‹ La vie juiveChapitre 32 sur 36 · C T2 RE EX = 2 SECTE PTT · texte numérisé non relu

C T2 RE EX = 2 SECTE PTT

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des petits paniers de papier bleu et rouge, destinés à contenir chaeun un fruit, et à être accrochés entre les verdures de la cabane, les filles ont cessé de chiffonner et de taillader les papiers dorés avec

lesquels on fabrique des guirlandes propres à l’ornementation de la

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sekke. Le jeune David et trois de ses condisciples abandonnent les cahiers avec les feuilles maculées desquels 1ls ont la prétention de confectionner des festons et des astragales ; Selmel, qui depuis une heure balaye les débris de papier que font voltiger ces marmots, quitte son balai et cesse de gronder; tout le monde veut voir ce vase étonnant. L'honnète Anselme ne manque pas une si belle occasion d'examiner ses enfants et élèves : « Où est Aix en France? » L'ainée, qui a répondu, sans hésiter : «€ dans les Bouches-du- Rhône, » reçoit une poire; le jeune David qui s’est fait tirer l’oreille, mais qui a fini par dire « en Provence », reçoit une noix. La petite Clem, qui a confondu Aix en Provence avec Aix-la-Chapelle, puis avec Aix en Savoie, ne reçoit rien du tout, et le petit Chlôme, qui répond obstinément « je ne sais pas », se fait appliquer les épithètes, bien méritées, de cancre et d’âne bâté; on lui déclare même qu'il n’a, dans la tête, que des épluchures de navet à la place de cervelle, et qu’on le mettra en apprentissage chez un savetier.

Cependant, le vieux Choûle Kopfer arrive, tout voüté, portant le panier que lui a envoyé son fils. Panier et jarre sont ouverts, et on regarde avec une curiosité mêlée de défiance les figues et les aubergines qui remplissent l'un, les olives nageant dans la saumure jusqu'aux bords de l'autre.

Il faut toute l’érudition de M. Anselme pour nommer à l’assistance ces produits exotiques, et Zimmermann est fier qu'il y ait, dans Hochfelden, un homme si savant. Madame Anselme goûte une olive, avec quelque anxiété, et la recrache aussitôt; Selmel déclare que ce qu'il y a de bleu violacé sur les figues doit être de la moisissure, et qu’elle n’a jamais rien vu de si dégoûtant que ces espèces de poires molles. Quant à des machines comme les aubergines, évidemment, un homme qui en mangerait attraperait la dysenterie, ou des coliques tout au moins. Le vieux Poniatero, appelé en consultation, déclare qu'il s’est bien alimenté de subs-

tances pareilles, quand il était dragon en Espagne.

En Espagne!

A ce seul mot, tout le monde frémit! Est-ce bien sûr, que ça ne soit pas empoisonné? Un chacun sait que, pendant la grande guerre, l’empereur Napoléon voulut un jour manger des œufs à la coque, et que son fidèle mamelouk Roustan lui répondit : « Sire, faites attention! Les Espagnols les empoisonnent dans le ventre des poules ! » Le brigadier Wendling, qui était dans l’artillerie de la vieille garde, l’a entendu, et l'a répété au sapeur Lentz, qui l’a confié à Poniatero lui-même, le propre jour où il trouva dans sa soupe un peigne espagnol, veuf de la plupart de ses dents, mais garni de toute sa crasse, et de plusieurs touffes de cheveux gris.

Mayerlé Hodel, homme sans préjugés, a beau assurer qu’on vend aux Halles, à Paris, des aubergines et des figues, et que les olives se débitent chez les plus luxueux épiciers : la seule histoire du peigne a retourné tous ces estomacs alsaciens; Zimmermann n’a rien de plus pressé que de se faire offrir un petit verre de quetsch pour se remettre le cœur. On remerciera Sanfele de son attention délicate, mais on ne touchera pas à son envoi suspect. Heureusement, le capitaine Thouret se fait un plaisir d'accepter les figues et les aubergines, et le curé ne dédaigne pas le pot d'olives; l'envoi de la Midi trouve son placement.

Pauvres bonnes gens juifs d'Alsace! c’est la nourriture nationale de vos pères que vous avez refusée! Ces fruits qui vous ont paru immangeables, ce sont les fruits de la Terre promise, les récoltes bénies de Chanaan! Et qu'on aille encore me parler d’atavisme ! L’atavisme de l'estomac n'existe pas, — et c’est la panse qui mène la danse!

Sékess sera la dernière fête que les enfants du bonhomme Anselme verront sous le ciel d'Alsace. La vie est dure; garçon et fille doivent être prèts à y figurer dignement, comme il convient aux enfants d’une honorable famille. Les deux aînées sont assez instruites, maintenant, pour entrer, comme sous-maitresses de

français, dans un pensionnat d'Angleterre, L'oncle Théodore, le

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