‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 116 sur 158 · UUre à Maleêherbes · texte numérisé non relu

UUre à Maleêherbes

— 2. Bachaumonx, 26 juillet 1770. — Lettre à Saint-Oermain,

11 septembre 1770. — 3. lettre à Rey, 9 septembre 1770. — 4. Lettres du prof. Prévost,

3° Une Lettre an botaniste Gouaji^ 26 décembre 1769 •;

4* Neuf Lettres à M, de la Tourette, 1769-1773;

5° Trois Lettres à M, de Malesherhes, la première en 1762, les deux autres en 1771 ;

6° Huit Lettres à A/"' Delessert, 1771-1773 ;

T Une Lettre à Vabbé de Pramont,iS avril 1778;

8° Enfin des Fragments pour un Dictionnaire des termes d'usage en botanique^.

On peut y joindre une Lettre à Linné , 21 septembre 1771.

La plupart de ces lettres sont de simples causeries avec des amis. On y voit qu'à plusieurs reprises, il a voulu abandonner la botanique, mais qu'il y est toujours revenu, et a même cherché à en tirer parti en faisant de petits herbiers pour les amateurs'. Il ne parait pas qu'il en ait vendu beaucoup, et ceux qu'il a faits, ou auxquels il a contribué pour M. de Malesherbes, pour M"' de Portland, pour M"' Delessert, ne lui furent sans doute pas payés, du moins directement.

Les lettres de Rousseau à M"" Delessert sont ses meilleures et forment le commencement d'un cours suivi et méthodique. M"' Delessert était la fille de M"" Boy de la Tour. On sait que Jean-Jacques tenait en grande intimité toute cette famille. Happelait M""" Boy de la Tour, ma tante ^ et M"° Delessert, ma cousine. Cette dernière servait quelquefois d'intermédiaire auprès de la tante Gonceru, à qui

1. Publiée par A. Grasset, dans sa brochure : J tan-Jacques Rousseau à Montpellier, 1854. — 2. Ces diverses productions sont ordinairement

réunies ensemble dans les œuvres de Rousseau. — 3.

Lellres à Malea fiertés, 1771 et 11 novembre 1771.

Jean-Jacques continuait à payer une rente de 100 francs*. M"*® Delessert avait elle-même une fille, à qui elle désira donner quelques connaissances en botanique. Jean- Jacques se charg'ea de ce soin et adressa à son amie huit lettres très élémentaires, comme il convient à une enfant, mais claires, précises, pleines de charme et quelquefois de poésie. On les compléta plus tard ; on y ajouta des dessins pour Tintelligence du texte ; c'était peut-être leur donner une importance qu'elles ne comportaient pas.

Le plus faible des travaux botaniques de Rousseau est son Dictionnaire ou, pour parler plus exactement, les Fragments de son Dictionnaire, œuvre toute de définitions, qui n'a même pas pour se relever, et ne pouvait guère avoir le charme du style. S'il était plus complet on pourrait dire que c'est un assez bon cahier d'élève. U serait toutefois injuste de le juger à la rigueur. Il n'est pas prouvé en efiet que Rousseau le destinât à la publicité, et, dans tous les cas, il ne pouvait songer à le faire imprimer dans l'état où il l'a laissé. Le Dictionnaire a également été complété et décoré du titre de Botanique de J.-J. Rousseau, il ne méritait assurément pas cet honneur.

Smith a donné à une jolie plante d'Amérique, voisine des convolvulacées, le nom de Rousseau : Roussoea simplex.

Parmi les autres occupations de Rousseau, il ne faut pas manquer de compter les visites à faire et à recevoir, les dîners dont il lui fallait prendre sa part, les nouvelles relations d'amitié qu'il lui plut

1. Lettre à Jlf"* Delessert, s. [ trospective de 4854. d. PubUée dans la Rewie ri-

de contracter. Il ne garda gxière de ses anciennes intimités que M. de Saint-Germain. Il resta aussi en relations avec Rey, lui exprima le regret de ne ravoir pas vu à Paris, lui adressa des conseils sur Féducation de sa filleule^ des recommandations et des reproches sur la manière dont il éditait ses œuvres et dont il gravait la musique du Devin. Les 300 francs de rente que Rey payait à Thérèse n'étaient sans doute pas étrangers à la continuation de ces rapports *. Sauf ces deux exceptions, Jean- Jacques oublia ses anciens amis, Dupeyrou, M""* de Verdelin, qui pourtant, en 1771 , lui écrivit encore une lettre bien affectueuse *. En revanche, il fit de nouvelles connaissances. On était étonné de voir comme il s'était humanisé du jour au lendemain. « Quelques gens, satis doute ses ennemis, dit Bachaumont, prétendent qu'il a extrêmement baissé ; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il est beaucoup plus liant. Il a dépouillé sa morgue cynique, se prête à la société, va manger fréquemment en ville, en s'écriant que les dîners le tueront'. » « Il va beaucoup dans le monde, dit Grimm, et a déposé sa peau d'ours avec son habit d'Arménien*. » Son métier de copiste de musique le mettait naturellement en rapport avec des personnes de toute sorte. Bien des gens désireux de le voir trouvèrent là un prétexte pour s'introduire chez lui et satisfaire leur curiosité. Parfois il s'en apercevait et se prêtait à une supercherie qui, en définitive, tournait à son profit". D'au-

