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LE PARADIS

Sire Dieu, si là-haut je mérite une place

Dans votre paradis, Oyez, oyez, avant que ma vieille âme lasse S'envole de mon corps comme d'un vil taudis

Ce qu'ici je vous dis.

Sire Dieu, j'aime assez les femmes de la terre, En voit-on dans les cieuiï

Moi, si je suis élu, je n'en fais pas mystère, JVn voudrai voir passer des rangs drus et joyeux Sous mes augustes yeux;

Passer, passer toujours, a la nie, a la ronde.

Tellement, tellement Que tout mon horizon soit empli de chair blonde M'entourant, m'efîleurant, m'exaltant, ni' embaumant

Au fond du firmament !

Fi des concerts sacrés, des célestes dictâmes!

Sire Dieu, je le dis :

Voir dénier là-haut des corps de jeunes femmes, Interminablement, sous mes yeux agrandis : Voilà mon paradis!

Sire Dieu, j'aime assez boire des vin- de France. Mettez-m'en de coté.

Combien? Jugez vous-même. Hélas! j'ai l'assurance Qu'il m'en faudra beaucoup, beaucoup en vérité Pour une éternité!

Sire Dieu, je boirais, faute de vin, des choses,

Oh! des choses, là haut !...

Je boirais, le matin, votre aurore aux flots roses 1 Et je boirais, le soir, votre soleil rougeaud, Ainsi qu'un grog bien chaud 1

Et votre clair de lune ainsi qu'un lait d'ânesse!

Sire Dieu, je le dis :

Boire, boire gaiment; boire, boire sans cesse: Trinquer avec des saints aux ventres rebondis :

Voilà mon paradis

*ire Dieu, j"aime assez faire des vers fantasque

Or, pour les copier,

Vous me trierez là-haùt, sans brouillards, urrasques

Quelques-uns de vos ;elat printanier :

J'en ferai mon papier.

Trempant ma plume alors dans les nuits violettes,

J'écrirai de grands ver?

Ponctués de soleils, virgules de corn Guillemetés avec des arcs-en-ciel dr

Parla tempête offerts.

Et j'irai, les chantant au fond des voûtes blei

Sire Dieu, je le dis :

Foire d'énormes vers, longs de cent mille li Qui seraient seulement par lalu ilà mon paradis

Sire Dieu, j'aime... Quoi? Bien des choses enc J'aimerais rire, hélas !

Rire éternellement d'un grand rire sonore. Rire pour tous les jours où. dolent, triste ri las, J'ai pleuré sans soûlas!

Vous me ferez donc rire. ô Dieu ! rire, encor rire.

Par éclats sans pareils.

Jusqu'à ce que mon ventre éperdu se déchire, Et que mes fols débris se transforment, vermeils.

En hilares soleils 1

Et j'irai, vague, épars, multiple, inerte.

Vont les globes tiédi Je ne penserai plus, je ne serai plus homme.. Sire Dieu. Sire Dieu ! peut-être est-ce là, dis.

Le seul v rai p a r a d i s ?

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