GORANGBz raconte le même trait
se mit à la tourner après lui. Le diner fut simple, mais délicat, et surtout d'une singulière prop^té. On fit honneur au vin d'Espagne. Rousseau versait souvent à son convive et se tenait lui-même sur la réserve. Ne voulait-il point ainsi lui délier la langue, Tobserver et le mettre à la question ?
Au diner de Dusaulx la société était plus nombreuse. A quelques nuages près, s'écrie Dusaubs:, mon Dieu, qu'il fut aimable ce jour-là, et comme il se connaissait peu, quand il prétendait que la nature lui avait refusé le don de la parole ! Tantôt enjoué, tantôt sublime, il débordait comme un torrent impétueux. Avant le diner, il avait raconté d'une façon charmante quelques anecdotes tirées des Confessions, A la vue de ses livres , il s'émut ; mais il en parla avec une liberté d'esprit incroyable^ et la conversation ayant été amenée sur les auteurs vivants, il les caractérisa, même Voltaire , avec une impartialité et une justice qui montraient combien il était supérieur à la jalousie.
La veille, Dusaulx l'avait conduit chez Piron. Piron était malin et n'avait pas toujours ménagé Jean-Jacques ; mais il fut pris d'un tel enthousiasme en le voyant, il lui fit tant d'amitiés, qu'un aussi bon accueil pouvait passer pour une amende honorable. Cependant Rousseau resta gêné avec Piron ; les saillies, l'esprit mordant et caustique de celui-ci, lui en imposaient ; peut-être aussi avait-il ses anciennes épigrammes sur le cœur.
Dusaulx raconte longuement, trop longuement, l'histoire de sa rupture, comme s'il s'agissait d'un événement important. Au fond, la chose fut bien simple. Jean-Jacques fut pris de ses défiances ; une correspondance pénible fut échangée et ne fit qu'ai-
DE JKAN-JACQUSS ItOUSSEÂU. 497
grir son esprit ; une rupture était inévitable, et; en effet, après quelques essais de réconciliation, tentés par Dusaulx, elle ne tarda pas à se produire.
Malgré des dispositions qui n'étaient rien moins que favorables, Jean-Jacques avait, en quelque sorte, obligé Dusaulx à travailler à la continuation de VÉmile (il avait déjà fait ou fit plus tard la même proposition à plusieurs, entre autres à Bernardin de Saint-Pierre) ; mais si, en toute occurrence, il est difficile de travailler à Fœuvre d'autrui, s'il était particulièrement téméraire à un Dusaulx de coudre sa prose aux superbes morceaux de Jean- Jacques, il devenait bien impossible alors de le satisfaire. Bien plus, Dusaulx se permit de lui donner des conseils contre la lecture et la publication des Confessions, C'en était plus qu'il ne fallait pour les brouiller à jamais.
Rulhières était le voisin et l'ami de Dusaulx ; nous ne connaissons que par ce dernier ses relations avec Rousseau. Il fut pour lui une connaissance agréable plutôt qu'un ami, et, par un privilège inouï, il le connut pendant vingt ans, sans se fâcher sérieusement avec lui ; ce qui vient peut-être de ce que Rousseau ne le prenait pas lui-même fort au sérieux. U fut ainsi redevable de son crédit à son esprit léger et à son caractère facile. Quand Rousseau était de mauvaise humeur, Rulhières le faisait rire ; quand il boudait, ou grondait, ou tombait dans ses défiances, l'autre se tirait d'affaire par une plaisanterie. Cependant Rulhières ayant fait une comédie intitulée : Le Méfiant, où' Ton pouvait sans grands frais d'imagination reconnaître Rousseau, ils cessèrent de se voir.
Bernardin de Saint-Pierre connut Rousseau en
1771 . Avec un caractère plus égal et plus facile que Rousseau, avec des idées moins fausses, Bernardin de Saint-Pierre se fit néanmoins son disciple en littérature et presque en morale ; aussi ne parle-t-il de lui qu'avec une affection respectueuse, comme d'un maître dont on aime à étudier les leçons et à imiter les exemples.
