‹ La vie & la mortChapitre 31 sur 43 · LE BON HEUR · texte numérisé non relu

LE BON HEUR

« Dieu très grand, Dieu très haut, viens î Je veux être ne tireur '.

Cria l'Homme, en levant vers le ciel ténébreux

Ses deux bras amaigris comme deux branches mortes.

Alors, comme on verrait s'ouvrir deux lourdes portes, Deux lourds panneaux cloutés d'astres en leur milieu, Le ciel noir se fendit pour laisser passer Dieu.

Que me veux-tu? dit Dieu. Parle, commande. explique : >

[/Homme darda sur Dieu son grand œil famélique. Son grand œil altère comme un œil de condor :

e que je veux, ô Dieu? ce que je veux?... De l'or : De l'or, dis-je! avec l'or j'aurai tout. Bonheur, joie Sont les reflets de l'or tout puissant qui rougeoie. Donne-moi beaucoup d'or, de l'or à l'infini! Taraude avec ta vrille un coin de ciel jauni, Casse quelques soleils ainsi que des grenades, Et fais-en ruisseler sur moi Tor en cascades ! De l'or, dis-je! de l'or! de Tor seul! Et va-t'en!

— C'est bien! tit Dieu, je vais t'obéir à l'instant.

Et, retournant cm sein desétoiles c ►mpaetes,

Il (il tomber, du ciel, de l'or en cataracte-.

Alors. l'Homme ébloui trembla.

Ravonnements !

Comme un poisson jeté hors des tlots éeumants, Et qui voit, en râlant au milieu des pierrailles, Gronder au loin la mer qu'il faut à ses entrailles, — Soudainement, avec des fougues d'aquilon, L'homme éperdu bondit vers celte mer d'or blond.

a 0 vous qui sous mes yeux allumez des aurores. Flots montants, flots vermeils, flotsberceurs, flots sonores,

Or! dit-il, oh: je vais, en des délires fous,

Entrer en vous, plonger en vous, nager en vous !

Oh! vous palper, vous mordre ! oh! vous saisir, vous boire!

Oh ! me noyer en vous et perdre la mémoire

Des jours de pauvreté !

Car vous ne savez pas, Pièces d'or, seuls soleil-: vénérés ici-bas,

Non, vous ne savez pas la soif que j'ai dans i'àme ! Ah! vous ne savez pas quelles langues de flamme, Is crocs mortels, quels dards aigus et douloureux înt dans un front pauvre et dans un gousset creux ! Or noble, or souverain, à moi! guéris mes plai

m'a traîn claies i

Viens ! plombe-moi le cœur î vieil :— moile front!

Emplis-moi, . a )i quelque grand lingot rond

Sans pitié, saD lords, sans souffrances!

Et vous, faim, et vous, maux, et vous, désespérances, Mordez-moi maintenant si vous l'osez en ireux ! je suis inerte je suis ÔV

ri "il eut bien baisé les piles d'or vermeil! - eut empli ses yeux et ses oreilles Pour n'entendre et ne voir que l'or qui l'entou.

Et qu'il eut rec n numéi

pour se i

aut.

Puis, lovant de r.

■ meman jue-t-il donc? » dit l'Homme au front livide.

« Ah !.. la Gloire ! fit-il. d'une voix de ïtenU Il me manque

Sur quatre cents mule' Ire,

Tl se mit en chemin pour acheter la Gloire.

Elle lui fut vendue un

Oui, Gloire : oui, f

Si nous ne possédons que le i monde.

i - LA VIE ET LA MORT

Oui, tu n'es, toi non plus, qu'une femelle immonde Que, pour un monceau d'or, le premier sot venu Peut voir, entre ses bras, dépoitraillée à nu !

L'Homme donc eut la Gloire.

Oh : possession folle !

La Gloire : voir, ainsi qu'un aigle qui s'envole Majestueusement sur les monts bleus et purs. Son nom calme planer sur les si - futurs!

a Gloire: ciel des vivant-; Gloire : soleil de l'âme;

Gloire, toi qui nous prends par tes griffes de flamme. Superbement, comme un vautour fait d'un poussin, Et vas nous faire luire, étoile, dans l'essaim Des étoiles sur l'homme à jamais suspendues ; Gloire, toi qui. ruant sur les sphères fendues.

. comme un grand coursier farouche et radieux. Hennir un nom vainqueur h l'oreille des dieux, Oh : je comprends, vois-tu, que l'on te sacrifie

S ts biens, ses ans, sa foi, son cœur. - vie,

Sa part do paradis, s'il en est dans l'azur, Et »

Niais! un grillon chante bien, quoique obscur!

Et l'Homme glorieux, rilomme accablé d'hommas Un soir où les grand.- bois s'emplissaient de ramas

De ramages d'oiseaux ignorés et contents,

L'Homme fut malheureux comme dans l'ancien temps.

Lors, il resta béant et pensif, U le basse.

Puis, levant ses deux mains tremblantes vers 1' L'épouvante dan.- l'âme, il dit :

lu ; Seigneur!

Où donc doi.— je chercher encore le bonheur?

— Dans l'Amour, roucoula dan- l'air une mésange.»

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