‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 125 sur 158 · Dialogues. Introduction · texte numérisé non relu

Dialogues. Introduction

tous ses livres ; pas plus qu'on ne lui attribuait méchamment d'autres ouvrages qu'il n'avait pas faits ; pas plus qu'on ne lui supposait une fortune qu'il ne possédait pas, des intentions perverses qu'il n'avait pas ; pas plus qu'on ne songeait à lui ravir « l'honneur, la justice, la vérité, la société, l'attachement, l'estime, » ou qu'on ne prenait à tâche de lui ôter ses amis, de le livrer à l'opprobre, de l'abuser, de le tromper par les dehors les plus hypocrites. Il dit qu'il fait la part belle à ses ennemis; il serait plus exact de dire qu'il porte contre eux les accusations les plus graves : le mensonge, la fourberie, les trahisons, la cruauté, l'injustice*.

La partie la plus curieuse du livre est celle où l'auteur se juge lui-même *. « Au physique Jean- Jacques, dit-il, n'est assurément pas un bel homme; il est petit et il s'apetisse encore en baissant la tète. D a la vue courte, de petits yeux enfoncés, des dents horribles, ses traits altérés par l'âge n'ont rien de fort régulier. » On voit qu'il ne se flatte pas dans le portrait qu'il fait de sa personne. Il n'en est pas moins furieux contre tous ses peintres, surtout contre Ramsay, qui l'ont défiguré à plaisir, pour faire de lui un objet d'horreur au genre humain. Au moral, « c'est un homme sans malice plutôt que bon ; une âme saine, mais faible, qui adore la vertu sans la pratiquer ; qui aime ardemment le bien et qui n'en fait guère... Doux et compatissant jusqu'à la faiblesse, facile à prendre et à subjuguer par les caresses, mais préférant son repos à tout... Également étranger à l'orgueil, à la vanité et à la modestie ; content de sentir ce qu'il est, et n'ayant

i. /•' Dialogite. — 2. Il* Dialogue.

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jamais songé à se mesurer avec un autre... Violent dans ses premiers moments. Passant sa vie à faire de grandes et courtes fautes, et à les expier par de vifs et longs repentirs. Sans prudence, sans présence d'esprit ; d'une balourdise incroyable, disant également ce qui lui sert et ce qui lui nuit, sans même en sentir la différence... En un mot, dérivant plus que qui que ce soit de son seul tempérament*, et demeuré, malgré l'adversité, les hommes et les ans, tel que Ta fait la nature... Parlant peu et parlant mal; ayant rarement de Tesprit; plus rarement encore en ayant à propos... Tout ce qui n'affecte pas sa sensibilité, tout ce qui n'est que de pure curiosité est pour lui dépourvu d'existence et ne se fixe pas dans sa mémoire... Quant à la sensibilité morale, jamais homme n'en fut autant subjugué. Le besoin d'attacher son cœur, satisfait avec plus d'empressement que de choix, a causé tous les malheurs de sa vie... Les déceptions ne l'ont pourtant pas rendu misanthrope. Jamais sentiment de haine ou de jalousie contre aucun homme ne prit racine au fond de son cœur; jamais on ne l'ouït déprécier ou rabaisser les hommes célèbres pour nuire à leur réputation. »

« Voulez-vous donc connaître à fond ses mœurs et sa conduite : étudiez bien ses inclinations et ses goûts. Cette connaissance vous donnera l'autre parfaitement ; car jamais homme ne se conduisit moins sur des principes et des règles, et ne suivit plus aveuglément ses penchants. Prudence, raison, précaution, prévoyance ; tout cela ne sont pour lui que des mots sans effet. Quand il est tenté, il succombe ; quand il ne l'est pas, il reste dans sa langueur. Par là, vous voyez que sa conduite doit être iné-

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gale et sautillante... Enfin, jamais il n'exista d'être plus sensible à Témotion et moins formé pour Faction. »

