L'AMOUR
Dans la grouillante ampleur de l'espace aveuglant. Dans les clartés, dan- les splendeurs, dans les cantique* Novice et blond, joyeux et sain, rythmique el lent. Le globe allait parmi le- globes extatiques.
Il tournait dans l'azur caressant et moelleux. Il tournait, recouvert de joie et d'hymen. Et les printemps passaient comme des regard- b Dans la ronde dansante et folle des années.
Ses monts neigeux faisaient à Dieu des saluts blancs. Ses bois offraient au ciel les senteurs de leur flore. Ses mers chantaient, son sol vibrait, et, sur ses flancs. Dernier fils du soleil. l'Homme venait d'éclore.
Depuis ce jour, vingt fois, le globe radieux Avait vu reverdir les arbres sur sa croûte.
[ue, vierge, puissant, le front droit sous les cieux, L'Homme trouva soudain la Femme sur sa route.
C'était un midi fauve où la biche bramait. Où la brise semblait chuchoter des paroles. Où. sur la plaine ardente et rousse qui fumait. Des rayons de soleil violaient des corolles.
Et l'Homme dit alors, plein de vagues effrois, « Femme, femme, qu'as- tu dans tes regards de flamme Oh ! moi, lorsque tes yeux me regardent, je crois - printemps qui me réchauffent l'an
Il serra clans sa main ses doigts éblouissants : « Femme, femme, qu*as-tu dans ta chair qui fascine ? Oh ! moi, lorsque tes doigts m'effleurent, oh! je -eus, Je sens toutes les fleurs éclore en ma poitrine
Elle laissa sur lui flotter ses cheveux longs :
Femme, femme, qu'as-tu ? Quand le vent t'echevèle, Oh ! moi. vois-tu, je sens, sous tes grands cheveux blonds, Je sens tous les volcans s'ouvrir clans ma cervelle ! *
Alors, il l'étreignit dans ses deux bras puissants : « Femme, femme qu'as-tu? Tes deux seins de lumière Me font heureux, heureux à ce point que je sens Toutes les mers jaillir en pleurs sous ma paupière! »
Et les fleurs s'entrouvraient, et le sol se fendait, Et les oiseaux râlaient sous les bois proxénètes, Et le soleil lubrique et monstrueux ardait, Gomme un taureau de feu poursuivant les planètes.
»i, toute- rues fleurs, ô toi, tous mes printemps ! Dit l'Homme, -erre-moi dam tes bras, car j'éclate!
Et je sens tout a coup, par grands troupeaux chantante Des étoiles jaillir eu mon cœur éearlate. »
Et la Femme lui dit : O toi, toutes mes fleurs,
0 toi, tous mes printemps. Homme en qui je me fie, Serre-moi dans tes bras, bois mon souffle et mes pleur-, Prends, si tu peux, mon àme; et. si tu veux, ma vie ! ■
Et tous deux, hésitants, éperdus, anxieux. Palpitants de désir, envahi- de mystère, Regardèrent, la-haut, large et nu dans les deux. Le soleil triomphal haleter sur la terre.
lait, vainqueur, sur ses lourds mamelons. Il s'étalait, l'oignant de cares-es pâmantes, IJ s'étalait, viril, dardant de grands jets blonds A travers les poils roux de ses forêts fumantes!
Il s'étalait, brutal, prolifique, acharné, Engouffrant dans le sol des milliards de germes, El chaque val béant du globe raviné S'ouvrait a ses rayons comme une vulve aux sperme;
oleil, ô bon soleil, dirent-ils. a genoux. Et vous, terre, animaux, plantes, lumière, brise. Ayez pitié de nous, ayez pitié de nous! Car notre. chair s'allume et notre être se brise!
« Gai1 nous tremblons, car nous pleurons, car uuus erions! Car nous souffrons d'un mal que l'on ne peut connaître! Car nous voudrions... oui, tenez, nous voudrions... Quoi? hurler! quoi? chante*! quoi? quoi? mourir peut-être'
« Mourir, ressusciter ensemble en bonnes tleurs, En fleurs entrelaçant leurs tiges dans le- plaines, Mêler notre rosée, ayant mêlé nos pleurs, Et boire nos parfums, ayant bu nos haleines !
i bien échanger Lame, et partir aujourd'hui. Aigles jumeaux, vers l'âpre éther, à tire d'aile! Moi, la Femme, penser par le cerveau de lui: Moi, l'Homme, regarder par les grands yeux bleus d'elle!
i Ou bien grandir, grandir harmonieusement, Et planer, les deux seuls, dans 1 us borne,
Puis, sous le choc divin de notre embrasement. Crouler en sphères d'or dans l'immensité morne!
. bien encore, ou bien... Non! nous devenons fous! Brise, lumière, odeurs, plantes, animaux, terre, Soleil, ô bon soleil, ayez pitié de nous, Et dessillez nos yeux que voile le Mystèi
Alors, divinement, tout tressaillit en eux. Et. des flot hers, dea pelouses, des branches,
Ils crurent voii grands vols lumineux,
mains tièdes et blanch
Et ces mains les poussant tous deux vers des roseaux,
Ils partirent, choyés par les rayons solaii
Et sur leurs fronts émus hoquetaient les oiseaux,
Et sou.- leurs pieds tremblants pleuraient le; sources claire*
Et d'autres mains, là-bas. chassèrent le soleil : Et d'autres mains, sur l'herbe, effeuillèrent Et des voix, -'élevant dans l'espace vermeil. Semblèrent dire à Dieu l'allégresse des choses.
Et l'occident rougit. Et. d'un lis. arriva Une main qui guida les lèvres vers l'Aimée; Et. d'un pied de jasmin, un doigt blanc s'éleva Qui ferma les deux yeux de la Femme alarmée.
Et tout se tut, ?e tut, sous les bois, en ton- lieux. Un tronc fit choir la Femme, un rosier prit ses voiles. Hosannaj Puis la Nuit, doucement, dans les deux. Tira son rideau noir passementé d'étoile?!