Lettre de Deleyre à Rousseau, 29 octobre
DE JEAN-JACQITES ROUSSEAU. lit
dans les Pensées, qui lui servirent sans doute pour la composition de V Emile. « Sans religion, il ne peut y avoir ni vraie probité, ni bonheur solide*. » Il y revient dans sa lettre du 15 janvier 1769. « Arracher toute croyance en Dieu du cœur de rhomme, c'est y détruire toute vertu... Le moyen. Monsieur, de résister à des tentations violentes, quand on peut leur céder sans crainte, en se disant: A quoi bon résister? — Pour être vertueux, le philosophe a besoin de l'être aux yeux des hommes; mais sous les yeux de Dieu, le juste est bien fort. Il compte cette vie , et. ses biens , et ses maux, et toute sa gloire pour si peu de chose! Il aperçoit tant au-delà *. » La foi persévérante de Rousseau lui fait ici d'autant plus d'honneur, qu'il lui fallait, pour la garder intacte, un véritable courage : courage contre son siècle et ses amis, et, ce qui est plus méritoire , courage contre lui-même ; contre ses principes, qui Tinclinaient visiblement vers la morale indépendante ; contre la pratique de sa vie, si peu en harmonie avec les préceptes austères de la religion et de la vertu.'
11 est vrai qu'à l'en croire, aucune vie n'aurait été plus que la sienne, pénétrée de la pensée et de la présence de Dieu. « Je médite, dit-il, sur l'ordre de l'Univers, non pour l'expliquer, par de vains systèmes, mais pour l'admirer sans cesse, pour adorer le sage auteur qui s'y fait sentir. Je converse avec lui, je pénètre toutes mes facultés de sa divine essence, je m'attendris à ses bienfaits , je le bénis de ses dons , mais je ne le prie
4. Pensées d'un esprit droit, [ 15 janvier 1769. Voir aussi, ch. IX. — 2. Lettre à M. X., \ LcWrc à JlfouKou, 14 février 1769.
pas. » Et Rousseau prétend justifier son opinion par deux ou trois sophismes cent fois réfutés : Tordre établi par Dieu est l'œuvre de sa sagesse ; vouloir le lui faire changer serait substituer ma sagesse à la sienne ; implorer son secours pour mieux faire serait lui demander ce qu'il m'a donné; le prier de changer mes dispositions serait lui demander ce qu'il me demande et vouloir qu'il fasse mon œuvre. Mais ces arguments couvrent plus d'orgueil que de bonnes raisons et sont un excellent moyen de se dispenser du travail effectif de notre amélioration morale. Pour prouver que la prière est irrationnelle, il faudrait prouver d'abord que Dieu s'est lié les mains en établissant Tordre de la nature et ne peut pas y introduire les exceptions qu'il lui plaît et que lui-même a prévues; qu'il n'a pas jugé digne de sa sagesse et utile à notre progrès moral de faire dépendre son secours de la demande que nous lui en ferions. Au fond, un acte spéculatif de contemplation ou d'adoration coûte peu, parce qu'il engage à peu de chose; mais on peut dire aussi qu'il profite en proportion de ce qu'il coûte. Une demande formelle suppose de notre part une soumission plus complète, nous, met en communication plus fréquente et plus intime avec Dieu par le sentiment naturel de notre intérêt et la pensée incessante du besoin que nous avons de lui, nous dispose davantage à nous rendre dignes de ses dons ; la simple demande que nous lui faisons de nous aider est déjà une disposition à nous aider nousmêmes et à correspondre à sa grâce.
La première partie de la Profession de foi est pleine de belles et grandes vérités, exprimées en termes magnifiques. Elle n'est autre chose que la
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religion naturelle ; c'est le plus bel éloge que nous en puissions faire ; et si nous avons apporté des réserves à nos louanges, c'est précisément parce que nous avons signalé plusieurs points où elle s'en écarte. Mais de ce que la religion naturelle est la vérité, s'ensuit-il qu'elle soit toute la vérité? Elle est nécessaire à rhorame ; lui suffit-elle ? Ces questions nous amènent à Texamen de la seconde partie de la Profession de foi.
