‹ La vie & la mortChapitre 32 sur 43 · E ET LA M · texte numérisé non relu

E ET LA M

;ez par là. vous, plus pure qu'un ange. ; qu'un lis, vous, plus sainte qu'un Dieu !

Oh ! le ciel, par erreur, vous fit naître au milieu

De? gens, comme il fit naître au milieu des épines

Ces belles vierges-fleurs qu'on appelle églanti:.

Oh ! vous étiez si douce, ô vierge; vous étiez

Si belle, que parfois, tenez, quand vous jetiez

Par mégarde sur un passant vos yeux de flamme.

C'est tout le paradis qu'il se sentait dans l'âme;

Et Ton aimait vous voir, comme l'aube des cieux :

Et l'on aurait voulu, calme, silencieux,

Grave, pétrifié -lins la paix extatique,

Comme un grand sphinx rêvant 'un temple antique.

Toute l'éternité vivre • vous !

Oh! l'on aurait voulu vous prier. ux !

Et vous faire un autel au fond d'une chapelle ! Et toujours vous trouver douce ! et vous trouver Et. plein de charme, plein oV a d'émoi,

Pleurer en vous voyant, sans comprendre pourquoi !

« Holà! pour combien d'or, la Belle, est-on à vendre?» Cria l'Homme, en voyant passer la Vierge tendre

Sacrilège! Et le ciel laisse dire cela

fca Vierge -'éloigna sans compr^

a H Pour combien d'or, la Belle, est-on à vendre, dis-je ? Ah! Ton va me répondre?... Oui Une pure merveille, un vrai morceau de roi ! B'aceord. Oui, le bon Dieu sans doute a mis en [u'il pétrit ta chair d'un doigt enthousia- Tout ce qu'il put trc >ur, de chaste,

De suave et d'exquis dans son ciel embaumé !

Oui. pour faire ton front, c'est un matin de mai,

Et. pour faire tes y eux. 'deux astres qu'il dut prendre :..•

Pour combien d'or tout ça. te dis-je, est-il à vendre? »

Alors, la Vierge eu! peur et poussa deux grands cris.

* Allons: dépèche-toi! dit l'Homme, et fais ton prix.

Il ouvrit un sa<^ d'or et plongea ses mains dures.

a Prends! «lit-il. avec ça, l'on a ruban-, guipures, Velours, perles, bijoux, carrosses, alezans ! Prends donc ! On vaut cela lorsque l'on a seize ans... Ce n'est pas assez ?... Bien ! prends encor cette pile. Voici cent pièces d'or:... Non?... en voici deux mille! Non? -'il voici dix mille:... Un million, veux-tu ? Depuis un million ça se nomme vertu.

Non?... c'est de la vertu décidément! Etrange! Ta pour de la vertu! Dix million-, cher ange!

LA Vil-: ET LA MORT

Ah! L'on persiste encore en ses rel Liions ".

A votre aise: J'ai tout le temps. Vingt millions ! N'est-ce pas que cela fait loucher la prunelle ? Non? Soit ! je vais hausser d'un ton la ritournelle. Et le couplet vous va paraître moins criard : Cent millions! Deux cents! Cinq cents! l'n milliard! Holà ! ne tremblez pas, et tenez-vous, que diable!.. Un milliard, la Belle! un tas d'or effroyable, Si grand, si grand qu'on en pourrait faire une tour! Un milliard ! un nom royal, ayant autour, Gomme de grands vassaux dont l'armure chatoie. Honneurs, plaisirs, festins, amour, ivresse, joie ! Un milliard : de quoi rendre saints des bandits ! Un milliard : de quoi forcer le par. dis ! In milliard : de quoi corrompre les étoile-: Un milliard : de quoi, derrière tous ces voiles Qui cachent aux mortels son trône olympien. Aller acheter Dieu comme on achète un chien. Et le tondre, et narguer ses foudres vengeress Pourvu qu'onsonge, après,à commander des mes Pourvu qu'on fasse, mort, chanter sut son linceul! Car c'est lui seul, lui - >ul, entends-tu bien? lui s

En ce monde, en la lune, en la nature entière, Dans les mondes fini? s'écroulant en poussière, Dans les mondes futurs germant - '3:

Lui seul, le roi; lui seul, le dieu : le Milliard !

doux ! le v se dévoile, ô fernm-

Si qu'elle eut lui, la grande Idole ini Vit la vierge au front pur tomber à deux genoux.

misère de nous ! oh ; misère de noi - Oh! malédiction a l'or épouvantable :

Oh ! penser à ceci : tout, quelque respectable. Quelque bon, quelque honnête et quelque virginal Que nous le croyions, tout, tout, tout est vénal!

