LOI DE NATURE
L'Homme un jour regarda dons une goutte d'eau.
Un vague être y vaguait sur an vague radeau.
« Petit être, comment vis-tu?
Lui :
— Je dévore Des êtres plus petit> et plus vagues encore. »
L'Homme jeta les yeux alors sur un fétu.
Il vit une fourmi : « Fourmi, comment vis-tu: •
La fourmi répondit : a En tuant des insectes. »
Ln frelon voletait près des fourmis abjecte--.
a 0 frelon bourdonnant sur les brin- d'herbe amis. Gomment vis-tu? dit l'Homme. — En tuant des fourmis
Sur un coin poussiéreux de poutrelle fragile, Tricotait dextrement une araignée agile.
i Et toi, comment vis-tu? — Je mange des frelons.
— Et vous, oiseaux du ciel chantant dan- les soir- blonds?
— Nous mangeons des frelon- ou bien des araign
— Et vous, bêtes des bois des oiseaux épargnées?
— Nous mangeons des oiseaux.
— Et vous, hommes? — Au choix. Nous mangeons des oiseaux ou de^ bête- des bois.
— Et toi, berceau des fils et tombeau des ancêtres, Terre, grouillante Terre, être fait de tant d'êtres, Comment vis-tu, réponds?
La Terre dit alors :
— Ce qui fait que je vis, êtres? Ce sont vos morts! »
Oh! l'Homme épouvanté prit son front dans ses paume- Un rossignol barbare au loin chantait des psaume-. Joyeux et calme, ayant des morts plein le gésier.
L'Homme marcha, le front brûlaut comme un brasier Il marcha, rabattant sur ses yeux les paupières, Pour ne pas voir les murs dévorés par les lierres, Pour ne pas voir les fleurs en proie aux pucerons, Pour ne pas voir, avec leurs fratricides troncs, Les arbres les plus forts étouffer les plus frêles, Pour ne pas voir là-haut, sur toutes nos querelles, Les troupeaux haletants des astres furieux Tournoyer comme s'ils se traquaient clans les cieux. « C'est donc vrai, cria-t-il, ô firmament immonde? L'Égoïsme est la loi qui gouverne le monde.
Le monde .nier éternel et puant
Où tout s'entre-dévore et ne vit qu'en tuant? »
in, il trébucha. Qu'est-ce? Un paquet!... Çàpleure!...
Un enfant: Un petit entant dont la chair fleure! Et dont vaguent les yeux, et dont tremblent les mains; Un tout petit enfant laissé sur les chemin-. ls! Abandonner si frêle créature:...
L'Homme considéra cette progéniture
Qgea, les deux br 3, le front hagard.
Un rayon de folie étoilait son regard.
Un être, un futur homme, un rival pour tout dire : snnemis de l'homme, hélas ! l'homme est le pire : Un enfant qui boira. 1 . jouira,
Et de sa portion, plus tard, diminuera
p leau sur lequel l'humanité se rue:... »
Un promeneur, là-bas, déboucha d'une rue.
l'enfant. l'Homme toujours rêvait.
LA VIE ET LA MOR'l 31
Un enfant de dix moi- ou d'un an : il avait
Les yeux très doux, le front 1res Liane, les main- liés
Et parfois il disait : Ma-man à toute- chos
Ou bien montrait, au ciel, de son télé.
La lune toute ronde ainsi qu'un sein gonflé!
L'Honmie. l'œil flamboyant, regardait. Impassible.
Holà! cria de loin le promeneur paisible. Huant le Fou songeur et lui montrant le poing: Holà, monstre! Comment, vous] - urez point
Vous, homme, cette pauvre et faible créa tu: ■ Vous n'entendez donc rien aux lois de la Nature?...
— La Nature?... oh: pardon ! dit l'Homme en -élevant
Et, de son large pied, il écrasa l'enfant.