‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 40 sur 158 · Lettre à Dupeyrou, 8 décembre · texte numérisé non relu

Lettre à Dupeyrou, 8 décembre

Ces vérités, toutes belles qu'elles sont, seraient peu de chose, si elles n'aboutissaient à Famour du bien et à la pratique de nos devoirs. On doit penser que Rousseau a consacré à cette partie de son travail tout son talent et tous ses soins. Il ne croit pas que la vérité métaphysique soit à notre portée ; mais il est persuadé que la vérité morale, la vérité qui nous est utile, est bien plus près de nous \ Si donc il a fondé ses opinions métaphysiques sur la conscience, à plus forte raison y fera-t-il appel pour la morale. Il est élémentaire, à la vérité, que le mot conscience pe peut avoir la même signification dans les deux cas ; Jean-Jacques s'en explique à peine. Entre la raison qui trompe et la passion qui égare, il place donc la conscience, qui ne trompe jamais, qui est la voix de la nature écrite au cœur de rhomme en caractères ineffaçables.

Si l'on voulait rassembler tout ce que Jean- Jacques a dit sur la conscience, on ferait un recueil charmai^t, sinon toujours exact. « Conscience ! conscience ! s'écrie-t-il , instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre, juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu! C'est toi qui fais Texcellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m'égarer d'erreurs en erreurs, à l'aide d'un entendement sans règle et d'une raison sans principe. »

Il est difficile de faire sortir la vertu désintéressée de Tamour de soi; mais Rousseau, sans renier ici son principe, le laisse sagement dans l'ombre ou

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