Emile, 1. III. - 2. Id. — 3. ld„ 1. IV
DE JEAN- JACQUES ROIjSSEAU. 77
ciales, Torâre moral, les idées intellectuelles, la religion, telles sont, en attendant le mariage et la politique, les problèmes qui vont se presser, mais que, malgré ce qu'en dit Rousseau, Emile est bien peu préparé à résoudre.
Rousseau semble ici appliquer exclusivement le mot de passions à l'attrait qui porte un sexe vers l'autre. Ce sens est trop restreint. L'effervescence de la jeunesse est toujours précédée d'autres passions qui n'ont pas d'âge, comme la colère, la vanité, l'orgueil, la jalousie, ou même de passions plus spéciales à l'enfance, comme la paresse ou la gourmandise. Jean-Jacques n'en parle pas ou en parle à peine, sans doute parce qu'elles n'entraient pas dans son plan; elles l'auraient fait sortir du monde des sens, le seul qu'il regardât comme accessible à l'enfant, pour l'introduire dans le monde moral. Comme il n'en a rien dit à Emile, il suppose peut-être qu'elles sont restées muettes; mais la passion, quelle qu'elle soit, n'attend la permission de personne pour se manifester.
Ces réserves faites, nous n'en admirerons que plus à notre aise les vues excellentes et élevées que Jean-Jacques a répandues sur cette matière. Il a senti l'importance du problème qui se posait devant lui et s'est appliqué courageusement à le résoudre. Non content de voir, il a cherché à prévoir; il a étudié la passion, telle qu'il l'entend, dans ses premiers symptômes et dans ses premiers mouvements. Sachant qu'il n'est ni possible, ni conforme à la nature de l'empêcher de naître, il a voulu du moins en retarder l'éclosion, afin de lui préparer une naissance plus heureuse *. Cette pensée n'est pas neuve;