- prix dh

Oh! j'ai froid crâne

Tu te femme qui naît est une courtisane!

Toute femme, vous dis-je ! Oh ! mon vieux cœur se fend I

Tout ce qui te chérit , vieillard, jeune homme, i . Tout, tout, de quelque nom béni que tu l'appelle Oui, tout ce qu'il est là d'images immortelles, Oui, tout ce qu'on aima, tout ce qu'on respecta Oui,tanlle — oui. ta sœur — oui, ton épouse — oui.

Non! m'écrase le end. si je dis ce blasphème

Et vous lui dites donc : « Milliard, je vous aime : »

. plus chaste qu'un lis. vous plus sainte qu'un dieu ; Et vous avez I

LA VIE ET LA MORT - d'or, ô vierge pure et douce :

i, l'Homme se mit à genoux sur la mousse . Près d'elle, et lui baisa tendrement les deux mai m

inds pommiers en fleurs pleuraient sur les chemins, Inondant les passants heureux de larmes blanc]

a O fleurs, ô ni - phyres, ô branches.

h usons, ù toutes les clartés .

Odorez, gazouillez, resplendissez, chantez! ; Dit l'Homme émerveillé , titubant dans l'extase.

a Viens '. yiens '. fit-il. Jamais, sous le ciel qui s*embrase, Jamais, dans le désert implacable et brûlant. J unais être altéré, jamais tigre hurlant

sier fauve, une soif plus faroucij que j'ai, moi, sur le bord de ta bouche ! »

L se pencha sur elle et but, ivre et pâmé.

■ Souffle délicieux, souffle de l'être aimé,

Qui t'a Lu peut mourir sans regretter la vie :

Dit l'Homme. — Et vous, Seigneur que ma voix glorifie

Oh! quelque lie amère, oh 1 quelque acre poison

Que vous ayez pu mettre, un soir de trahit

Dans la coupe des jours où vous nous faites boire,

N'importe 1 Gloire à vous, Seigneur! a jamais gloire !

Et. pour toujours, béni des hommes soyez-vo

Puisqu'on compassion, puisqu'en pitié de nous ,

Vous laissâtes, au fond de cette coupe infâme,

Ce nectar qu'on appelle une haleine de femin*

Et l'Homme heureux se mil à pleurer dans ses moins.

Puis, comme de ses doigts plus doux que des jasmins

La Vierge lui flattait sa rude chevelure,

Fou , rouge , ivre , un sang bleu marbrant son enci

Le- yeux hagards, les traits crispés, les bras tremblants,

Croyant sentir germer des astres dai

Croyant ruisseler d'i iibe et peupler l'étendue,

tel [u'un lion fuyant, s : Lents peu

Il prit à bras le corps cette vierge, et s'enfuit Eu rugissant de Gloire et d'amour dans la nuit!

Il fuit, superbe, il fuit, plus proinpt.que larafale; Il fuit, jetant aux cieux sa clameur triomphale, Montant coteaux, sautant fossés, gravissant monts ; Il fuit , comme si quelque essaim de noirs démous , Prenant la lune au vol et s'en faisant un cierge, Galopaient après lui pour ravir cette vierge.

Il vit une montagne âpre et l'escalada.

t Jeaiiï-Chribt, Jupiter, Allah. Vichnou, Bouddha! Gria-t-il, tous les dieux triomphants de l'espace, Oh! tous ceux qu'un vénère a genoux, tète Lasse. Oh: tous ceux que l'on prie! oh! tous ceux que l'on craint, * -] loi place en votre ciel d'airain!

rte! et qu'on s'incline ! et qu'on m'honore '. Car c'e^t mui que henit cet univers sonore ! est moi qui dois faire éclore ces soleils!

