‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 120 sur 158 · Dusaulx, p. 67. — 2. Id., p · texte numérisé non relu

Dusaulx, p. 67. — 2. Id., p

écrivait-il en 1768 ; il sait que , quelque chose qu'il intente, qu'il dise, qu'il fasse, je ne donnerai jamais au public le spectacle de deux amis qui se déchirent. En un mot, plus lè-che encore que cruel, il sait que je garderai le silence. Je Tai gardé ^ » Cependant quand Diderot connut, comme tout le monde, les lectures des Confessions^ il est peu admissible, quoique nous n'ayons aucune preuve directe à en donner, qu'il ait concentré son indignation dans son cœur. En tout cas, il ne resta pas toujours fidèle à sa résolution du silence; la mort de Rousseau ne calma même pas sa colère. En 1779, la cendre de son ancien ami étant à peine refroidie, il lança contre lui, dans un ouvrage qui ne s'y prêtait nullement, une tirade très dure ; et trois ans après, à l'apparition des six premiers livres des Confessions, sa fureur ne connaissant plus de bornes, la tirade devint un pamphlet de vingt pages et une Accusation d'une violence inouïe*.

M°° d'Épinay aurait voulu concilier les restes d'une ancienne affection avec le soin de son honneur. Elle résolut néanmoins d'arrêter ces lectures, où elle était si audacieusement outragée, et s'adressa à crt effet au lieutenant de la police. Il faut .convenir qu'elle s'y prenait bien tard, car le mal était fait ou à peu près, et qu'elle n'avait guère à recueillir de sa démarche que l'odieux d'une dénonciation^.

1. Lettre de Diderot à Falcorv- ' pinay. Appendice de la fin, net, 6 septembre 1768. — 2. Es- \ par Grimm. La lettre de

sai sur la vie de Claude et de Néron, 1" édition 1779; 2« édition, sous le titre : Essai sur les règnes de Claude et de Néron, 1782. — 3. Mémoires de Jlf»» d'É-

M»« d'Epinay, datée simplement du vendredi 10, doit être par conséquent du 10 août 1770 ou du 10 mai 1771.

Rousseau en effet cessa ses lectures, et Tod n*a pas de coûnaissance qu'il ait coinmuniqué depuis lors sou manuscrit à d'autres personnes ([u'àu prince royal de Suède, à la prière de Rulhières. Il parait cependant qu'il le lut aussi À M"''' de Créqui ; nous ne savons à quelle époque. Deux ans avant sa mort, il rompit brusquement avec elle, sous un prétexte futile, une vieille amitié de trente ans. M"' de .Créqui attribua cette rupture à la honte qu'il éprouva de n'avoir pas produit sur elle par sa lecture l'impression qu'il attendait ^

Si Jean-Jacques avait véritablement le désir que ses Confessions ne fussent publiées que longtemps après sa mort, ses intentions furent bien mal remplies. Dès 1781, il parut à Genève une édition furtive de la première partie, c'est-à-dire des six premiers livres*. Dupeyrou et Moultou, les dépositaires des papiers de Rousseau, jugèrent que la meilleure manière d'en rectifier les erreurs et les fautes était d'en faire une plus exacte et plus fidèle. Rien ne les obligeant à faire connaître le reste, ils convinrent de ne pas le livrer à l'impression; mais Moultou étant venu à mourir , le fils , sans tenir compte des engagements pris par son père, publia ea 1788 les six derniers livres. Dupeyrou se plaignit, protesta et finit par faire aussi sa publication de son côté'. On sait que cette seconde partie elle-même ne va pas au-delà de l'année 1768. Rousseau avait projeté d'écrire une troisième partie; il ne donna pas suite à ce projet.

1. Uttre de M»* de Créqui à Servan, 7 août 1783. — 2. Bat GHAUMONT, 10 mai 1782; — G. ESTIBNNB, Essai sur les Con-

fessions. — 3. Gbimm, Corr, liU., novembre 1789; — Mussbt- Pathay, Hist. de J.-J. Rousseau, I t. !•', p. 459.