Dès le premier jour, ils faillirent se brouiller, à l'occasion d'un cadeau de café^ Ce nuage fut toutefois bientôt dissipé ; et, comme ils se convenaient par beaucoup de côtés, il est à croire qu'ils se seraient liés intimement, si la jalousie de Thérèse n'était venue se mettre à la traverse.
Parmi ses souvenirs, Bernardin de Saint-Pierre choisit de préférence les traits qui répondaient le mieux à sa propre nature et faisaient le plus d'honneur à son héros : ses vertus, ses qualités morales, sa sensibilité, son amour de la nature, en un mot ce qu'on pourrait appeler le côté sentimental de sa personne *.
« Ce que j'ai trouvé de plus admirable dans son caractère, dit-il, c'est que jamais je ne Tentendis médire des hommes dont il avait le plus à se plaindre. » — « Si on lui racontait quelque trait de sensibilité, il pleurait. La bonté du cœur lui paraissait supérieure à tout et était le trait dominant de son caractère. Son cœur, que rien n'avait pu dépraver, opposait sa douceur, à tout le fiel de nos sociétés. Gai, confiant, ouvert, dès qu'il pouvait se livrer à son caractère naturel ; était-il sombre, il
i. Lettre de Rousseau à Ber- I SàINT-Pibrrb, Essai sur J.-J, nardin de Saint-Pierre, 3 août | Bousseau; Études de la nature ;
1771. — 2. BbrnaRdin db I L'Arcadie, etc
DE JEAN- JACQUES ROtSSEAU.
est, dîsais-je, dans son caractère social, ramenons-le à la nature. »
« Toutes les facultés de son esprit, ses mœurs, ses ouvrages portaient l'empreinte de son caractère. Dans rintimité, surtout s'il était question du bonheur des hommes, son àme prenait Tessor, ses sentiments devenaient touchants, ses idées profondes, ses images sublimes, et ses discours aussi véhéments que ses écrits. » « Sa probité était bien supérieure à son génie. On pouvait tout lui confier, sans craindre ni sa malignité, ni son infidélité. »
Rappelons aussi la promenade que Bernardin de Saint-Pierre fit avec Jean^acques au Mont-Valérien, rhospitalité qu'ils reçurent dans un ermitage, leur émotion en voyant la vie du cloître et en entendant réciter à la chapelle les litanies de la Providence^. « Ah ! s'écria Rousseau en partant, qu'on est heureux de croire ! »
Que ces tableaux soient flattés, cela est assez évident ; ils montrent au moins l'ascendant que Rousseau exerçait autour de lui. Bernardin de Saint- Pierre ne va-t-il pas jusqu'à dire que Rousseau s'estimait peu lui-même, supportait la contradiction et reconnaissait ses erreurs ! Partout la pensée de Bernardin de Saint-Pierre se porte sur la note tendre et mélancolique ; partout aussi l'on y découvre un désir constant d'excuser au moins ce qu'il ne peut justifier.
Corancez a écrit l'histoire de ses relations avec Rousseau dans le but de corriger et de combattre Dusaulx. Il n'a guère fait en réalité que le répéter et le compléter*.
1. De J.-J. Rousseau, articles parus au Journal de Paris du 16 au 21 prairial an VI. Corancez avait déjà fait précédem-
ment une réponse & un article de la Harpe sur Rousseau; Journal de Paris, 30 octobre
Lui aussi eut rhonneur d'être admis à la table du grand homme et faillit se brouiller avec lui plus d'une fois ; lui aussi eut à essuyer ses moments de mauvaise humeur. Il est vrai qu'ils n'ont pas toujours vu leur ami du même œil ; mais les nuances qui, il y a cent ans, pouvaient offusquer les fanatiques de Jean-Jacques , se sont bien fondues et effacées aux yeux de la postérité. Le témoignage de Gorancez est, en tout cas, un des plus recommandâmes, pour ne pas dire le plus recommandable ; d'abord parce qu ayant connu Rousseau pendant les douze dernières années de sa vie, il en peut parler plus sciemment et plus complètement que n'importe qui ; ensuite parce qu'à part les illusions de son affection, il parait plein de bonne foi et n'a pas pour le troubler, comme Dusaulx, les prétentions littéraires ou les susceptibilités personnelles.