« Jean-Jacques ne sera pas vertueux. Comment, subjugué par ses penchants, pourrait-il Tètre? n'ayant toujours pour guide que son propre cœur, jamais son devoir ni sa raison. Comment la vertu, qui' n'est que travail et combat, régnerait-elle au sein de la mollesse et des doux loisirs. Il sera bon parce que la nature l'aura fait tel ; il fera du bien, parce qu'il lui sera doux d'en faire. Mais s'il s'agissait de combattre ses plus chers désirs et de déchirer son cœur pour remplir son devoir, le ferait-il aussi? C'est douteux. La loi de la nature, sa voix du moins ne s'étend pas jusque-là. II en faut une autre alors qui commande, et que la nature se taise. »

Pour compléter le portrait qu'il fait de lui-même, on pourrait y ajouter quelques traits d'un morceau destiné peut-être à faire partie des Dialogues. « J'étais fait pour être le meilleur ami qui fût jamais ; mais celui qui devait me répondre est encore à venir... Pour de l'argent et des services, ils sont toujours prêts ; j'ai beau refuser ou mal recevoir, ils ne se rebutent point et m'importunent sans cesse de sollicitations qui me sont insupportables. Je suis accablé de choses dont je ne me soucie pas ; les seules qu'ils me refusent sont les seules qui me seraient douces; un sentiment doux, un tendre épanchement est encore à venir de leur part, et l'on dirait qu'ils prodiguent leur fortune et leur temps pour épargner leurs cœurs... De quelque prix que soit un présent, et quoi qu'il coûte à celui qui l'offre, comme il me coûte encore plus à recevoir,

c'est celui dont il vient qui m'est redevable. C'est à lui de n'être pas un ingrate »

Sans vouloir souscrire à tous les traits de ces tableaux, il est certain que nous n'aurions pas été partout aussi sévère que Rousseau Test contre luit même. Mais il est bien certain aussi qu*il n'aurait pas souffert patiemment que tout autre eût dit de lui la centième partie de ce qu'il en disait luimême.

S'il semble d'ailleurs faire bon marché de sa personne, il 'compte sur ses livres pour le réhabiliter auprès de tout homme ami de la justice et de rhounêteté '. Cependant il reconnaît que, d'un autre côté, ils contiennent aussi le secret de toutes les haines qui se sont amassées contre lui. Il a dit la vérité à tous ; aussi s'est-il aliéné tout le monde. Mais comme, dans ses livres, on découvre bien, dit-il, l'homme sous l'écrit ; comme on y voit la grandeur et la vérité de ses principes, l'honnêteté de ses mœurs, la bonté de son cœur!... A quiconque douterait de ses mœurs et de sa conduite, ses livres sont là pour répandre ; qu'on les lise, et surtout qu'on les compare avec les critiques qui lui ont été adressées, avec les trames qui ont été ourdies contre lui! Mais arrêtons-nous : quand il est à l'article des complots il n'a plus sa raison.

Il fallait que tout fût singulier dans ce livre des Dialogues, fruit de quatre années d'im douloureux travail. Jean-Jacques a fait lui-même l'histoire des moyens qu'il tenta pour en assurer la publication '.

1. Mon portrait. Morceaux tirés des f > agments épars dans la bibliothèque deNeufch&tel.

Publié par Stbbickeisbn-

MOULTOU, Œuvres et Correspondance inédites de J.-J. Rousseau, — - 2. ///• Dialogue, — 3.

Histoire du précédent écrit.

A Ten croire, cela n'était pas chose facile. Entouré d'ennemis comme il Tétait, « frappé de Tinsigne duplicité de Duclos, qu'il avait estimé au point de lui confier ses Confessions , et qui, du plus sacré dépôt de Tamitié, n'avait fait qu'un instrument d'imposture et de trahison; » n'ayant plus personne sur qui il pût compter, il résolut de se confier uniquement à la Providence. Il imagina à cet effet de faire une copie de son ouvrage et d'aller la déposer sur le grand autel de l'église Notre-Dame, espérant que le bruit de cette action empêcherait la suppression du manuscrit, et peut-être le ferait arrivier jusque sous les yeux du Roi. Il mit sur le paquet la suscription suivante :

« Dépôt remis à la Providence.

