LE CŒUR DU POETE
(Tétait un soir pesant, léthargique, navré. Au bord du ciel crasseux comme un plafond de bouge, Le couchant, par endroits, avait l'air balafré Mystérieusement par un grand sabre rouge.
El nul gazouillement, et nul tressaillement : La nature dormait, sans joie et sans lumière; Les bois mornes semblaient hérisser, gravement. Vers de grands cieux de plomb, de grands arbres de pierre
Or, tout à coup, sanglant, tragique, effarouché, Tombant d'un lourd nu mbre cai\
Le soleil apparut, ainsi qu'un front tranché Qu'un échafaud géant lancerait par l'espace.
Il apparut, et tout chanta, tout rayonna : Et la terre, quittant sa torpeur sépulcrale, Sembla pousser vers l'astre un immense hosanna Et se remplir d'encens comme une. cathédrale.
Et la mer. au lointain, blonde ainsi que du miel. 'ussa vers son disque en vagues chevelue-. Et chaque arbre sembla lever ses bras au ciel Comme pour applaudir avec ses mains feuillues :
Gloire, gloire au soleil! Lui, grave, ensanglanté. Descendait, lentement, dans sa pourpre écarlate. En s*attardant la-haut, comme une Majes Au sein d'un peuple heureux qui l'acclame et la flatte
Et, toujours plus sanglant, il allait, il allait, Eclaboussant l'azur de lueurs de carn Et tout haillon de nue, autour de lui, semblait Un gros caillot de sang qui fume et qui surnage !
Il saignait, il saignait ! Comme une outre de sang. Il se vidait, vermeil, sur les monts, sur les pi; Et les vallons emplis d'un brouillard rougissant Paraissaient revomir du sang, à gorges plein
Il saignait! il jetait sa chair vive en les cieux! Il saignait ! l'air semblait une mare rougie! Il saignait! et, toujours, les êtres plus joyeux Lui lançaient leurs hourras avec des bruits cForuïe !
Hourra! vagues, dansez! hourra! bêtes chantez J
Hourra! tressaillez d'aise, arbres teints de sa flamme Et plus l'astre meurtri saigne de tous côtés. Plus la Création l'applaudit et l'acclame !
Et moi. voyant mourir ce soleil éclatant.
In soir, tan lis qu'au ciel se terminait son règm\
Je pensais à ton cœur, Poète, astre chantant,
Que l'on n'applaudit bien, hélas! que lorsqu'il saigne