Gorancez s'est surtout attaché à reproduire la physionomie de Rousseau, son caractère, ses habitudes, sa vie de tous les jours. Il s'étend volontiers sur les inégalités de son humeur, qu'il attribue à une sorte de maladie mentale et ne craint pas même de prononcer le mot de folie : a II m'a réalisé dit-il, l'existence possible de Don Quichotte. » Et penser que c'est un ami qui parle ainsi ! « Quand il était lui, dit-il encore, il était d'une simplicité rare, qui tenait de Tenfance. Il en avait l'ingénuité, la galté, la bonté et surtout la timidité. Lorsqu'il était en proie à une certaine qualité d'humeurs qui circulaient avec son sang, il était alors si différent de lui-même qu'il inspirait, non pas de la colère, non pas de la haine, mais de la pitié. Je le voyais souvent, dit-il encore, dans un état de convulsion rendant son visage presque méconnaissable, et surtout
Texpression de sa figure réellement effrayante. Dans cet état, ses regards semblaient embrasser la totalité de l'espace, et ses yeux paraissaient voir tout à la fois, mais dans le fait, ils ne voyaient rien. Il se retournait sur sa chaise et passait le bras par-dessus le dossier. Ce bras ainsi suspendu avait un mouvement accéléré comme celui du balancier d'une pendule ; et je fis cette remarque plus de quatre ans avant sa mort, de façon que j ai pu tout le temps Tobserver. Quand je lui voyais prendre cette posture à mon arrivée, j'avais le cœur ulcéré et je m'attendais aux propos les plus extravagants. Jamais je n'ai été trompé dans mon attente... » C'est, d'après Corancez, pour n'avoir pas vu son état que tant de gens sont restés brouillés avec lui. Mais est-ce qu'il les laissait libres? Quand il cessa, par exemple, de recevoir Gluck, sous prétexte que Gluck, Italien, avait abandonné sa langue pour le français, uniquement dans le but de lui donner un démenti, à lui Rousseau, qui avait dit qu'il était impossible de faire de bonne musique sur des paroles françaises, Gluck en pleura de dépit, mais ne pouvait songer à voir Rousseau malgré lui*. Les fantômes qui peuplaient son malheureux cerveau défiguraient tout à ses yeux. Le ûeviîi du Village ayant été remis à la scène après une longue interruption, fut vivement applaudi ; Jean- Jacques en rougit de colère. Maintenant,, dit-il, que mes ennemis prétendent que j'ai volé la musique du Devin, ils ne le louent que pour grossir d'autant plus le vol. La
1. Il est vrai qu^in autre auteur prétend que dans son admiration pour Gluck, il aurait désavoué publiquement
la condamnation quUl avait portée contre la langue française. Journal de Paris, 18 août
même chose à peu près lui serait arrivée un peu plus tard à propos de Pygmalio7i, qui fut également applaudi (30 octobre 1775), mais dont la mise en scène n'aurait eu lieu, si on Ten croyait, que malgré lui et pour exciter du scandale à ses dépens ^ Corancez ne dit pas (peut-être n*en savait-il rien) que Jean^acques alla jusqu^à se plaindre au chef de la police des complots dont, peu de temps auparavant, il regardait le chef du g-ouvernement comme le premier auteur; le tout à propos de quelques difficultés avec le libraire Guy *.
La surexcitation qu'il avait éprouvée pendant dix ans de fièvre continue, alors qu'il était dans le feu de la composition, n'était sans doute pas étrangère à son état. C'est peut-être ce qui explique l'amertume avec laquelle il pensait à ses ouvrages. Il en était venu au point de ne plus lire du tout, et en avait pris, en quelque sorte, l'engagement envers lui-même. Aussi il faut voir comme il refusa de travailler à une Encyclopédie que Rey se proposait de publier*.
