COMMENT DISPARUT LA POPULATION PARISIENNE
... Cette année-là un vent de tristesse souffla sur Paris, ainsi que s'expriment les poètes. La ville joyeuse et réputée pour être la capitale du « monde où Ton s'amuse », Paris était devenu morne. Ceux qui jadis avaient connu la « vieille gaieté française » en parlaient aux générations nouvelles. Mais on ne les croyait pas. On s'était déshabitué de rire. Un certain Sarcey se fit une réputation parce qu'on le voyait s'amuser au théâtre. En vain le gouvernement, dans sa sollicitude, tâchait
de porter remède à cette épidémie d'un nouveau genre. Le régime parlementaire fonctionnait. On décorait les vaudevillistes. Tout fut inutile. Les Parisiens ne voulaient pas se laisser distraire. C'était comme une lassitude universelle. Une atmosphère d'ennui s'était partout répandue ; et elle était intolérable. Les bêtes elles-mêmes ne pouvaient la supporter. Deux orangsoutangs qui arrivèrent à Paris vers cette époque y périrent dans les huit jours.
C'est pourquoi les Parisiens prirent: la vie en dégoût. Ils résolurent de se donner la mort. Le nombre des suicides augmentait dans une proportion régulière. Les statisticiens étaient dans la joie.
Les moyens ne manquaient pas pour se débarrasser de l'existence ; mais tous pré-