« Protecteur des opprimés, Dieu de justice et de vérité, reçois ce dépôt, que remet sur ton autel et confie à ta Providence un étranger infortuné , seul , sans appui, sans défenseur sur la terre, outragé, moqué, diffamé, trahi de toute une génération, chargé, depuis quinze ans, à l'envi, de traitements pires que la mort et d'indignités inouïes jusqu'ici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause. Toute explication m'est refusée, toute communication m'est ôtée ; je n'attends plus des hommes, aigris par leur propre injustice, qu'affronts, mensonges, trahisons. Providence éternelle, mon seul espoir est en toi ; daigne prendre mon dépôt sous ta garde et le faire tomber en des mains jeunes et fidèles, qui le transmettent exempt de fraudes à une meilleure génération. »

Au verso était écrit un appel désespéré à quiconque deviendrait l'arbitre de Touvrage. Puis, le samedi 24 février 1776, sur les deux heures, il se

rendit à Notre-Dame. Mais, par suite d'une erreur ou de toute autre cause, il trouva les grilles fermées. Alors il est saisi de vertige, comme un homme qui tombe en apoplexie ; tout son être est bouleversé ; il ne sait plus où il est et croit voir le ciel même concourir à Tiniquité des hommes. « Je sortis, dit-il, rapidement de Téglise, résolu de n'y rentrer de mes jours, et me livrant à toute mon agitation, je courus tout le reste du jour, errant de toutes parts, sans savoir ni où j'étais ni où j'allais, jusqu'à ce que, n'en pouvant plus, la lassitude et la nuit me forcèrent de rentrer chez moi, rendu de fatigue, presque hébété de douleur. »

Cependant, la réflexion lui donnant une vue plus nette des choses, il voulut espérer qu'il existait encore au moins un honnête homme dans le monde et porta son manuscrit à Condillac ; mais il fut peu satisfait de l'accueil qui hii fut fait et eut le pressentiment d'une nouvelle déception. D se trompait cependant ; Condillac se montra fidèle dépositaire. Il légua le manuscrit à l'abbé de Reyrac, lequel le rendit, avant de mourir, à la famille de Condillac. On se proposait de le publier, en 1801 ; mais une autre personne avait pris les devants*. Rousseau, en effet, avait eu l'occasion de voir aussi un jeune Anglais, nommé Brooke Boothby, qu'il avait eu pour voisin à Wootton. Cette rencontre lui parut un bienfait de la Providence. Il avait recopié une partie du livre; il la remit à son jeune ami, lui

1. Bachaumomt, 27 novembre 1770 (addition) ; 10 janvier 1783. — Grimm, Corr. lUL, juillet 1783. — La Clef du Cabinet des Souverains, 27 fructidor an

VIII, article de A. Barbirr.

Ce manuscrit de Rousseau est actuellement à la bibliothèque de la Chambre des députés.

promettant le reste pour Tannée suivante. Brooke Boothby fit paraître à Londres, en 1780, le premier dialogue, le seul dont il eût reçut le dépôt \

Toutefois, n'espérant encore rien de ce côté, Rousseau s'était avisé d'un autre procédé ; ce fut d'écrire une espèce de billet circulaire adressé à la Nation française, d'en faire plusieurs copies et de les distribuer, sur les promenades et dans les rues, aux inconnus dont la physionomie lui plaisait davantage. La suscription était : « A tout Français aimant encore la justice et la vérité. » Mais, ajoute-t-il, tous refusèrent son billet, comme ne s'aidressant pas à eux. Il eut beau en bourrer ses lettres, en remettre à ses rares visiteurs , il ne trouva le placement que d'un petit nombre '. U s'en tint à la fin à la résolution de lire simplement son écrit, quand il en trouverait l'occasion , comme il avait fait pour les Confessions, Tant de précautions étaient, pour le moins, superflues. Les Dialogues ne pouvaient, comme les Confessions, susciter la haine et la crainte ; ils n'excitèrent que la pitié.