Un point qu'on peut considérer comme acquis, car tous ceux qui ont fréquenté Rousseau se réunissent pour le répéter, c'est sa bienveillance. « Pendant douze ans, dit Corancez, je ne lui ai entendu dire de mal de qui que ce soit. Souvent il classait certaines personnes parmi ses ennemis, mais sans explications, imputations ou injures. Mais il ne fallait pas le contredire. Quand il jugeait le mérite
1. Rêver itè, 3« dialogue. Le témoignage dé Larive, qui jouait le rôle de Pygmalion, établit, au contraire, que Rousseau doima.son consentement de bonne grâce. (Lc«rc
dt Larive à Pelitain. Appendice aux Confessions, dans l'édition Petitain. — 2. Lettre à M, de Sartine, 15 janvier 1772^ — 3. Lettre à Rey^ 9 juillet
DE JEA.N-JA.CQUES ROUSSEAU. 503
de ces mêmes hommes, il était juste, et il prenait à roûcasioQ leur parti avec chaleur. » Corancez en fit lui-même l'épreuve à propos de Diderot. Un autre jour, le lendemain du couronnement de Voltaire au théâtre français, quelqu'un s'étant mis à plaisanter : « Comment, 'dit Rousseau, on se permet de blâmer les honneurs rendus à Voltaire, dans le temple dont il est le dieu, et par les prêtres qui depuis cinquante ans y vivent de ses chefs-d'œuvre. Qui voulez-vous donc qui y soit couronné? » Voltaire agissait bien différemment à l'égard de son rival'. '
Nous venons de dire, d'après les amis de Rousseau et d'après lui-même, que, non content d'avoir renoncé à écrire, il ne voulait phis même lire, il se trouva pourtant que pendant les huit années qu'il passa à Paris, il composa plusieurs ouvrages d'une étendue assez considérable. Mais avant d'en venir à ces derniers, il est bon de parler d'un autre beaucoup plus important, et qui était déjà prêt à son arrivée, de ses Confessions,
On a dit qu'il était venu à Paris tout exprès pour y faire connaître ses Confessions, Cela résulte assez bien de l'ensemble des faits et de sa correspondance, et l'on ne voit pas d'ailleurs pourquoi il y serait venu, si ce n'était pas dans ce but. C'était, dans sa pensée, l'unique moyen de déconcerter la grande conspiration dirigée contre lui ; aussi tardat-il peu à y avoir recours. Dusaulx, un de ses amis
1. Lettre de Voltaire à d'A- I aussi une autre lettre du 16 lembert, 4 auguste 1770. Voir | juin 1773.
de la première heure, a conservé le récit d'une de ces lectures. L'attente seule avait déjà à l'avance ému les esprits. La curiosité et la malignité devaient trouver là à se satisfaire ; surtout bien des gens se demandaient avec effroi s'ils ne seraient pas cités dans l'ouvrage et comment ils y seraient traités.
Jean-Jacques avait voulu limiter à huit le nombre des assistants, et par une bizarrerie singulière, il avait écarté ses amis, pour n'admettre que des personnes qu'il connaissait à peine. Au jour fixé donc, à six heures du matin, tous les élus se trouvèrent au rendez-vous, chez M. de Pezay, l'un d'eux;' Rousseau y était arrivé le premier. 11 commença par prononcer un petit discours écrit d'avance, une sorte d'exorde pour se concilier la faveur : « Il m'importe, dit-il, que tous les détails de ma vie soient connus de quiconque aime la justice et la vérité, et qui soit assez jeune pour pouvoir me survivre. Après de longues incei*titudçs, je me détermine à verser le secret de mon cœur dans le nombre petit, mais choisi, d'hommes de bien qui m'écoûtent... Malheureusement, avec mes Confessions, je suis forcé de faire celles d'autrui, sans quoi on n'entendrait pas les miennes. Cet inconvénient m'avait fait prendre des mesures pour que mes mémoires ne fussent vus que longtemps après ma mort et après celle des gens qui peuvent y prendre intérêt. Mes malheurs ont rendu ces mesures insuffisantes^ et il ne reste d'autres moyens pour conserver mon dép6t que de le placer dans des cœurs vertueux et honnêtes qui en conservent le souvenir*. »
1. Diêcouri prononcé par Rousseau avant la lecture de ses Confesêiont, STaBGKBISBN-
MoULTOU, Œuvres ei Co^rtMpondanctêifUdites deJ.-J. Rousseau.