Cette seconde partie est destinée à traiter de la Révélation et des Écritures. Mais hélas ! dit le bon prêtre, « je ne vous avais rien dit, jusqu'ici, que je ne crusse vous être utile et dont je ne fusse intimement persuadé. L'examen qui me reste à faire est bien différent; je n'y vois qu'embarras, mystères, obscurités; je n'y porte qu'incertitude et défiance. » Singulière entrée en matière, pour un bon prêtre! Mais s'il ne croit pas à la religion révélée, comment en reste-t-il le ministre? Qu'il la quitte d'abord, et nous verrons ensuite si nous devons ajouter foi à ses paroles. Si Jean-Jacques avait eu le moindre sentiment des convenances, aurait-il pris pour interprète de la religion ce prêtre , qu'il suppose scandaleux et hypocrite*, qui a commencé par se débarrasser du fardeau de la continence, qui du reste trafique des choses de Dieu, remplit pour de l'argent des fonctions sacrées, sans y joindre le
1. Supposition toute gra- [ l'avons vu ci-dessus, ch. III. lui te d'ailleurs 4 comme nous
tribut intérieur de sa pensée et de son cœur, qui dit la messe sans foi, qui administre des sacrements qu'il croit inutiles , qui prêche , quoiqu'il soit fort embarrassé pour le faire; qui, en un mot, reste prêtre catholique sans croire au catholicisme, et champion de la religion naturelle, bien qu'il en ob* serve assez mal les préceptes?
Par un hasard singulier, Rousseau, qui, toute sa vie, a compris plus ou moins dans ses fonctions celle de directeur des consciences, a eu l'occasion de donner pratiquement son avis sur cette situation anormale d'un ^prêtre hésitant entre son incrédulité et son état. On ne doit pas s'étonner qu'il se soit inspiré alors des souvenirs de son livre. Un abbé, sorte de vicaire savoyard (espérons que l'espèce en est rare), lui a exposé ses doutes et ses scrupules. M Votre délicatesse sur l'état ecclésiastique, répond Rousseau, est sublime ou puérile, selon le degré de vertu que vous avez atteint. Cette délicatesse est sans doute un devoir pour quiconque remplit tous les autres; et qui n'est ni faux ni menteur en rien dans ce monde, ne doit pas l'être, même en cela. Mais je ne connais que Socrate et vous, à qui la raison pût passer un tel scrupule; car, à nous autres hommes vulgaires, il serait impertinent et vain d'en oser avoir un pareil. Il n'y a pas un de nous qui ne s'écarte de la vérité cent fois le jour, dans le commerce des hommes, en des choses claires, importantes et souvent préjudiciables; et, dans un point de pure spéculation, dans lequel nul ne voit ce qui est vrai ou faux, et qui n'importe ni à Dieu, ni aux hommes, nous , nous ferions un prime de condescendre aux préjugés de nos frères et de dire oui, là ou nul n'est
DE JEAX-JACQllKS ROCSSKAU.
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endroit de dire non!\ » Rousseau fait ici biea bon marché de la sincérité et de la dignité morale; il y tranche bien cavalièrement la grave question de la religion révélée. Il est vrai qu'il Ta examinée plus longuement dans sa Profession de foi. Revenons donc à la Profession de foi.
Avant de formuler ses objections, le bon vicaire déclare humblement « qu'il n'a que des doutes^... qu'il ignore s'il est dans Terreur... » Cela me donne déjà une assez triste idée de son caractère. — Mais alors, pourrait-on lui répondre, au lieu de me dire de chercher moi-même, ce qui ne vous empêche pas, en attendant, de me donner vos instructructions, vous feriez bien mieux de chercher tout le premier et de ne m'instruire que quand vous auriez de bonnes choses à m'apporter. Enseigner quand on n'a rien à dire, à quoi bon, et que peut-on enseigner ?
Les objections de Rousseau^ ou du vicaire, peuvent se réduire à deux : l"* la révélation est inutile, si même elle n^est nuisible ; 2'' la révélation est douteuse ; elle n'est fondée sur aucune preuve certaine et évidente; par suite elle ne saurait être obligatoire *.
Sur le premier point, Rousseau, qui craignait tant tout à l'heure de sonder les desseins de Dieu, se montre bien tranchant. La révélation est inutile ! Qu'en sait-il? Et si Dieu la juge utile? — Je ne puis
i. Letire à Fabhé de X., 6 janvier 1764. — 2. M"* de Chenonceaux a assez bien réfuté ces objections^ surtout la seconde, dans une longue lettre qu*eUe écrivit à Rousseau en
février 1765. — Où sont les femmes d'aujourd'hui qui seraient capables de soutenir une discussion thôologique contre nos libres-penseurs?
