‹ La vie & la mortChapitre 42 sur 43 · L'ENFER · texte numérisé non relu

L'ENFER

C'était aux temps premiers, ingénus et m;

Où Dieu se dévoilait, encore au genre hum

Et, par vols, envoyait aux mortels extatiques

Des anges blancs et doux qui leur donnaient la main,

Or, dans un bois sonore, au bord de la mer pi Et flamboyante ainsi qu'un miroir aveuglant. Un homme regardait le soleil écarlate S'engloutir dans les flots comme un guerrier sanglant.

Et, quoique ce vivant lut meurtri par la \

Et quoiqu'il eut parfois îfifert,

L'eu ntelant se fer,

homme alers sourit aux fleurantes ramures Et leva vers le ciel des bras approbateurs,

me pour embrasser des nids et des murmures, Applaudir des rayons et baiser urs.

: yeux pleins de lumières, Le front plein d'hosannas, le cœur plein de sanglot-, Émerveille- de vivre et fondant en prières Pour les eieux.pour les nids, pour les champs, pour les flots,

; et vibrant comme une énorme lyre Ai tant de] s et tant demajest

Vit v înir, s : v. empli d'un sourd délire.

des beau

Une femme très jeune, et très douce, et très blonde,

Et si belle que l'Homme ébloui ne vit plus

Le tragique soleil disparaître dans Tonde.

Tel qu'un fruit d'or qu'auraient happé les flots goulus.

Ahl dégringole, va, soleil terne et morose! Et plonge dans la nuit ton vieux front de carmin!... Elle avait un iront tendre, elle avait un front rose Qui semblait épancher de l'aurore en chemin!

Chevelures d'azur des vagues murmurantes, Tordez-vous sans répit, tordez-vous sous le ciel !.. Sa chevelure avait des trêves odorante- Qui semblaient exhaler du printemps et du miel!

Vive Dieu! Vive Dieu! cria l'Homme. Et. trè> pâle. En voyant le regard dont elle réclaira, Plus tremblant qu'un larron con-terné qu'on em] Il se mit à genoux devant elle, et pleura ;

Pleura, pleura longtemps; pleura, pleura, stupide; San? rien dire, sans rien penser, pleura sans (in! Oh! la vie est absurde, illogique, insipide ! Triste, on pleure; joyeux, on pleure !... Et c'est divin :

Or le soir s'emplissait d'étoiles palpitantes. Et. comme c'était l'heure où les anges des cieux Consolent les mortels prosternés sous leurs tentes. Elle essuya ses pleurs en lui baisant les yeux.

L'Aurore! Éveillez-vous. 6 choses sommeillante-: L'Aurore! Éveillez-vous, ô couples fraternels! L'Aurore! Et \c^ forets, blêmes et tressaillant

Étirent leurs bras noirs vers les cieux solennels.

L'Aurore! Et de clarté le solvibranl s'affame.

L'Aurore! Et l'océan, famélique et vermeil, S'émeut, s'élève et s'enfle, ainsi qu'un sein de femme, Dans l'attente anxieuse et fauve du soleil.

Et les cimes des monts flambent comme des phares ! Et toute la nature éclate de bourras ! L'Aurore! Et, sous le ciel traversé de fanfare L'Homme s'éveille avec la Femme dans ses bi

Aurore, amour, jeunesse, extase, gloire, vie!... — Soudain, comme on verrait surgir un éteignoir, Sur le jeune soleil qui chauffe et vivifie, L'Homme vit s'avancer un grand spectre tout noir.

— Qu'es-tu, spectre blafard dont l'ombre terrifie? Cria l'Homme, les bras tordus de désespoir. [Aurore, amour, jeunesse, exto.se, gloire, viel...

— Je suis la Mort! lui dit le grand spectre tout noir.

— La Mort, dis-tu ? — La Mort : — Que nous veux-tu ?— La vie ! Oh : l'Homme prit la Femme eu ses bras, sans savoir, Et. dans la plaine en fleurs, lumineuse et ravie, S'enfuit pour échapper au grand spectre tout noir.

— Je ne veux pas mourir : implore-t-il, non, grâce! J'aime, je suis heureux, je ne veux pas mourir î Mais le grand spectre noir le poursuit, le narrasse,

Et l'Homme épouvanté se remet a courir.

Il s'élance, il s'essouffle, il galope, il dévore

Lus Lois roux, les monts noirs, lesprés verts, les champs blonds: Il galope, il galope, éperdu, dans l'aurore, Et le spectre, toujours, lui galope aux talons.

Il s'enfonce en des trous, il gravit des monts chauves : Et toujours, sur les monts, et toujours, dans les trous, La. Mort noire le traque en faisant des bonds fauves, Dévorant les champs blonds, les prés verts, les buis roux !

Elle court, elle approche, elle est là! Lors, livide. L'Homme pend à son cou ses tremblantes amours, Et, levant ses deux bras convulsés dans le vide : — Au secours, Dieu du ciel 1 clame-t-il. Au secours!