DE JEàN-JACQUES ROUSSEAU. 505
Il prit ensuite son manuscrit. « Cette séance, dit Dusaulx , la plus longue peut-être qu'offrent les fastes littéraires de' tous les teiùps, dura dix-sept heures, et ne fut interrompue que pai» deux repas fort courts. Pendant cette lecture, la voix de Rousseau ne faiblit pas un seul instant. C'est que son plus grand intérêt, celui de sa gloire, ou plutôt de sa manie, Tanimait et renouvelait ses forces.
« Quant il en fut à Tarticle du sacrifice répété à chaque couche de ses cinq enfants, le pas était difficile à franchir; il s'arrête, nous regarde d'un œil interrogateur, tout le monde baissa les yeux. — N'avez-vous rien à m'objecter? — On ne lui répondit que par un morne silence. Mais ce moment d'incertitude l'avait ému et il y revint avant le dîner. Il parle et nos fronts s'éclaircissent, nous regrettons presque de l'avoir affligé. — Quelques-uns lui prennent les mains, les baisent, le consolent; il pleure, nous pleurons tous*. »
Cette séance fut suivie de deux autres non moins solennelles. A Tune d'elles assista une personne d'une beauté accomplie, M°'*' d'Ëgmont. Rousseau avait déjà eu occasion de la voir ailleurs ; on a prétendu, mais sans foodement, qu'il en aurait été amoureux^, a Elle fut la seule, dit-il, qui me parut émue. Elle tressailht visiblement, mais elle se remit bien vite et garda le silence, ainsi que la com^ pagnie. Tel fut le fruit que je tirai de cette lecture et de ma déclaration'. »
Jean-Jacques s'était bien gardé de recommander le secret. Chacun fit son extrait. Dorât mit le sien dans
1. Dusàulx, p. 63 & 65. — I t. !•', p. 320. —3. Confesstom^ 2. Mélanges, par M-^ Nbckbr, | 1. XII, à la fin.
un journal ; Dusaulx en fit un dont Rousseau parut touché. Mais, dit celui-ci, je n'ai mis aucune date et vous n'en manquez pas une. C'est-à-dire que vous me savez par cœur^
Quoique Malesherbes n'eût point été admis à la lecture des Confessions, il ne tarda pas à les connaître par le bruit public et pria Dusaulx d'engager son ami à supprimer quelques anecdotes, capables de déshonorer des familles entières. « Ce qui est écrit est écrit, répliqua Rousseau; je ne supprimerai rien. Qu'on se rassure néanmoins; mes Confessions ne paraîtront qu'après ma mort, et même après celle du dernier de ceux que j'y ai mentionnés ; mais elles paraîtront un jour; ce mot est irrévocable*. » Admirable discrétion vraiment, et moyen ingénieux de se mettre en règle avec sa conscience ! Il est bien temps de vanter son silence futur, après avoir divulgué son secret aux quatre vents du ciel !
Parmi les personnes les plus maltraitées, il y en avait qui étaient mortes, M°* de Warens, par exemple ; mais M"° d'Épinay, mais Grimm, Diderot, M"'' de Luxembourg, mais tant d'autres ne Tétaient pas. Quelques-uns crurent, non sans raison peutêtre, que le mieux encore était de dédaigner ces attaques et de ne pas trop paraître les ressentir. M""® de Luxembourg fut de ce nombre. Grimm, froid et maître de lui, considérait depuis longtemps Jean-Jacques comme son ennemi ; il affecta de ne rien changer à ses allures.
Diderot, toujours extrême, n'était pas capable d'un tel calme. On dirait d'ailleurs que, depuis des années, il prenait ses précautions. « Il me connaît,