1 . Lettres de Rousseau à Rey^ 24 mars, 9 juillet, i^t octobre 1771, 14 juin 1772,41 octobre 1773, etc. — 2. 24 août 1771 . — 3.

BA.CHAUMONT,22juiUetl770;—

Lettre de Rousseau à la Tourette^ !•' juillet 1770. — 4. Corresp.

littér., 15juUletl770. —5. D'Et- MAR , Mes visites à J.-J. Rousseau.

très fois, il éconduisait brutalement les visiteurs importuns et se renfermait strictement dans les termes de sa profession.

Au bout d'un ou deux ans, il s'ennuya de ce mouvement mondain, cessa de faire des visites et prétendit reprendre son existence solitaire. Bien plus^ il laissa pour ainsi dire toute correspondance. Il est à remarquer en effet qu'à partir de 1772, il existe fort peu de lettres de lui. Sans doute la crainte de se trouver en rapport avec les agents de la conspiration qui le poursuivait, contribua à cette résolution*. Cependant, s'il lui plut d'interrompre des relations qui le gênaient, il n'eu faudrait pas conclure qu'il ait mené une vie bien solitaire. Il eut toujours, au contraire, un petit nombre d'amis très assidus auprès de sa personne '. Mais en dehors de ce petit cercle restreint, il devint très difficile de pénétrer jusqu'à lui. On raconte à ce sujet une anecdote assez piquante. Un jour, un de ses amis intimes, Corancez, n'osant lui présenter une jeune Anglaise de sa connaissance, ne trouva rien de mieux que de la faire passer pour la bonne de ses enfants. Thérèse, d'ailleurs, que Jean-Jacques appelait son Cerbère, avait toujours eu la manie de l'occuper à elle seule et veillait à écarter de lui ceux qui étaient simplement des amis, pour ne laisser pénétrer que les gens qui pouvaient être un profit pour le ménage.

La critique, toujours en éveil, avait raillé la misanthropie de Jean-Jacques ; quand il voulut chan-

1. Lettre à Af— X., 14 août 1772.— 2. $• Dialogue. — Lettres de BotMseau à Saint-Oermain,

7 janvier 1772; à Milord Harcourt, 16 juin 1772; à Rey, 15 septembre 1773.

488 Lil VIE ET LES OEUVRES

ger de manière d*ètre, on railla son changement. On jasa sur la jolie mercière, sa propriétaire , qui, n'en déplaise à sa gouvernante , lui tenait lieu de tout * ; mais il ne faut voir là qu'une simple plaisanterie ; on parla de ses soupers chez Sophie Arnould, avec Télite des petits maîtres et des talons rouges *. Quoique, d'après M"" de Genlis, Rousseau allât rarement souper en ville, il fit en effet plus d'une fois exception en faveur de la célèbre actrice. On aurait pu se moquer encore de ^a simplicité et de sa familiarité avec une autre actrice qui habitait la même maison que lui. Il parait qu'en passant devant sa porte, il aimait à s'attarder pour rire et bavarder avec elle, et aussi pour lui donner des conseils. La jeune fille, qui ne le connaissait pas et ne le connut peut-être jamais, le traitait très cavalièrement. Un jour elle lui sauta sur les genoux et lui mit du rouge malgré lui ; et Jean-Jacques de se sauver en riant comme un fou •.

On peut, à ces relations qui n'avaient rien de bien intime, en joindre plusieurs autres : quelques personnes sur lesquelles Jean-Jacques exerçait son talent de moraliste ; un jeune homme qu'il détournait du suicide * ; un autre à qui il donnait des conseils * ; une dame à qui il traçait des règles pour l'éducation de son fils*; et parmi ceux qui venaient chez lui, un Gascon nommé Audrioud^ qui, d'après d'Eymar, était dans sa maison sur un pied de grande familiarité et ne se gênait nullement pour le contre-

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