres effets de la consolation spirituelle, (i, 9.)

6. S'ouvrir, parler- (se faire former) : L'ennemi se comporte comme un séducteur ; il demande le secret et ne redoute rien tant que d'être découvert : un séducteur qui sollicite la fille d'un père honnête ou la femme d'un homme d'honneur veut que ses discours et ses insinuations restent secrets ; il craint vivement au contraire que la fille ne découvre à son père ou la femme à son mari ses paroles trompeuses çt -son intention perverse ; il comprend facilement qu'il ne pourrait alors réussir dans ses coupables desseins ; de même quand l'ennemi de la nature humaine veut tromper une âme juste par ses ruses et ses artifices, il désire, il veut qu'elle l'écoute et qu'elle garde le secret, mais si cette âme

découvre tout à un confesseur éclairé ou à une autre personne spirituelle qui connaisse les tromperies et les ruses de l'ennemi, il en reçoit un grand déplaisir, car il sait que toute sa malice demeurera impuissante du moment où ses tentatives seront découvertes et mises au grand jour, (i, 13)

IL Conduite a tenir A l'égard du Bon Esprit

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