‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 33 sur 158 · JFmîfe, I.IV · texte numérisé non relu

JFmîfe, I.IV

gnant, il les méprisera. » Allez-vous, pour le ramener, lui faire de beaux raisonnements ? Ce serait bien peine perdue. Faites-lui faire des écoles. Exposez-le volontairement à tous les accidents qui peuvent lui prouver qu'il n'est pas plus sage qu'un autre ; laissez les étourdis l'entraîner dans leurs extravagances, les flatteurs se moquer de lui, les filous le dévaliser, les grecs le plumer au jeu. <c Les seuls pièges dont je le garantirais avec soin, ajoute Rousseau, seraient ceux des courtisanes. » Et encore, s'il tient à en essayer, faut-il que le maître l'accompagne ; car il est de règle que le maître , après avoir dûment averti son élève, doit ensuite partager toutes ses folies. « Je demanderais volontiers, dit Jean-Jacques, au gouverneur de certain jeune homme, combien de fois il est entré dans un mauvais lieu, pour le service de son élève. Combien de fois ? Je me trompe. Si la première n'ôte à jamais au libertin le désir d'y rentrer ; s'il n'en rapporte le repentir et la honte ; s'il ne verse dans votre sein des torrents de larmes, quittez-le à l'instant; il n'est qu'un monstre, ou vous n'êtes qu'un imbécile. Yous ne lui servirez jamais à rien\ » Nous aussi, nous sommes persuadés, mais dans un autre sens, que le gouverneur qui accompagne son élève dans un mauvais lieu, ne fût-ce qu'une seule fois, n'est en effet qu'un imbécile, et qu'il fera bien de chercher fortune ailleurs.

L'expérience personnelle étant parfois dangereuse ou impossible, le, rôle de l'histoire est de nous instruire par l'expérience d'autrui. La fable partage le même privilège. Le jeune homme est arrivé à un

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