— One veux-tu ? lui dit Dieu de sa voix débonnaire.

— Un cheval pour m'enfuir ! répond l'Homme en tremblant,

— Le voici! Dieu repart dans un bruit de tonnerre,

Et, du haut des cieux bleus, tombe un grand cheval blanc.

— Ah! victoire! sauvés! chante l'Homme extatique. Et, pressant sur son cœur son far leau bien-aimé, Il enfourche d'un bond le cheval fantastique Et s'élance en hurlant dans l'espace enflammé!

Hop! là, hop ! Et, terrible, emporté, gigantesque. Le cheval l'ait tinter, comme un chant de marteaux. La mesure à trois temps d'un galop titanesque Eclatant tout à coup à travers les coteaux.

Hop! là. hop! Et les monts, les plateaux, les vallées Tourbillonnent, s'en vont, de plus fort en plus fort : Les poumons haillonneux, les paupières briL L'Homme tourne la tête : et toujours voit la Mort.

Oh ! la Mort ! oh ! toujours la Mort noire qui vole, Et le suit, et le traque, et l'attrape, et le prend ! — Au secours. Dieu du ciel! clame-t-il. la voix folle. Et la Femme l'étreintdans ses bras en pleurant.

— Que veux-tu? — M'envoler! — Eh bien vole! Et deux ailes Soudain poussent au dos flamboyant du cheval, Qui se dresse, éclabousse un mont noir d'étincelles, Et s'envoie en l'azur d'un essor triomphal.

Il .-'élève, il s'élève au-dessus des villages,

Et des champs, et des prés, et des bois qu'un vent tord ;

Il s'élève, il s'élève, il atteint les nuages !

L'Homme tourne la tête : et toujours voit la Mort.

Il s'élève : il franchit les nuages difformes ; Il s'élève : un froid noir le lancine et le mord : Il s'élève : il atteint les planètes énormes... Il regarde : et toujours, après lui, voit la Mort.

Il s'élève : il atteint le soleil formidable ! Il regarde : la Mort '. Il s'élève : un effort Le projette, effaré, dans le tas innombrable Des étoiles... La Mort ! sur chacune, la Mort !

Et toujours, en tous lieux, quoi qu'il fasse, où qu'il coure. Au levant, au couchant, au midi comme au nord, Elle est là qui le suit, le harcèle et l'entoure, Car la Reine des ci eux pleins de vie est la Mort ;

— Nous voulons vivre encore ! Elle m'aime et je l'aime ! Pleure-t-il, en scandant son galop furibond. Dieu du ciel, accourez ! reprend-il, le front blême. Mais le ciel reste sourd et nul Dieu ne répond.

— Anathème ! Ah ! que tout 5e disloque et trépasse : Rugît l'Homme aux abois. Puis, râlant, haletant :

— Si quelqu'un peut dompter cette Mort dans l'espace. Qu'il se montre : fait-il. — Me voici : dit Satan.

— Prends-nous donc: Et n'importe à quel prix, fais-nous vivre

— Vous vivrez ! dit Satan dont l'œil flambe d'espoir. Et. faisant éclater un hennissement ivre.

Tout a coup, des cieux bleus, tombe un grand cheval noir.

—Gloire à toi ! Gloire à toi 1 crie alors l'Homme au Diable. Il enfourche la bête aux crins longs et moin Qui se lance à grands bonds dans l'abîme effroyable En ruant au milieu des soleils effaré

Oh ! vertige ! stupeurs ! visions san3 pareilles 1 Milliards d'astres clairs s'enfuyant, tout d'un trait. Dans le vent de la course, et sifflant aux oreilles, Comme un vol de cailloux qu'un enfant jetterait !

Oh ! vertige! Et toujours, on s'engouffre, on s'engouffre :

On arrive en du vicie, en du noir, en du fi

Où la bète, plongeant ses gros yeux pleins de soufre,

S'échevèle, et hennit, et se cabre d'effroi !

En du vide, en du noir, en du froid, où. livide. L'Homme plus rien n'entend, rien ne sent, rien ne voit, Emporté dans du froid, dans du noir, dans du vide. A chaque heure plus vide, et plu- noir, et plus froid !

Et. toujours, l'on s'engouffre, et l'on fuit, et l'on plonge !

— Tout à coup, dans le vide. un grand bruit. un grand feu. Tout le noir se déchire, et l'on voit, comme en .songe, Un grand glèbe doré surgir, calme, en l'air bleu!

Une Terre ! une Terre à la nôtre pareille '.

Et le fier cheval noir, d'un grand saut de titan.

Jette à bas, inondés de lumière vermeille.

L'Homme et la Femme en pleurs criant : Gloire à Satan !

.^atan vient. Ce

— M'. viviez a?

Leur dit-il

:st vivant!

! Lucifer.

Et l' Homme alor^ blêmit et hurla d'épouvante I ennn que la Vie est L'Ente

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