‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 31 sur 158 · ÈmiUy 1. IV · texte numérisé non relu

ÈmiUy 1. IV

au spectacle du vice, on ne le déshabitue de la pitié ; qu'eufin la perversité générale lui serve moins de leçons que d'excuse.

Cependant cette science de la perversité humaine, il est nécessaire qu'il l'acquière. L'idéal serait « qu'il pensât bien de ceux qui vivent avec lui, et qu'on lui apprît à si biep connaître le monde, qu'il pensât mal de tout ce qui s'y fait... qu'il fut porté à estimer chaque individu, mais qu'il méprisât la multitude. »

« Pour lever à la fois ces deux obstacles et pour mettre le cœur humain â sa portée, sans risquer de gâter le sien, je voudrais, dit Rousseau, lui montrer les hommes au loin ; les lui montrer dans d'autres temps ou dans d'autres lieux, et de sorte qu'il pût voir la scène, sans jamais y pouvoir agir. Voilà le moment de Thistoire \ »

On doit bien penser qu'Emile n'apprendra pas l'histoire en suivant, comme tout le monde, des cours réguliers. S'il lui faut des livres, il en aura le moins possible; son preuiier livre sera, comme toujours, l'expérience. Chemin faisant, Jean-Jacques profite de son traité pour donner ses idées sur l'histoire , de même qu'il Ta fait sur d'autres sujets, et qu'il le fera encore. Il regrette, non sans raison, que l'histoire, ne racontant guère que les combats, les crimes, les malheurs des nations, calomnie le genre humain ; mais lui-même en fait-il donc d'habitude un portrait si flatteur? Il se défie des historiens, de leurs préjugés, de leur partialité, de leur ignorance, et il en conclut que « les pires historiens pour un jeune homme sont ceux qui jugent. » La conclu-

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