POURQUOI L'ON AIME
Une femme, jadis, mit au monde un enfant.
Elle le contempla d'un regard triomphant. D'un long regard empli d'orgueil et.de tendres Comme on contemple un fils, qu'on soit femme ou tigi
Et Fenfançon grandit. 0 chère éclosion!
Il ouvrit à son tour de? yeux sans vision, Des yeux vagues, desyeux exquis. des yeux sans flamme, De ces yeux qui vous font des aurores dans l'àme ! Et la mère pleura quand plie vit §es yeux.
Et puis, l'enfant sourit. C'était délicieux]
Et la mère comprit alors, transfigurée,
Que, s'il est quelque part, là haut, un Empyrée,
Un Olympe, un Eden, un Ciel, un Paradis
Ouvert pour les élus et clos pour les maudits.
Ce n'est pas un endroit plein de fleurs et de fêtes,
Avec dieux et martyrs, apôtres et prophètes.
Mais que c'est un séjour — le plus beau des séjours! —
Où des enfants vous font des risette-, toujou
Puis, son fils bégaya, de cette voix étrange (jui se souvient d'avoir été la voix d'un ange. Puis, vers sa mère en joie, il tendit ses bras nus, Ohl des bras hésitants! Oh! des bras tout menus 1 Des ébauches de bras à mains surnaturelles, Des bras se souvenant d'avoir été des ailes.
Puis il marcha, puis il parla, puis il devint — Epanouissement merveilleux et divin : — Un beau, brave, superbe, affectueux jeu: Qu'avec joie on salue et qu'avec gloire on nomme. In jeune homme très doux et ïii Humant
Des soleils de bonheur dans l'œil de sa maman.
Oh! la maman heureux : oh] la maman rav
Puis, la voyant malade, il lui sauva la vie. Tant il fut bon pour elle, et tendre, ci
«. Dieu généreux, soyez loué, -ans hn lou Dit la mère en poussant un vivat gigant
Ce fil- mourut, un jour.
La mère en ni'
* >r. plus tard, cette femme eut un autre enfançon.
Quand od le lui porta, la mère eut un frisson,
El ses veux, comme ceux d'une lionne, ardèrent.
Les yeux de l'enfançon chétif la regardèrent, Toujours vagues, toujours exquis et ressemblant A des coins de ciel bleu fichés dans un front blanc.
« Oh ! cachez-moi cela ! » cria la mère folle.
Et, tel qu'un gazouillis d'angelets qui s'envole, De la bouche tt larmonieusement,
S'envola le sublime et premier bégaiment.
la mère- cria : Bouchez-moi les oreilles
Et les main-, à des bouts d'ailerons blancs pareilles, ^e tendirent alors vers la mère aux
la mère couru ter dans le
Profondément, ainsi qu'un vieux fauve qu'on ti
Mais, de chaqu< } tigelle qui craque
Mais, de chaque ramure en Q - crevant,
roit voir sortir les main- de son enfant! Oh! c'est épouvanU
— Et 1 Entre vieux arl
Murmurent dans l'azur leur triomphal devis, La mère croit entendre un appel de son fil-!
— Oh! celte obsession hide -
— EL quand, sereine.
Gomme un grand manteau d'or illustrant une reine, L'aurore, opulemment, la couvre de clart Et quand l'œil onctueux des astres veloutés La fixe, oignant .-on front que le vent doux effleure D'elle ne sait trop quoi de bon qui fait qu'on pleure, La mère pousse un cri, froide comme glaçon, Et cherche dans le ciel les veux de Fenfancon!
Alors, levant ses bras maigris dons la nuit blême : « Non. c'est [dus fort que moi : non. il faut que je l'aime : Cria-t-elle. vaincue. Et. geignant, étouffant. Elle quitta les bois pour ravoir s«-n enfant!
Elle -'eu approcha, puis, de sa voixamère: Mon fils, mon fils ! fais-moi du mal! » cria la mère.
Et. tendre, elle montra comment on s'y prenait: Flagelle-moi bien fort avec ce martinet :
Bien: crache sur mes yeux : Bien ! meurtris-moi la joue » Et l'enfant lit cela, comme un enfant qui joue. Sans savoir s'il faisait bien ou mal.
11 grandit.
Un jour, en lacérant sa mère, l'enfant dit u Pourquoi vous faire mal. ma mère? a
Et, lacérée, La mère répondit, d'une voix enivrée :
Pourquoi? parce qu'ainsi je ne l'aimerai pas! Pourquoi? parce qu'ainsi, >i tu meurs, ton trépas Ne fera pas souffrir ta mère indifférente. Pourquoi '! parce qu'ainsi, comme une bète errante. Je vivrai sans tourments, sans désespoirs, -ans pi. Parce que j'eus mon sein transpercé de douleurs. Pour avoir vu mourir on til- i> >.i. doux el sa .o!
Val lacère mou corps '. va! crache à mon
dus d'un bras impétueux:
Omon nstrueux :
-t )i haïr!
. si l'on aime un être au monde, point qu'une loi iatale. affreuse, immoni - nltire et von- l'aimer, n
Mais Lien parce qu'en lui tout vous charme ici-L Or, d'un être qui vous torture et qui vous navre. N'est-ce pas que. l'œil peut voir le cadavre?
AL: va donc, navre-moi! va donc, torture-moi: Car je le jure ici. mon fils, par mon émoi, Par mes Loquets, par mes espoirs, par mes alarm Par tout ce que mes yeux ont versé d'Acres larme Par ton frère qui dort en sa Liere. la-Las, Par -on trépas qui pre-que amena mon trépas, us, mères en deuil dont la foule m'acci Souffrir du corps n'e-t rien pie- de souffrir d<
lit, et, s'offrant aux crachats de son LU- :
a Ah! merci! s'écria la mère aux yeux ravis.
A présent tu peux vivre ou mourir, que m'imp >rte ?
Ce tils mourut un jour.
El la mère en est morte.