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LA MORT DE L'HOMME

Fauvemeut, surchargés de fruits rnûrs et de proie-. Et portant de longs pieux teints de sang dans leurs maim Par les bois drus et verts, sans traces et sans voie-. Allait un troupeau rude et barbare d'humains.

Or c'était la tribu simple et patriarcale De la première Femme et des premiers Enfant-. Marchant, souple.- el mis, vers la grotte amicale, Gomme une troupe allègre et joyeuse de taons.

Ils allaient, vigoureux, mordant de ronges tranches Au flanc des animaux par eux exterminés ; Et le soleil passait sa tète entre les branche-. Gomme un bon aïeul blanc, pour voir ses derniers néi

Voici la grotte. Elle est profonde, elle est choisie : Ainsi qu'un bras, l'enserre un grand fleuve onduleux ; Elle semble l'œil noir d'un roc qui s'extasie Sous la coupole claire et vaste des deux bleu^.

Et . lasse . la tribu sort des forêts et rentre. Sur le seuil, accroupi, les deux genoux tremblant: Le front hâve et chenu retombant sur le ventre . Grelottait un vieillard étique à cheveux blancs.

« Père . voici pour toi de la chair neuve et tendre Mange ! ■> dirent les Fils d .A leur butin.

- le vieillard chenu ne semblait pas entendre, Et restait taciturne au milieu du festin.

« Ami. voici pour toi des fruits à chair suave : Mange! » annonça la Femme à l'Epoux Lien aimé. Mais le vieillard chenu resta rigide et grave Au milieu des fruits d'or à l'arôme embaumé.

Alors tous. Femme et Fils, on tumulte approcheront. « Qu'as-tu? parle: qu'as-tu? o dirent-ils. anxieux. Et leurs fronts chers et doux sur son front se penché Et le vieillard sentit leurs baisers sur ses veux.

Il releva les cils , il redrossa la tête . Il regarda les cieux, les eaux, les bois, les monts . Et, d'an souffle éperdu, comme si la tempête Avait hué, lugubre, à travers ses poumons,

Il poussa vers le vide un grand soupir farouche , Un soupir qui parut plein de vogue- adieux ; Et puis sa voix sembla se voiler dans sa bouche , Et puis l'azur sembla se ternir don- ses yeux;

Et puis il dit, très bas : « Venez . venez de grâce !

Et puis il dit : a Serrez-moi fort . serrez-rnoi Lien ! »

Et puis : Ouvre tes bras. Femme, que je t'embrasse !...»

Puis : a Merci: Puis : J'ai froid ! , Puis rien ! Jamais plu- rien

Et doucement tomba sa lourde tète blanche : E^ s'affaissa son corps sur la mou^e et les fleurs : Et doucement tomba, d'un arbre, une avalanche De feuillages jaunis comme de larges pleurs.

a Parle ! dirent les Fils . ta parole est chérie! Oh! vois : tous à genoux, Père , nous t'embrassons : — Parle ! lui dit la Femme , oh ! parle, je t'en prie ! i Mais le vent seul parlait au loin, dans les buissons.

" Vois-nous ! dirent les Fils, relève les paupières ! Oh! tes yeux sont si iIdux, et leur regard si pur! — Vois-moi ! cria la Famine, oh 1 entends nos prières!» le ciel seul sur eux épanchait son azur.

a Tarie, vois, marche, vis! Oh] recouvre ton âme! Hoquetèrent les Fil> pleurant à son chevet. — 0 mon Époux, revis! revis! clama la Femme, d Mais le re-te du monde, héla-! seul survivait !

Et tous, tremblants, emplis de terreurs inconnu

Restèrent cloués là. stupides sous le vent .

A regarder les bois, et les fleurs, et les nues.

Qui brillaient, et fleuraient, et chantaient, comme avant

o Ah! non! lança la Femme, ah! non. cienx exécrable Cela ne se peut pas, c'est faux, c'est insensé! » Et, funèbre, arrachant ses cheveux misérables , Elle se dirigea vers le vieillard elacé.

Elle le prit, à bras le corps , sur ses seins vides; Elle restreignit , âpre etfauve, sur ses flancs, Frottant ces chairs de marbre avec ses chairs avides, Et chauffant ces reins froids avec ses reins brûlants

5, marche .vis ! je le veux! crio-t-elle. Souviens-toi des matins voluptueux et doux Où nous allions ainsi, toi. puissant, et moi, belle is le resrar ix émerveillés sur nous

« Oh! ' mme jadis rougeoie!

Viens comme tu venais: Viens; nous retrouverons,

Dans les même- ravins pleins de la même joie,

a -mies pommiers blancs qui neigeaient surnos fronts.

rin temps, voulons vous revoir! il le faut, n'est-ce pas? Mon Dieu, que deviendraient sans nous ton trait luire là-':

Non : Fie . 5! luis, lum me :

Vois : l'Homme marche seul, comme au temps ancien'

I dan- m liez : que je le traîne,

Oh ! non : .T . enfants , il marche bien !