Depuis ces premières éditions, il en a paru beaucoup d'autres, soit en volumes séparés, soit comme partie intégrante des œuvres de Fauteur. Les Confessions sont en effet, sinon son meilleur ouvrage, au moins celui qui était le plus capable d'exciter la curiosité. Beaucoup de noms propres y sont cités tout au long; et quant à ceux qui n'y sont qu'indiqués, on ne se fit pas faute de suppléer au silence de l'auteur en colportant, en publiant même des sortes de clés plus ou moins sûres, mais qui n'étaient pas seulement d'accord entre elles.

Les jugements qu'on porta sur les Confessions furent naturellement très divers. On pourrait croire que le succès avait été escompté à l'avance, et que les lectures de 1770 auraient dû faire tort au livre ; mais f»n 1781 , Jean-Jacques venait de mourir, ou plutôt il était encore vivant par son nom et par ses œuvres ; les événements qu'il racontait avaient encore tout le piquant de l'actualité; chacun y reconnaissait son voisin; plusieurs, hélas! pouvaient s'y reconnaître eux-mêmes. On doit avouer cependant que le succès, qui fut immense, fut surtout un succès de scandale.'

En 1789. il ne fut pas beaucoup moindre, mais pour d'autres motifs. On avait autre chose à faire alors que de s'occuper de littérature ; mais Rousseau régnait déjà par ses idées, en attendant que la Révolution l'adoptât, en quelque sorte, pour son patron officiel, et tout ce qui venait de lui ne pouvait manquer d'exciter l'enthousiasme.

Nous ne savons ce que M"* de Boufflers avait pensé des lectures des Confessions^ mais la publication la rendit furieuse. « Je charge, quoique avec répugnance, écrit-elle à Gustave III, le baron de

Lederhielm de vous porter un livre qui vient de paraître. Ce sont les infâmes mémoires de Rousseau, intitulés Confessions, Il me parait que ce peut être celles d'un valet de basse-cour et même audessous de cet état : maussade en tout point, lunatique et vicieux de la manière la plus dégoûtante. Je ne reviens pas du culte que je lui ai rendu (car c'en était un). Je ne me consolerai pas qu'il en ait coûté la vie à l'illustre David Hume qui, pour me complaire, se chargea de conduire en Angleterre cet animal immonde*. » Bien d'autres pensèrent et parlèrent comme M"*' de Boufflers ^.

Les Co7i/es$îons de Rousseau nous sont déjà connues par les nombreux extraits que nous en avons donnés. Pour tout historien de Rousseau, ce livre est en eflfet le premier à consulter. Mais son importance fait précisément une loi de l'examiner avec soin. Il n'a pas seulement d'ailleurs une valeur historique de premier ordre ; il a aussi une importance morale et littéraire qu'il n'est pas permis de négliger.

Rousseau n'est pas le premier qui ait entrepris d'écrire ses Confessions, Autrefois, David a confessé son péché. Dans des temps moins anciens, saint Augustin n'a pas craint, dans un livre mémorable, de proclamer publiquement les fautes de sa vie. Il n'en est pas moins vrai que Rousseau a pu dire en toute vérité qu'il « formait une entreprise qui n'eut jamais d'exemple » ; seulement il n'a pas lieu de s'en vanter. David et saint Augustin ont obéi à un

1. Lettre de M^* de Boufflers A Chustave fil, roi de Suède, publiée par Gbofprot : Gus-

tave III et la Cour de France, 2 vol. in-12, 1867. — 2. BachaUmont, 8 novembre 1770.

