‹ La vie juiveChapitre 31 sur 36 · LD 4 20 ; LACS · texte numérisé non relu

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veille du jeûne ! Le lendemain, à l’oratoire, les bonnes gens, re- A A . . .

vêtus de leur vêtement mortuaire, disaient leur mea culpa en eons-

cience, et se frappaient la poitrine à tour de bras, pour leurs péchés

de l’année. Puis venait le moment solennel: où tous ces hommes, exaltés par le jeûne, par la prière, par l'appareil du costume blanc sous lequel tous seront enfermés dans la tombe, se prosternaient et faisaient pénitence. Et plus tard, les Cahunim, reste de l’antique aristocratie, sortaient et priaient dans une salle à part, tenant devant leur front leurs mains jointes par les index et les médius, en forme du vieux blason de la famille, et chantant les versets de leur antienne de gentilshommes, redevenus nobles, une fois par an, redevenus les descendants des hautains seigneurs prètres de Jérusalem et des rudes châtelains d’Idumée. Pauvres gens ! Où est le souvenir de leur vieille aristocratie ? Où sont les messieurs Lévy, qui avaient le privilège de leur donner l’aiguière à laver? Qui reconnaît leur illustre lignée? Ge jour-là, ils s'en souviennent, au mi-

lieu des fidèles

qui les laissent passer respectueusement et écoutent avec vénération Ja mélopée bizarre et archaïque de leurs

chants.

Et voici que la nuit approche, et avec elle le très vul-

gaire estomac

reprend ses droits. Tel qui priait avec ferveur, tout

à l'heure, se

bourre le nez de tabac, consulte sa montre, dit ses litanies d’un air distrait. Un à un, les enfants courent de l’oratoire à la maison, et hument avec délices l'odeur du café au lait, que prépare la Chavess Goù, les parfums du consommé au bœuf et à la volaille. Ils regardent, d’un air attendri, les gâteaux qu'on va manger avec le café au lait, pour rompre le jeûne, et attendre plus patiemment le potage.

Voyez-vous ? Une étoile au ciel, deux, trois étoiles? L’olifant de Veill fait retentir trois mugissements d’allégresse ; la dernière prière s’expédie dans la confusion. On sort du temple en foule, et c'est la bouche pleine, devant un bon bol de café dans lequel on trempe des tranches exquises de Kouguelhopf, qu'on se félicite d’avoir si bien jeüné.

SOUKKOTH

Si les ancêtres des juifs de Hochfelden ressuscitaient, s'ils revenaient du fin fond de la Syrie . pour assister à la fête de Soukkoth (1), ïls seraient bien .étonnés en. voyant la déco- “ation des huttes dressées dans les courtils et dans les vergers.. Combien, parmi ces fruits du Nord qu’on suspend à la treille, eussent-ils reconnus? Le raisin leur eût paru bien aigre, et les poires bien tendres. C’est à peine si au milieu des aiguilles sombres du sapin, des feuilles luisantes du houx, des pampres parfumés du houblon, ils distingueraient le panache flétri et décoloré d’une pauvre palme; naguère, elle vivait et remuait

au vent du sud, près d’un

ALFH. À fa

c puits d’eau saumâtre ou d’un

torrent encombré de cailloux et de sable, entre la terre aride et crevassée, et le dévorant soleil ; maintenant elle est attachée, morte et pâle, au milieu des feuilles vivaces, sous le soleil qui réchauffe sans brüler, sous le ciel bleu clair ou couvert sans cesse de nuages blancs, près de la ‘grande rivière, jamais tarie, qui file rapide, froide et verte, entre la France et l’Allemagne. C’est une femme

(1) Prononcez à l’alsacienne «Sékess »,

des pays fabuleux, des pays du septentrion, qui vient d’attacher fa pauvre palme morte ; la femme à les yeux bleus et limpides, le regard franc et assuré, le teint comme du sang et du lait : ses tresses blondes descendent entre ses larges épaules ; elle parle le rude Jargon des Cimbres et des Sicambres, et les quelques mots de la douce langue d’Aram qu’elle mêle à son parler, nul ne les reconnaitrait plus, prononcés avec cet accent barbare. Sans doute, parmi les visages qui sont là, plus d’un nez aquilin, plus d’un teint pâle, plus d’une prunelle noire, plus d’une boucle frisée rappelle la lointaine origine, et l'Orient etson soleil: mais ces nez aquilins se sont bouflis, ces noires prunelles se sont ternies, ces teints sont flétris, et, comme la palme arrachée, semblent desséchés et sans sève. Et regardez les autres, ceux qui ont pris racine; leurs joues luisent comme la feuille du houx, leurs cheveux sont devenus lisses et chatains, leurs prunelles sont claires, mais brillantes : plus d’un regard bleu vous fixe en face, à la Celtique, et à la façon dont ces braves gens posent le pied sur le sol gaulois, on sent qu'ils sont chez eux, bien chez eux; la plante exotique de Judée s’est acclimatée dans la terre de France, la palme a reverdi, et si, greffées sur un tronc nouveau, ses feuilles commencent à ressembler à celles du houx, c’est peut-être pour prévenir qu’à vouloir les froisser on risquerait de s’y piquer.

Voyez comme tout change! Ce brave garçon de Sanfele, devenu sergent-major, n’a pas oublié les siens, ni son maitre Anselme. Il a envoyé des cadeaux à ceux qu'il a laissés au pays : son père, le vieux choële Klopfer, a reçu, le matin même de la fête de Sékess, un grand panier de forme bizarre, et Zimmermann, le courrier qui le lui a remis en descendant de la diligence, lui a dit : « Écoutez, Liebschutz, je ne sais pas ce qu'il y a dedans; c’est une drôle d’odeur, comme des espèces de. fruits; cela vient de /a Midi, un endroit, comme ça, qu'ils appellent Aïx, et le port est payé: c’est tout ce que je peux vous dire. » Chez Anselme, le même Zimmer-

mann a déposé une lourde jarre de poterie vernissée, ‘étrange

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