‹ La vie juiveChapitre 28 sur 36 · DO · texte numérisé non relu

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l’eau, et raconteront, en affreux patois judéo-alsacien, l'histoire de la Lampe Merverlleuse aux fillettes en jupe rouge; le bonhomme Anselme sortira de la tombe, pour aller, en compagnie de son ami le curé, secouer le capitaine Thouret et lui annoncer la bonne nouvelle; Reb Chmoûl allumera la lampe à sept becs, dans la maison couverte de chaume, sous l'ombre de la noire forêt de sapins; et sur les remparts de Verdun, mon grand-père le rabbin Mardochée Cahun, avec son chapeau à trois cornes et son uniforme du temps de Beaurepaire, se dressera, pour voir de loin si c’est bien le drapeau tricolore qui flotte sur la cathédrale de Metz.

Si David, Mirele et Louïélé n’ont plus les jambes assez souples pour prendre part à la danse, je vous garantis que leurs enfants y seront pour eux : des gaillards qui ont les yeux bleus, le poignet solide, les mollets d'aplomb, et qui se trémousseront ferme. Ne te fais pas de peine, vieux pays; ne te fais pas de chagrin, joyeuse Alsace ; n’entends-tu pas le trombone de ce farceur de Mayerlé Hodel qui sonne gaiement ton vieil air :

Trotz net so; trotz nel so, S'kommt à sit besch wedrom froh!

Ne te vexe pas comme ça; ne te vexe pas comme ca, Il viendra un temps où tu seras de nouveau contente!

O Israël, si ce soir de Roch ha Chône, le pasteur Stôcker, grand chef de l’antisémitisme à Berlin, eût rencontré Mayerlé Hodel et le chantre Weill revenant tous deux de la synagogue, s’il eût essayé de retarder, d’un instant, la marche tempétueuse de ces deux hommes bouillants, qui se précipitaient l’un et l’autre pour contempler, plus tôt, leur lampe à sept becs, leur nappe à raies rouges, leur soupière à fleurs en faïence de Haguenau, et pour humer les parfums d’un délicieux Xouguel, si ce Prussien eût fait un geste, un seul, Mayerlé lui eût fait avaler son trombone, et, de son parapluie bleu de ciel, le chantre Weill l’eùt empalé!

Mais voici les joies de Roch ha Chône finies; dans une semaine

viendra le jour du grand pardon, le jour grave et redoutable, le

jour de contrition. Dans la nuit terrible qui précède la fête, Dieu fait

reviser par l'ange la longue liste des péchés des hommes : terrible

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