DE JEAN-JàGQUES ROUSSEAU.

sentiment de repentir et de pénitence; le but de Rousseau est tout autre et tout personnel ; c'est un appel à la postérité contre ses ennemis ; c'est un but de justification et d'orgueil. 11 Ta déclaré cent fois dans ses conversations et dans sa correspondance ; il Ta répété au moment de ses lectures ; il Fa surtout exposé en détail dans une introduction, longtemps inédite, qu'il avait préparée d'abord pour être mise en tète de son livre et qui a été remplacée par le préambule beaucoup plus court qui fut publié*; en face des complots dont il se croit entouré, il a une réponse toute prête et victorieuse, ce sont ses Confessions, 11 ne craint pas de porter à tous ses semblables ce défi de Torgueil. Qu'un seul ose dire au souverain Juge : Je fus meilleur que cet homme-là.

Cependant, dans le langage ordinaire, on ne se confesse pas pour se faire valoir. Qui dit confession dit accusation, et non pas justification. Son livre est donc, si Ton veut, un plaidoyer, des mémoires, une vie de Fauteur écrite par lui-même ; il n'est pas un livre de Confessions, Mais peu importe le titre; l'essentiel serait que l'ouvrage fût bon.

Ne parlons que pour mémoire des motifs secondaires : des prétentions littéraires, du désir de faire parler de soi, peut-être aussi de la secrète démangeaison de dire du mal du prochain. Jean-Jacques a voulu, dit-il, montrer à ses semblables « un homme dans toute la vérité de la nature, » et c'est lui-même qu'il a choisi pour cette démonstration ;

1. Cette introduction a été publiée pour la première fois dans la Rtvue suisse d'octobre

18Î50 et reproduite dans le journal VÉeonomisie, des 19 et 20 juin 1851.

mais n'excède-t-il point quand il ajoute : « Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent? )> On demandait un jour, dit-on, à Massillon, où il avait été puiser une connaissance si précise de vices qu'il pratiquait si peu ; dans mon cœur, répondit-il. Le meilleur moyen, en effet, de connaître les hommes est encore de se connaître soi-même. Jean-Jacques, en se donnant comme un être absolument à part, semble sacrifier l'effet moral qu'il pouvait attendre de son œuvre ; il se condamne à n'écrire qu'une histoire étrangère, alors qu'il pouvait écrire une histoire intime. Rassurons-nous toutefois ; ici encore il a menti, et on peut le dire, heureusement menti à son programme. Quelles fines et profondes analyses du cœur humain on rencontre dans certaines pages de ses Confessions y et comme, en s' étudiant lui-même, il a bien retracé les passions des autres! Ce n'est qu'en observant autour de lui, mais surtout en se repliant sur lui-même, qu'il a pu découvrir ainsi et dévoiler les ressorts cachés qui agitent toute conscience humaine. Il faut se garder cependant de trop généraliser cette observation. Rousseau est un analyste sagace et profond, mais il ne l'est pas toujours ; mais surtout il ne l'est jamais complètement. 11 lui manque pour cela des qualités morales qu'il ne possédait nullement. Non pas qu'il soit dénué de sens moral ; loin de là, mais chez lui, le sens moral est dévoyé. Rousseau, par syàtème, n'a jamais voulu pratiquer que la morale du sentiment, morale intermittente et variable, morale sans règle fixe, dépendant de la disposition de chacun, et que, par suite, chacun sera toujours porté à tailler à sa mesure et à façonner à sa guise. Aussi ,

est-il plus apte à démêler les motifs de l'action qu'à en saisir la valeur et la portée morale. De là ses sévérités excessives et ses relâchements incroyables ; de là, par exemple, ses repentirs cuisants à propos ducrime irrémissible du vol d'un ruban etses excuses, presque sa justification, de l'envoi de ses cinq enfants à l'hôpital.

