‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 137 sur 158 · Lettre adressée au député girondin Ducos par sa femme · texte numérisé non relu

Lettre adressée au député girondin Ducos par sa femme

Voir Wallon, Histoire du tri-

bunal révolutionnaire, t. I, ch. XI.

Enfin, les communistes eux-mêmes doivent reconnaître la paternité de Jean-Jacques. Ils ont sa doctrine sur la propriété. Il est à remarquer que Babeuf, dans son procès, étayait son système par de nombreuses citations de Mably, de Diderot et de Rousseau '. Il est vrai que le communisme relève plutôt du Discours sur Vlnégalité que du Contrat social; que le premier est le code de la révolution sociale, comme l'autre est celui de la révolution politique; mais, d'une façon comme d'une autre, c'est toujours Rousseau.

Quelques personnes cependant ont nié que Jean- Jacques Rousseau fût un véritable précurseur de la révolution , sous prétexte que , s'il eût vécu , il en ei\t répudié les violences. Que ce soit pour lui en faire un mérite ou un reproche, peu importe. Ainsi, peu de temps avant que parût le livre : J.'J, Rousseau considéré comme un des auteurs de la révolution française ', il en avait paru un autre : /.-/. Rousseau aristocrate^. Autrefois on avait fait aussi un Rousseau chrétien. Tous ces ouvrages peuvent être vrais ; mais ils ont l'inconvénient de ne rien prouver. Jamais écrivain ne prêta plus que Jean-Jacques à des jugements divers, selon le choix qu'on faisait dans ses œuvres, par la raison que jamais aucun, avec une direction générale unique, ne fit plus d'échappées contradictoires à droite et à gauche.

Il est juste cependant de faire une distinction très importante à ce sujet. On peut, dans la révolution, considérer trois choses : les principes, les

1. Mùniteur, 9 mai 1797. — i 1791. — 3. Par Ch. F. Le Nor- 2. Par Mbrgibr, 2 vol. in-S, | mand, in-8 de 109 p., 1790.

DE JEA1>(-JÂCQUES ROUSSEAU. 587

moyens et le but. Sur les principes, contrat social, souveraineté du peuple, omnipotence de la loi, etc., il ne peut y avoir Tombre d'un doute : oui, Rousseau fut un révolutionnaire, et non pas un révolutionnaire vulgaire, mais un chef écouté et obéi, un maître puissant, un initiateur, un législateur. Sur le but, on peut voir par Ténumération de ce qu'on a appelé les conquêtes de la révolution, combien il y en a dont Rousseau peut réclamer la paternité. 11 est sûr d'ailleurs qu'on ne se serait pas tant prévalu de ses idées, si on ne les avait pas partagées. (( Les maximes de Rousseau, dit encore Mercier, ont formé la plupart de nos lois , et nos représentants ont eu tout à la fois la modestie et la loyauté d'avouer que le Contrat social fut, entre leurs mains , le levier avec lequel ils ont soulevé et enfin renversé ce colosse énorme du despotisme qui, depuis tant de siècles, foulait si cruellement la nation*. »

.Quant aux moyens, on doit reconnaître que Rousseau fut constamment l'ennemi de la violence et des excès matériels. C'était chez lui affaire de tempérament. Non seulement la violence lui faisait horreur, mais un acte simplement énergique effrayait sa paresse. Jean- Jacques , avec une intelligence d'élite, était au fond un pauvre caractère. Nous avons au moins ici le bon côté de sa mollesse. Heureux si ses disciples, les Barrère, les Robespierre, les Lebon et tant d'autres avaient, comme lui, manqué de caractère. Sous ce rapport donc, ses disciples l'ont fort mal suivi. En face du Comité de Salut public et de la Terreur, il eût, s'il avait vécu,

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