LA VIE ET LA MORT il.)

• Gai c'est nion nom qu'en haut, dans les brasiers vermeils, Ces astres bourdonnants célèbrent par leur ronde, Car c'est mon nom qu'a dit ta Louche, ô femme blonde î Car c'est pour moi, soleil incarné, que tu luis! Car je suis Dieu, je s*uis omnipotent, je suis Heureux, à tout jamais heureux, ciel ridicule! Puisque moi, l'homme abject, le nain, la molécule. L'atome vagissant, le rien par toi maudit, J'ai pu, d'un bond fougueux, ainsi qu'un grand bandit. Aller ravir, au fond de l'ombre épouvant L'Amour, ce feu divin qu'ignorait Prométhée

L'Amour! Pauvres de nous!

Longtemps, longtemps après, L'Homme couche sur l'herbe épaisse des forêts,

L'Homme ton

L'Homme sentant paupières clo-

Même bouche . 3 hrûl

''mes seins Liane-,

Son même fron ■ par le même délice,

L'Homme buvi urs, dans le même câli

Un vin toujoui et toujours embaumé.

.unie ton le toujours aimé,

Oh! mille, iniL nt misérable,

mmeun chancre incurable, rnel lui i une élira; rier:

a II mr faut...

Il me faut... entends-tu. soleil vers qui je clame?

U.. n'ayan m seul désir dans l'âme.

Plus un seul i seuil...

Oh: mais c'est infernal

Il se mit à genoux sous le grand ciel banal, Morne comme un repu que plus nul mets n'affame

«lime fau Nix-tu m'en donner, femme ?

Et la femme- ne put que le chérir ei

Il in"- faut du nous :- ►nner, or?

Et l'oi

n Terre, vieux .«'le, Lune, vieille lanterne abjecte qui t'éteii

Vieux soleil pâlissant, vieux astre tains, Les mondes blafards qui geignez dans l'es Oh! je vous en supplie ! oh! dil

Est-il chez vous, est -il pour l'H -il encor Quelque bonheur qu'on puis ur de l'or?

El rien ne répondit du ciel grave et paisible>

Alors l'Homme effrayant, comme ver- une cible Bondit sur l'or aia i l?or vain, sur l'or vil.

Venez voii rt •!-. venez voir! rugit-il.

Et. tel qu'un croquemort chargeant des corps verdàtre Il chargea nuitamment ses milliard- jaunâtres, Et, funèbre, il partit avec eux ver- la mer.

Tiens: bois, si tu n'

Et. faisant aux flots bleus

ls pargrands chars lourds et jaune .1 ta, dans ter. tout ton or, tout son or :

Tiens! comme ilfaittrès froid, bois mes habitsenc»

LA VIE ET LA Vi

Dit-il. jetant à Peau ses vêtements do laine.

". Tien- : comme de cailloux aigus la route est pleine, Avale encor, dit-il. mes sandales de cuir:

AJors, râlant, et nu. FHomme se mit à fuir. En déchirant ses pied<. en glaçant ses épauler

-< Mordez encor plus fort, dit-il. ù vent- des pôle- '. Mordez encor plu- fort, dards qui percez mes pied- : Ensanglantez, fendez, déchiquetez, broyez. Réduisez mes orteils poussiéreux^en bouillie ! Oh ! faites-moi bien mal, dards, je vous en supplie. Oh! faites-moi bien mal, vents sini-tres du nord : Sonne dans mes boyaux, ô faim, sœur de la mort. Et fais-moi panteler sou- ta fauve morsure ! Oh ! faites-moi bien mal, Dieu ! je vous en eonjùi

Et, demain, quand j'aurai sur mon dos du verglas, Quand je serai sanglant, affamé, meurtri, las,

quand I

eindront clans leur- -erres Et quand la Mort huera dans mon estomac creux. Mon Dieu, pour qu heureux, oh ! bien heureux !

Plus heureux qu'avec l'Or, et r Amour, et la Gloii Oh ! tellement heureux qu'on ne le puisse croire : Oh ! tellement heureux que j'en devienne fou . . . une un petit pain d'un sou '.

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