Rousseau n'a jamais su mesurer la gravité des divers devoirs; heureux quand il n'appelait pas bien ce qui est mal et réciproquement. Au fond il ne se rend pas compte exactement de ce que sont le bien et le mal. Il n'a jamais été matérialiste, il n'a jamais nié formellement la liberté et la responsabilité humaine ; mais ne les a-t-il point amoindries, presque supprimées par l'effet de son système philosophique? Voyez toutes ses actions les unes après les autres ; il ne les trouve pas toutes belles, tant s'en faut ; se juge-t-il pour cela coupable? Il est permis d'en douter. Toujours, ou presque toujours, il a été entraîné par un mouvement qui ne venait pas de lui ; il a été la victime des fautes des autres, surtout des désordres et des erreurs d'une société corrompue. Quant à lui, il a suivi sa nature. Or, dans son système, suivre sa nature est toute la morale. C'est pourquoi, en général et sauf exception, il raconte, il ne s'accuse pas ; il dit les mauvaises et honteuses actions qu'il a commises, il ne s'en repent pas, car il ne s'en reconnaît pas coupable. Placé dans des circonstances identiques, il agirait encore de môme ; il ne parait pas sensible au remords.

Les Confessions sont, dans ce sens, un livre absolument immoral , qui n'est bon qu'à pervertir les idées et à fausser les consciences, en présentant

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SOUS un jour trompeur et paradoxal les saintes lois du devoir. Toute sa vie, Rousseau a cultivé avec succès le sophisme ; il est surtout dangereux de rappliquer aux questions vitales de la morale et de la vertu.

Les Co7ifessions sont encore immorales par les obscénités qu'elles renferment. Quand Rousseau fit ses premières lectures, il sentit lui-même le besoin de s'en excuser : « Je prie, dit-il, les dames qui ont la bonté de m'écouter de vouloir bien songer qu'on ne peut se charger des fonctions de confesseur sans s'exposer aux inconvénients qui en sont inséparables, et que, dans cet austère et sublime emploi, c'est au cœur à purifier les oreilles*. »

Mais Texcuse est mauvaise pour deux raisons : d'abord parce que ces obscénités ne sont souvent que des hors-d'œuvre , sans lien avec la vie de Rousseau ; au point que ses premiers éditeurs , par pudeur pour leur héros, ont pu en supprimer plusieurs, sans même que personne s'en aperçût. En second lieu , ces dames, pas plus que les innombrables lecteurs des Confessions , ne sont pas en réalité les confesseurs de Rousseau. Il n'a jamais attendu d'eux ni les avis, ni la direction, ni la sentence qu'on demande à un confesseur. Si donc il lui a plu d'écrire un livre pour le public, il était tenu, naturellement, à n'y mettre que les choses que le public pouvait sans danger lire et entendre.

Il y a encore un genre de moralité qu'on est en droit d'exiger d'un faiseur de Confessions, c'est la vérité. On l'a dit, la vérité est la morale de l'his-

1. Discours prononcé par | lectures de ses Confessiom, Rousseau avant les premières

toire. Rousseau se van le d'être absolument et complètement vrai dans ses paroles : « Que la trompette du jugement dernier, dit-il^ sonne quand elle voudra ; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le Souverain Juge... Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil, quand je l'ai été ; généreux, sublime, quand je Tai été ; j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu Tas vu toi-même, Être Éternel. » A-t-il été fidèle à ce programme? Oui et non. Comme physionomie générale, il est sûr que jamais portrait ne fut mieux réussi que le sien. On sait que, dans tous ses livres, il a quelque chose de très personnel, de sorte que, dans tous, on peut dire qu'il se peint, et c'est déjà un grand mérite d'être ainsi toujours reconnaissable dans des œuvres si différentes ; mais dans celui-ci, il fait plus que de se peindre, il se livre tout entier et tout vivant, ses qualités, ses défauts, son caractère, sa nature, tout lui en un mot. Du reste, il ne se ménage en aucune façon et n'est arrêté ni par la honte des aveux, ni par le cynisme des expressions. Il dévoile ses sottises, ses maladresses, ses bassesses avec la même aisance que ses vices et ses défauts.

