‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 136 sur 158 · Mercier, sect · texte numérisé non relu

Mercier, sect

Aussi; une grande partie de ce que, dans un certain langage, on appelle les conquêtes de la Révolution^ est-elle l'application plus ou moins fidèle de se3 théories. Sauf le régime représentatif, auquel, comme on sait, Rousseau était opposé, il n'y a rien en quelque sorte qui ne soit son œuvre. Tout le monde est d'accord pour lui attribuer l'introduction dans la pratique des gouvernements modernes du grand principe de la souveraineté du peuple. On lui fait également honneur des idées d'égalité civile et politique et de liberté individuelle ; on y peut joindre la toute-puissance de la loi, l'absorption de l'individu par l'État, l'écrasement des minorités , le fanatisme patriotique, qui a joué un si grand rôle dans les événements de cette époque, l'affaiblissement des idées de propriété, l'ingérence du pouvoir civil dans le domaine des consciences. La confiscation des biens de l'Église et des émigrés n'est que l'application des principes de Rousseau sur la propriété; la constitution civile du clergé, l'abolition des vœux, comme contraires à la nature et favorisant le fanatisme, la suppression de ce qui restait encore des corporations, comme portant atteinte à Tunité nationale, sont la mise en pratique de son chapitre sur la Religion civile. La reconnaissance par Robespierre de l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'àme a la même origine. Et le peuple assemblé en permanence, et les élections perpétuelles, et les levées en masse, et l'éducation professionnelle et nationale, et le culte de la Raison, et les fêtes républicaines de la Jeunesse, de la Vieillesse, des Epoux, de l'Agriculture, et le bouleversement des usages, des costumes, du langage, des manières, des sentiments, des choses et des

DE J£ÂN~JÀGQUES ROUSSEAU.

noms, est-il un fait ou une institution où Ton ne retrouve en quelque sorte la signature de Rousseau?

De la grande tribune nationale et des actes officiels des gouvernements, voulons-nous descendre à des tribunes moins élevées ou aux événements de la rue, aux Jacobins, aux Clubs, aux réunions publiques, aux articles de journaux, aux livres, aux pamphlets, aux brochures, aux hommes et aux femmes de la Révolution, nous n'y retrouvons pas moins le nom de Rousseau; il est cité partout, il remplit tout de sa personne. Parmi ses disciples, M"* Rolland est une des plus brillantes, Robespierre se donne comme le plus fidèle. Il avait toujours le Coîitrat social SUT sdi table, comme une sorte d'évangile. Il écrivit, dit-on, son rapport sur l'immortalité de Tàme sous les ombrages de Montmorency et, en apôtre fidèle de la tolérance selon Rousseau, il envoya à Téchafaud quiconque osait le contredire. Charlotte Corday elle-même s'était nourrie des ouvrages de Rousseau, et Marat, « Marat au cœur sensible », comme on Ta appelé quelque part*, faisait des lectures publiques du Contrat social,

La Révolution a la prétention d'imiter Rousseau jusque dans son style. Il est vrai que, le plus souvent, elle n'en fait que la caricature. Elle a ses tirades sentimentales qui se promènent dans le sang ; elle a sans cesse à la bouche le bonheur de Thumanité; mais ses utopies humanitaires ne se réalisent qu'à force d'amputations.

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