Emile, 1. IV
sion aurait été plus juste s'il avait dit que les meilleurs sont ceux qui jugent bien, et qu'il faut, autant que possible, les choisir éclairés et impartiaux. Il se plaint qu'ils fassent connaître les actions plutôt que les hommes ; mais comment connaître les hommes, sinon par leurs actions? Deux pages plus haut, il avait dit : « Les faits, les faits ! et qu'il juge luimême ; c'est ainsi qu'il apprend à connaître les hommes. » Reste à savoir si l'élève se donnera, la peine de juger, s'il est en état de le faire, et si des jugements sages ne lui en apprendraient pas plus long que des réflexions qu'il ne fera pas. Rousseau a craint maintes fois de donner à Emile une instruction au-dessus de sa portée ; ne tomberait-il point ici dans Técueil dont il se gardait si soigneusement? Fidèle à son amour pour les Anciens, il bannit l'histoire moderne ; il aime les vies ; elles font mieux connaître Thomme ; il n'admet pas la philosophie de l'histoire et parait la rechercher sans cesse. En somme, au lieu de connaître l'histoire par les hommes, il regarde comme plus sage et plus prudent de connaître les hommes par l'histoire ; pensée juste, mais qui n'a rien de nouveau '. Emile, esprit neuf, cœur libre de préjugés et de passions, âme bienveillante et équitable, est au seul moment de la vie où il puisse juger sainement ef inapartialement les hommes ; il a au plus haut degré le sens de l'histoire. Il faut toutefois craindre pour lui recueil de l'amour-propre. Toutes les fois qu'il se comparera aux autres hommes, son équité même le forcera à se préférer à tous. « Je suis sage, se dira-t-ily et les hommes sont fous. En les plai-