Moniteur du 8 vendémiaire an UI
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Le buste est déposé à sa place; chacun le couronne de fleurs ; des discours sont prononcés ; le soir, seize cents lampions (encore dus après cinquante-deux ans, dit Quesné) éclairent les bosquets ; les danses se prolongent jusqu'au jour; Tenthousiasme est g'énéral ; enfin Tempressement à Tinauguration de la Sainte Image contraste heureusement, suivant certaines g'ens, avec l'isolement où on laisse Louis XVI et Marie-Antoinette dans leurs Tuileries. Peu d'années après, le monument disparut et les pierres furent dispersées *.
Genève tint aussi à honorer la mémoire de son grand citoyen. On lui éleva une colonne de quarante pieds de haut, surmontée de son buste. La cérémonie d'inauguration fut ce que sont toutes ces fêtes : musique, comités populaires, officiers municipaux et représentants de la nation, chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles portant la statue de la liberté, groupe de mères de famille, à la t^te desquelles était la sœur de lait de Rousseau, fleurs et couronnes, chants et discours, repas patriotique et danses.
La fête, commencée en 1793, le jour anniversaire de la naissance de Rousseau, se continua à pareille époque, pendant cinq années. En 1798, Genève étant occupée par la France , le corps administratif déclara que « la patrie genevoise ayant cessé d'exister, il est hors de propos de célébrer la fête de notre grand patriote *. »
1. Prud^hommb, Les Révolutions de Paris, 24 septembre au !•• octobre 1791 ; — Qubsné, Particularités, etc. — 2. Gaberbl, J.-J. Rousseau et les Getievois, ch.
VI, § 1 ; — Moniteur du 11 juillet 1793. — Extrait des registres de l'Assemblée nationale de Genève; cité au Moniteur français du 7 janvier 1794.
Mais la grande cérémoaie de l'apothéose était destinée à efiEacer toutes les autres. Plusieurs fois, comme on le sait, elle avait été demandée. Thérèse elle-même, accompagnée d'une députation de la Société républicaine de Franciade (Saint-Denis) avait apporté ses réclamations*. Le Comité d'instruction publique fut chargé d'étudier la question'. Lakanal, dans un long rapport, établit les titres de Rousseau à des honneurs exceptionnels, régla la composition et l'ordre du cortège et donna tout le programme de la' fête. Elle fut fixée au 20 vendémiaire an III. Il avait d'abord été question du cinquième jour complémentaire; mais Tapothéose de Marat devant avoir lieu ce jour-là, pour la seconde fois, Rousseau se trouva en compétition avec Marat, et pour la seconde fois, Marat lui fut préféré'.
Cependant, par une sorte de compensation, la fête de Rousseau fut autrement solennelle et brillante que celle du féroce révolutionnaire*. Les Genevois avaient obtenu d'y être largement représentés*, et le club des Jacobins avait décidé de s'y transporter en masse *.
Le 18 vendémiaire, dès 4 heures du matin, le corps de J.-J. Rousseau, pieusement déposé sur un char décoré avec richesse par les soins de l'écuyer Franconi, partait d'Ermenonville et prenait lentement le chemin de Paris. Tout le long du par-
1. Moniteur du 27 germinal an II. — 2. Moniteur du 18 fructidor an II. — 3. Après le 9 thermidor, Rousseau prit sa revanche, et ses bustes furent plus d'une fois appelés à remplacer ceux de Marat. (John
Grand-Cajltbhbt, p. 520.) —