Leltre à M. M., 7 décembre
raccommode pour le besoin de sa cause. Aussi ses conclusions valent elles beaucoup mieux que ses prémisses. Sa distinction de la passion, voix du corps, et de la conscience, voix de Tâme ; la qualité d'être sociable, qu'il veut bien reconnaître à l'homme, lui viennent en aide pour montrer la puissance de notre faculté morale. « Il est donc, dit-il, au fond des âmes, un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d'autrui, comme bonnes ou mauvaises, et c'est à ce principe que je donne le nom de conscience. »
Il faut voir comme Rousseau fait bonne justice des objections contre la conscience. Il est vrai que, tout en se défendant de philosopher, il ne fait pas autre chose; mais pourquoi s'en plaindrait-on, s'il fait de bonne philosophie?
N'est-ce pas encore de la philosophie, et de la meilleure, que la netteté avec laquelle il place Dieu à la base de la morale. « Si la divinité n'est pas, dit-il, il n'y a que le méchant qui raisonne ; le bon n'est qu'un insensé. » Et il développe le bonheur que le juste éprouve à remplir ses devoirs, sous les yeux de Féternelle justice, à se sentir son ouvrage et son instrument, à acquiescer à Tordre établi par elle, sûr de jouir un jour de cet ordre et d'y trouver sa félicité. « Mon fils, dit-il encore, tenez votre àme en état de désirer qu'il y ait un Dieu, et vous n'en douterez jamais. »
Cette doctrine du reste n'est pas, chez Rousseau, l'opinion d'un moment; il la professa toute sa vie. On la rencontre déjà dans sa Lettre sur la Providence, et Deleyre lui en fait un reproche *. Il la reproduit