On peut rapprocher des eflPorts que fit Rousseau pour assurer la publicité de ses Dialogues, les précautions qu il avait prises peu de temps auparavant pour mettre le public en garde contre les éditions fautives de ses écrits. Autrefois il avait confiance en Rey ; mais Rey s'étant , lui aussi , rendu coupable des mêmes altérations, suppressions, falsifications que ses confrères, il ne resta plus à Jean-Jacques

1. Baghaumont, 9 et 12 septembre 1780. — 2. Ce billet est ordinairement placé à la suite des Confeisions; il serait mieux à la suite des Dialogues. —

Voir deux leUre$ de Bousêeau à M^* la C"« de Saint-XX, la première sans date, la deuxième du 23 mai 1776.

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d'aatre ressource que de protester contre toutes les éditions passées , présentes et futures, sauf la première qui avait été faite sous ses yeux ; de les désavouer, comme n'étant pas son œuvre, et de répandre des copies de sa protestation, dans l'espoir que, sur ^ le nombre des personnes auxquelles il Taurait remise , il se trouverait au moins une âme honnête et généreuse, non vendue à Finiquité, pour la sauver de Toubli et la .faire passer à la postérité \

Les iî^t;^rt>5 sont le dernier ouvrage de Rousseau'. Elles sont divisées en dix promenades ; la dixième est inachevée ; elle a été interrompue par la mort de l'auteur.

Parmi les innovations heureuses que la littérature doit à Rousseau, Saint-Beuve compte avec raison la rêverie '. Rousseau fut pour ainsi dire l'inventeur de ce genre, et, du premier coup, il le porta à un haut degré de perfection. Nous avons' cité ailleurs la cinquième promenade, consacrée à la description de nie Saint-Pierre, comme un bijou de grâce et un modèle achevé de littérature descriptive *. Malheureusement, toutes ne valent pas celle-là, et l'on y rencontre trop souvent des traces de l'esprit malade et chagrin du malheureux Jean- Jacques. Le

1. Déclaration de J.-J. Bousseau, Teldiliyeèi diverses rélmpressioQs de ses ouvrages, en dale du 23 janvier 1774. — 2.

Les Rêveries d'un promeneur solitaire. Aux œuvres de J.-J.

Rousseau ; plus un fragment inédit publié en 1853 par â.db BOUGY. — 3. Sainte-Bbuvb , Les Lundis, 1850; Les Confessions de J.'-J, Rousseau. — 4.

Voir le ch. xxv.

retour sur lui-môme ne lui valait rien, et il y revenait sans cesse. Cependant la plaie parait un peu moins saignante ici que dans les Dialogues, Auraitil donc , dans ses derniers jours , recouvré un peu, ' bien peu, de paix et de calme? Se serait-il approché de cet état d'indifférence et de mort à toutes choses auquel il aspirait et qull dit avoir atteint * ?

Les Rêveries sont encore une sorte d*addition aux Confessiom, et une addition presque sans faits. L'auteur veut étudier Tétat de son àme , dans la situation unique que lui ont faite ses ennemis. On aimerait à voir ses méditations appuyées sur un plus grand nombre de réalités visibles et palpables. Il a bien eu le projet d'écrire la suite de ses Confessions ; mais à quoi bon? N'est-il pas mort au monde, et né veut-il pas lui rester à jamais indifférent ? Faut-il relever de nouveau la persistance avec laquelle il insiste sur sa conduite toute de sensation actuelle et d'impulsion naturelle, sans que le devoir et la vertu y aient aucune part? « C'est mon naturel ardent qui m'agite, dit-il; c'est mon naturel indolent qui m'apaise. Je cède à toutes les impulsions présentes ; tout choc me donné un mouvement vif et court; sitôt qu'il n'y a plus de choc, le mouvement cesse ; rien de communiqué ne peut se prolonger en moi^

