Emile, 1. IV
âge OÙ il en peut comprendre les leçons ; mais supprimez-en les morales. Il les tirera aussi bien luimême et les appropriera mieux à sa situation. Que s'il n'est pas capable d'entendre les fables sans Texplication, il ne les entendra pas même ainsi.
Ces études préparent Emile à tenir sa place dans le monde, mais elles sont bien théoriques ; il est à' propos de lui en donner aussi de plus pratiques. « Quand je vois, dit Rousseau, que dans Tâge de la plus grande activité, Ton borne les jeunes gens à des études purement spéculatives, et qu'après, sans la moindre expérience, ils sont tout d'un coup jetés dans le monde et dans les affaires, je trouve qu'on ne choque pas moins la raison que la nature, et je ne suis plus surpris que si peu de gens sachent se conduire'. » Paroles assez justes, qui signalent un abus très commun alors, et que nos surnumérariats et nos filières administratives ont atténué, mais non détruit. Mais qu'a donc fait Rousseau jusqu'à présent d'Emile, sinon un bon menuisier et un être très ignorant d'ailleurs? Aussi confesse-t-il qu'il- y a une lacune à l'éducation de son élève. Pour la combler, il propose un moyen qu'on n'attendait sans doute pas de sa part, les bonnes œuvres. « Occupez votre élève, dit-il, à toutes les bonnes actions qui sont à sa portée. Que l'intérêt des indigents soit toujours le sien, qu'il ne les assiste pas seulement de sa bourse, mais de ses soins, qu'il les serve, qu'il les protège, qu'il leur consacre sa personne et son temps, qu'il se fasse leur homme d' affaires ; il ne remplira de sa vie un si noble emploi '. »