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L ÉGLISE ET LE THÉÂTRE

mode avant que ce ne fût Napoléon. Du Vaudeville au Cirque d'Hiver, ce n'étaient (jue tableaux de la Passion. Le prêtre avait remplacé, dans le rôle de raisonneur, les notaires et les médecins des pièces d'antan. Chaque soir, devant le trou du souffleur, on récitait l'oraison dominicale. Si, d'ailleurs, des esprits chagrins faisaient mine de trouver ces exhibitions choquantes, les auteurs protestaient de leurs bonnes inten-^ lions. Ils assuraient qu'en mettant à la scène les choses du culte ils étaient restés très respectueux. Ils étaient de bonne foi. Ils oubliaient seulement que, d'avoir mis la religion à la scène, cela suffit pour avoir manqué au respect qui lui est dû.

Car on aura beau dire, l'endroit est profane. Bossuet Ta montré dans un de ses

plus admirables écrits, et qui n'est pas moins admirable par le bon sens et par la justesse des vues que par son éloquence. Au théâtre, tout est disposé pour la glorification de la vie extérieure. Les bruits du ' monde y sont recueillis et grossis. C'est un spectacle destiné à amuser l'esprit par sa variété. C'est un divertissement et qui nous divertit des pensées dont l'homme religieux ne doit jamais se détourner. N'y a-t-il pas moyen d'exercer par le théâtre une action sociale et morale ? Cela même est matière à discussion. Mais la morale qu'on peut recommander par les moyens qui appartiennent au théâtre est tout humaine. Maintes fois les docteurs de l'Église ont voulu user d'indulgence visà-vis des distractions du théâtre qu'ils

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voyaient prendre une si grande place dans la vie moderne. Ils ont dû reconnaître leur erreur. C'est quand elle met le théâtre en interdit que l'Église est conséquente avec son principe.

Je dirai toute ma pensée, avec d'autant plus de liberté que je la sais parfaitement hérétique et que je vous la donne pour telle. Ce qui est vrai du théâtre dans ses rapports avec l'Église, il me semble qu'on pourrait l'étendre à la littérature tout entière. J'ai souvent constaté chez les personnes pieuses une défiance à l'égard de la littérature, qui se traduisait, comme il est naturel, par le dédain. Je n'ai pu leur en savoir mauvais gré. La littérature ne vit que de nos passions. Elle a été inventée pour nous en donner le spectacle, pour ea

redoubler et pour en prolonger les tortures délicieuses et les mortelles séductions. Elle développe en nous, et souvent elle y crée, justement ce que le christianisme s'efforce d'en arracher. Prétendre que la religion et la littérature sont deux ennemies, c'est un sûr moyen pour se faire lapider par beaucoup de gens. Mais peutêtre n'est-ce pas une raison pour taire ce qu'on croit être la vérité.

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