LE « NOUVEAU JEU » EN DIPLOMATIE
ce qu'il voulait savoir, et que l'entretien avait assez duré, M. Calmette demanda au roi la permission de se retirer. Jadis il eût été obligé d'attendre que le roi lui fît signe et lui indiquât que le moment était venu de prendre congé.
Il est clair qu'étant donnée cette allure d'une causerie déboutonnée, le roi Humbert ne pouvait essayer de jouer au plus fin et de faire le renfermé. Il n'y a pas songé. Il a parlé à cœur ouvert. Il a parlé de son armée et de son budget. Il a livré ses secrets et exposé ses projets. Il a suffi pour cela qu'un reporter fît le voyage. Tout de même, comme c'est simple!
Il est aisé, d'ailleurs, de comprendre les avantages qu'a le nouveau jeu diplomatique sur l'ancien. Un souverain qui se trouvait
en face d'un ministre pouvait affecter des airs de supériorité. En présence d'un journaliste il est moins à son aise. On a beau être assis sur un trône on ne se soucie pas d'être éreinté par une feuille d'un fort tirage. ^
Surtout, il est certaines particularités curieuses qu'un homme de notre métier est seul capable de noter et de traduire. Il y a dans l'article de M. Gaston Calmette une perle qu'on ne saurait enchâsser trop précieusement. Il paraît que le roi Humbert vint à prononcer les noms de Solférino et de Magenta. M. Calmette fait cette remarque : a Sa Majesté prononce Madjennta... » Ne voilà-t-il pas un trait curieux et qui valait la peine d'être relevé ? Le roi d'Italie prononce à l'italienne les mots italiens.
LE « NOUVEAU JEU » EiN DIPLOMATIE 39
Les biographes, plus tard, feront bien de ne pas omettre ce détail. Pour notre part, nous souhaitons que M. Galmette n'en reste pas là de ses révélations sur les cours étrangères. Et, par exemple, il serait intéressant de savoir si, par hasard, la reine Victoria aurait l'accent anglais.