Emile, 1. L - 2. Id., 1. II. —3. Id., l. I
craint qu'un enfant ne se noie en apprenant à nager; qu'il se noie en apprenant ou pour n'avoir pas*^u appris, ce sera toujours votre faute*. » S'agit-il, au contraire, de la raison et de la morale^ U n'ose se mouvoir, de peur de faire un faux pas : par crainte de l'erreur, il préconise l'ignorance ; par crainte du vice, il se garde de la vertu ; par crainte de la civilisation, il se défie de l'éducation, ou plutôt il n'admet comme naturelle qu'une éducation, celle des sens ; la moralité et la volonté ne sont sans doute pas naturelles à ses yeux^
Et il veut faire un homme ! Mais il ne fera qu'un ^ animal! Quand il aura bien exercé les sens, leur^^ éducation sera faite ; ils seront devenus puissants et y/ délicats ; mais à quel point en seront les autres facultés? Que Rousseau dise, tant qu'il voudra, que sa méthode disposera l'enfant à suivre, quand le temps en sera venu, les leçons de la raison; c'est là le contraire de la vérité. Ce n'est pas en négligeant la raison qu'on lui donnera de la puissance. On rap- ^ porte que des parents qui ont élevé leurs fils d'après u le système de Rousseau en ont fait des idiots ; leur raison^ faute de culture, est demeurée à l'état rudimentaire. Nous ne garantissons pas ces anecdotes ; t^ néanmoins elles paraissent vraisemblables.
Il y aurait exagération à prétendre qu'il est permis de négliger l'éducation des sens; ils ont leur rôle important dans l'économie humaine, et à ce titre ils ont droit à être soignés et cultivés. Mais ou peut être sûr que, même sans aide, ils sauront se faire leur place et la conserver. Les sens sont essentiellejnent envahissants; un des objets de l'éducation est ^
i. ÉmiU, 1. II. - 2. Id.
^ précisément de les contenir dans leurs limites légitimes. Faire l'éducation d'un enfant, c'est, au moins en partie, le tirer de la domination des sens; c'est développer chez lui les germes d'intelligence, de raison, de conscience, de sentiments affectueux et nobles que Dieu y a déposés le jour de sa naissance ; c'est, en un mot, remettre chaque chose à sa place. On peut dire tout cela à. Rousseau, ps^rce qu'il est capable de le comprendre, et que lui-môme Ta affirmé plus d'une fois.
Ce serait bien vainement d'ailleurs que le maître prétendrait soustraire l'enfant à toute action extérieure. Cette difficulté ne pouvait échapper à Rousseau, « Si votre élève n'apprend rien de vous, se dit-il à lui-même, il apprendra des autres ; si vous ne prévenez Terreur par la vérité, il apprendra des mensonges. Les préjugés que vous craignez de lui donner, il les recevra de tout ce qui l'environne ; ils entreront par tous ses sens. » On ne pouvait mieux poser Tobjection. « Il me semble, ajoute-t-il, que je pourrais aisément répondre à cela; mais pourquoi toujours des réponses*? » Et il poursuit tranquillement sa route. Dans un autre passage cependant, il semble se préoccuper davantage de ce cas embarrassant. Il reconnaît que l'enfant ne peut vivre absolument écarté de tous les humains, comme dans le globe de la lune ou dans une lie déserte, et il s'en désole ^ Regrets inutiles. Il ferait mieux de s'appliquer à choisir et à régler ces influences extérieures. Malheureusement, ces impressions, dues au hasard, seront rarement salutaires, et il arrivera que le temps perdu pour la