Autre pensée qui revient plusieurs fois sous sa plume. Il n'a point fait de bonnes actions ; cela lui eût été doux ; mais on lui a rendu le bien impossible par les persécutions qu'on lui a fait subir. C'est un défaut commun de rejeter sur autrui la

1. Réveriei, passim; et no- | 2. Rêveries. 9» Promenade, tammeut 8« Promenade. —

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responsabilité de ses fautes ; mais qui a empêché Rousseau de bien faire, sinon lui-même, ses passions, ses faux systèmes, sa paresse, sa faiblesse surtout? Il fut toujours si jaloux de sa liberté et de son indépendance ; n'aurait-il donc sacrifié que sa liberté de faire le bien? Cela prouverait qu'il n'y tenait pas beaucoup.

Jean-Jacques revient de temps à autre sur son passé ; il cite deux ou trois traits dont il n'avait rien dit dans les Confessions ; il parle de ses jeunes années, de ses relations avec les philosophes, de sa réforme, de ses ouvrages, de ses enfants, de l'affaire Bovier; nous avons parlé nous-même de toutes ces choses en leur temps. Mais il en est une qui nous a serré le cœur; c'est sa dernière pensée : « Aujourd'hui, jour de Pâques fleuries, dit-il, il y a précisément chiquante ans de ma première connaissance avec M"® de Warens (c'était par conséquent le 12 avril 1778, moins de trois mois avant sa mort). Il n'y a pas de temps ou je ne me rappelle avec joie et attendrissement cet unique et court temps de ma vie, ou je fus moi pleinement, sans mélange et sans obstacle, ei où je puis véritablement dire avoir vécu*. » Ainsi, jusqu'au bord de la tombe, il garde, au moins comme un souvenir précieux, les souillures de sa jeunesse. Il a beaucoup parlé de morale ; voilà sa morale, alors même que les glaces de l'àme ont dû calmer ses sens.

Parmi les faits récents que Jean -Jacques cite dans ses Rêveries y il y en a fort peu qui méritent d'être rapportés. Que nous importe qu'il ait donné des oubUes à une pension de petites filles^ ou fait

i. /0« Promenade.

la conversation avec des invalides? Le seul événement intéressant qu'il raconte a trait à un accident qui lui arriva le jeudi 24 octobre 1776 *. Il revenait d'une excursion botanique du côté de Charonne^ rêvant à sa vie innocente et à ses infortunes, quand, à la descente de Ménilmontant, il fut renversé par le chien du comte de Saint-Fargeau. Sa chute fut d'une violence extrême. Étourdi du coup, il resta longtemps sans connaissance et eut beaucoup de peine à se reconnaître. Cependant il s*en retourna assez légèrement chez lui, tout en crachant beaucoup de sang. Il passa la nuit sans connaître encore ni sentir son mal; mais le lendemain, voici ce qu'il trouva : il avait la lèvre supérieure fendue jusqu'au nez, quatre dents enfoncées à la mâchoire supérieure, le visage enflé et meurtri, le pouce droit foulé, le pouce gauche blessé grièvement, le bras gauche foulé, le genou gauche enflé et contusionné, et, avec tout ce fracas, rien de brisé, pas même une dent. Nous respectons le récit de Rousseau; celui de Grimm est un peu différent et beaucoup moins dramatique'. Le lendemain, Corancez trouva à son ami beaucoup de fièvre. Le pauvre Jean-Jacques avait le visage tout enflé et couvert de petites bandes de papier, qu'il avait fait coller sur ses blessures. Il n'y avait pas moyen de prêter au chien des vues malfaisantes et des projets médités ; aussi, était-il le premier à l'excuser, ce qu'il n'aurait sans doute pas fait pour un homme. Jamais il n'avait eu plus de raison pour s'affliger. « Cependant, dit Corancez, le cours de la conversation nous amena tous deux à des propos si gais, que le malheureux, dont

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