« Il marche; il va parler! Oyez-vous? Il me cause Oh! .j'entends bien, allez! c'est sa voix d'autrefois! Ce n'est point le zéphyre harmonieux qui Oh! non ! Je vous assure, enfants, c'est bien sa voix :

a Et puis il me regarde] et de plaisir je pleure ! Oh! c'est bien son regard, allez! que je -eus là ! Ce n'est point un rayon de soleil qui m'effleure. Oh! non! Je vous assure... enfants... » Elle trembla.

Et . laissant retomber l'Époux inerte et blême, Les poings au ciel, les yeux injectés, elle dit :

3t faux, il ne vit pas ! Anathème ! anatbè Et croule le soleil sur mon crâne maudit !

« Venez ! dit-elle ensuite à ses enfants m Venez! entourez-moi . mettez-vousà genoux : Je vais parler au Maitr : universel des ch<

A Celui dont le ciel est l'œil ouvert sur nous.

Et, vibrante, elle dit : « 0 toi que tout implore '. 0 toi qui tiens le monde asservi sous ton pie , Dont un pleur est la mer, dont un rire est l'aurore , As-istance! a-sistanc^ '. ô Maître, prends pitié!

« Tu fais naître le ver. tu fais pousser le hêtre, Tu fais fleurir l'étoile en l'air extasié : Tu peux bien, si tu veux, faire revivre un être !... Assistance ! assistance ! ô Maître, prends pitié !

« Obi si tu ne veux pas que nos cris t 'assourdi - Que noire voix te bue au ciel terrifié, Que les fils de nos fils à jamais te maudis- Réveille l'Époux froid ! Assistance ! pitié :

iennelleinent, ayant baisé la terre, Ayant frappé, trois foi:-, le sol de leur< fronts 1 Ils regagnèrent tous la - «litaire,

Et vinrent voir r Aïeul : l'Aïeul dormait toujours.

Et la Femme pâlit alors, et. sans un râle,

Tomba, de tout son long, près de l'Epoux dormant. Et les Fils, pour dormir comme leur père pâle, S'allongèrent aussi sur le sol, doucement.

Et rien ne bougea plus. Et le soleil superbe Leur jeta tendrement (Técarlates adieux.

Et puis les fleur- d'azur s'inclinèrent dansTherbe : Et puis les astres d'or jaillirent dans les deux.

Puis s'abaissa la nuit. Puis s'élança l'aurore. Puis ruissela le jour sur les roses sommets. Puis bourdonna la vie éclatante et sonor Et. près de l'Aïeul froid, rien ne bougeait jamais.

Mais, s'élevant soudain, une voix dit : « Écoute!

— Ecoute! m répondit, au loin, une autre voix.

Et tous les yeux— hors deux— s'ouvrirent sous la voûte;

Et tous les corps — hors un — bougèrent à la

Et tous semblaient ouïr des musiques flottantes, Et retenaient leur souffle en leurs poumons charmés. Et les chansons des flots s'en allaient, plus chantantes, Et les parfums des fleurs montaient, plus parfumés.

Et la Femme et les Fils écoutaient, sur la mousse: Et des larmes brillaient dans leur œil adouci; Et ce qu'ils entendaient était une voix douce. Une voix douce, et chère, et qui disait ceci :

Allez, allez gaîinent dans la clarté qui vibre!

më au ver froid qui le mord.

Ne pleurez pas, amis : je suis heureux et libre; Ne pleurez pas, chantez! je suis heureux et mort.

a Je vous vois par l'azur, je vous parle par l'onde. Je vous suis parla brise enle^ cieux éclata Je \ n haut par la lumière blonde,

Et je vous aime, amis, par les fleurs du printemps !

« Allez! vivez! croissez! prospérez, innoinhEables !

Recouvrez tout le sol de vus fourmillement-:

Et, quelquamers que soient les cieux impénétrables,

Soyez joyeux, soyez virils, soyez aimants!

c Et plus tard, quand fuira l'âme sereine et la Lorsque vos corps fangeux crouleront à leur tour. Tous heureux, tous unis, nous irons dans l'espace, Azur, brise, chansons, parfum-, lum or! »

Et les Fil-, se levant, allèrent dans la Vie.

Et formidablement, sans répit, dopais 1

La race humaine vit-, meurt et. se putréfie;

Et l'air prend des esprits, et le sol prend des corp

Hélas! et c'est pourquoi le Poète farouche Sent jaillir, de nos jours, tant de pleursd eux :

Dans tout ce qu'il voit, flaiiv. entend, respire et i uche, Il trouve la poussière errante des Aïeux.

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