Il lui est bien permis, après s'être montré si sévère, de se présenter par son beau côté et dédire de lui-même tout le bien qu'il en pense ; et il est certain qu'il en pense beaucoup. Chose remarquable, il est assez rare, quoique non sans exemple, qu'on l'ait pris en flagrant délit de mensonge. Même quand il altère les faits, on peut le plus souvent en attribuer la cause à des erreurs de son imagination ou de sa mémoire, et jusque dans l'absence de la vérité, lui tenir compte de sa sincérité. Que peuton Tiii demander de plus? Nous l'avons dit, la vérité

morale, une juste appréciation des responsabilités, un aveu humble et repentant. Et puis il y a bien des manières d'altérer, sciemment ou non, la vérité, sans dénaturer trop évidemment les faits matériels. On peut les grouper, les présenter par tel ou tel côté, on peut les expliquer. Considérons, par exemple, le temps que Jean-Jacques passa chez M"* d'Épinay ; nous ayons de cette époque deux récits, le sien et celui de M°® d'Épinay. On peut, à la rigueur, les regarder Tun et l'autre comme sincères, et ils ne diâèrent pas bien sensiblement par les faits. Quelle dififéreuce pourtant entre les deux ! A en croire Rousseau, ses Confessiom sont la simplicité même ; mais il était bien trop artiste pour n'y pas mettre beaucoup d*art. Ne fût-ce qu'au point de vue de la forme, il avait trop le goût de la belle littérature pour tout dire sans exception et sans choix, et laisser ensuite au lecteur le soin « d'assembler les éléments et de déterminer Têtre qu'ils composent. » Nous lui reprocherions presque de s'être montré trop littérateur; d'avoir trop cherché à frapper l'imagination et à intéresser le public ; d'avoir trop fait le roman et pas assez l'histoire de sa vie. Cela tenait en partie à sa nature, qui était toute d'imagination et de sentiment. Chez lui, le rêve prenait toutes les apparences de la réalité, au point jju'il a pu dire que les vraies réalités de sa vie étaient ses IFêves. "Voudrait-on qu'avec de semblables dispositions, il s'en tint prosaïquement aux réalités tangibles ? Mais ce serait vouloir le forcer à être autre qu'il n'était, et à écrire autrement qu'il ne voyait et ne sentait. Dans ce qu'il dit, par exemple, des fameux complots dont, pendant quinze ans, il s'est cru victime, les faits sur lesquels il s'appuie peu-

DE JEÂN'MCQUES ROUSSEAU. 517

vent être réels ; en faut-il conclure que les complots le fussent également?

Mais ne convient-il pas qu'il a lui-même suppléé aux lacunes de ses souvenirs par les détails de son imagination ; qu*il a embelli les moments heureux de sa vie des ornements que de tendres regrets venaient lui fournir; qu'il a quelquefois dissimulé, plus souvent exagéré le côté difforme de ses actions *. Mensonges indifférents ou peu importants, si Ton veut, du moins au jugement de l'auteur, mais tout le monde n'est pas obligé de juger comme lui.

Le but que Rousseau se proposait, en écrivant ses ConfessmiSy étant avant tout un but de justification et de réhabilitation, il importe de savoir comment il a réalisé sa pensée, et jusqu'à quel point le succès devait répondre à son attente.

Quand nous avons entrepris d'écrire cette histoire, le premier document que nous avons dû consulter a été les Confessions ; puis nous avons lu les autres ouvrages de Rousseau , sa correspondance surtout, et enfin les livres qui parlent de lui, les uns composés par ses amis, d'autres par ses ennemis; mais, de tous ces livres, celui qui, sans contredit, nous a donné la plus mauvaise opinion de notre personnage, a été précisément celui qu'il avait composé tout exprès pour en donner une bonne. Il ne pouvait supporter le mal que ses ennemis disaient de lui, mais nul n'en a dit plus que lui-même. Supposons les Confessions non écrites, que de vilaines choses resteraient ignorées ! Que d'autres peu honorables ne pourraient pas être prouvées ! Comme les partisans de Rousseau auraient beau jeu pour le

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