Emile, 1. IV
à régler ses aflFections selon Tordre de la nature. Apprenez-lui à « aimer tous les hommes, même ceux qui le déprisent... C'est par ces routes, et d'autres seijiblables , bien contraires à celles qui sont frayées, qu'il convient de pénétrer dans le cœur du jeune adolescent, pour y exciter les premiers mouvements de la nature, le développer et rétendre sur ses semblables. A quoi j'ajoute qu'il importe de mêler à ces mouvements le moins d'intérêt personnel qu'il est possible. Surtout point de vanité, point d'émulation, point de gloire, point de ces sentiments qui nous portent à nous comparer aux autres; car ces comparaisons ne se font jamais sans quelque sentiment de haine contre ceux qui nous disputent la préférence, ne fût-ce que dans notre propre estime*. »
Pourquoi faut-il que nous interrompions ces belles réflexions par la note discordante de la critique? Ces conseils sont fort bons; le malheur est qu'ils ne s'appuient sur rien. Remarquons qu'Emile ne sait pas encore ce que c'est qu'une action bonne ou mauvaise. Il ne faut assurément pas blâmer les parents qui cultivent chez leurs enfants une heureuse disposition aux sentiments affectueux, et encore veillent-ils à ce que, dès Torigine, cette tendance à aimer soit éclairée par la loi du devoir et des convenances. Ces sentiments, ces idées se développent avec l'Age, et le pli d'une habitude saine, contractée avant l'éveil des passions, se maintient pour ainsi dire naturellement après. Mais un être parvenu à l'Age de raison , un adolescent de quinze ou seize ans, va-t-il se contenter de cette vague sentimen-