il6 LÀ V!E ET LES ŒUVRES
être coupable, dit-il, en servant Dieu selon les lumières qu'il donne à mon esprit. — Maïs les vérités révélées, s'il y en a, ne sont-elles pas aussi des lumières données à mon esprit? « Vous ne reconnaissez dans la révélation, lui écrivait M*"* de Chenonceaux, que les idées que la raison et la conscience nous persuadent sur notre auteur et nos devoirs ; mais est-ce qu'une révélation n'a pas précisément pour but de nous découvrir des vérités que la raison seule ne peut connaître*. » Montrez-moi, continue Rousseau, les vérités et les vertus qu'on peut faire naître d'un nouveau culte. — Mais lisez rËvangile,dont vous êtes l'admirateur, et dites s'il ne contient rien que votre esprit n'ait pu trouver à lui seul ; regardez les peuples chrétiens qui ont reçu la révélation, et dites s'ils ne sont pas plus éclairés et plus moraux que les peuples païens qui Tignorent. — Les Persans, dit-il encore, d'après Chardin, ont un pont appelé Poul-Serrho, où doit se faire la séparation des bons d'avec les méchants. Quand quelqu'un a souffert d'une injure, sa dernière consolation est de dire : Tu me le paieras au double au dernier jour; tu ne passeras pas le Poul-Serrho, que tu ne m'aies satisfait. « Philosophe, conclut Rousseau, tes lois morales sont fort belles, mais montre-m'en de grâce la sanction. Cesse un moment de battre la campagne et dis^moi nettement ce que tu mets à la place du l*oul--Serrho. » Tes lois morales sont fort belles, pourrait-on dire de même à Rousseau; mais valent-elles seulement le Poul-Serrho des Persans?
Mais les guerres de religion, mais les absurdités
i. Leiire fie février 17.>b.
dé certains cultes ne prouvent>elles pas que les révélations rendent les hommes orgueilleux, intolérants, cruels? — Peut-être prouvent-elles simplement que les révélations peuvent avoir leurs abus etque Forgueil, Tintolérance, la cruauté sont le triste apanage de Thumanité. Les païens et les idoli^tres de tous les pays sont-ils donc si humbles et si doux? — Mais, nous dira Rousseau, eux aussi ont leurs révélations^ tandis que u si Ton n'eût écouté que ce que Dieu dit au cœur de Thomme, il n'y aurait jamais eu qu'une religion sur la terre. » C'est peu probable, et quand Dieu aurait révélé à tous la même chose, il n'est rien moins que sûr que tous auraient entendu de même. Pures hypothèses d'ailleurs, qui n'apprennent rien et ne sont bonnes qu'à favoriser les habiletés et les sophismes.
Rousseau se préoccupe peu du culte extérieur. Sait-il si Dieu n'y attache pas plus de prix? Il le regarde comme pure affaire de police, sans songer que cette question de police peut devenir, entre les mains d'un gouvernement habile, un moyen puissant de peser sur les consciences et de fonder la tyrannie.
On en vient donc en définitive à se demander si Dieu a parlé. Rien ne l'empêchait, évidemment, de se révéler aux hommes. S'est-il révélé à eux? Question de fait, qui, comme toutes les questions de fait, se résoud mieux par le témoignage; mais que Rousseau, ennemi du raisonnement, préfère résoudre par le raisonnement.
Ou toutes les reUgions sont bonnes, ou^ s'il en existe une que Dieu prescrive, il adonné des moyens certains de la distinguer. — Rien de mieux; mais, ajoute Rousseau, ces moyens ne sauraient être l'au-
torité des hommes. — Et pourquoi non ? L'autorité des hommes peut-elle produire la certitude? Voilà la question. Puis-je savoir que Pékin existe, quoique je n'y aie jamais été ; que César a existé, quoique je ne Taie jamais vu? Pourquoi ne saurais-je pas de même que Jésus a fondé une religion; qu'il a chargé ses apôtres de la prêcher et qu'elle s'est perpétuée d'âge en âge jusqu'à nos jours; que, pour prouver sa mission, il a guéri des malades, ressuscité des morts, donné l'exemple de la plus haute sainteté? De toutes ces choses, Rousseau en admet plusieurs, comment les sait-il autrement que par le témoignage des hommes? Mais ce témoignage, si précieux en certains cas, s'arrête net, aussitôt qu'il est question de miracles ou de choses surnaturelles. Pourquoi? Rousseau ne le dit pas, et, en effet, il eût été embarrassé pour le dire.
Voyons par uu exemple, ses procédés d'argumentation : « Dieu a parlé : voilà certes un grand mot. Et à qui a-t-il parlé? — Il a parlé aux hommes.
— Pourquoi donc n'en ai-je rien entendu? — Il a chargé d'autres hommes de vous rendre sa parole. — J'entends : ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J'aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-même ; il ne lui en aurait pas coûté davantage, et j'aurais été à l'abri de la séduction. — Il vous en garantit en manifestant la mission de ses envoyés. — Comment cela?
— Par des prodiges. — Et où sont ces prodiges? — Dans les livres. — Et qui a fait ces livres? — Des hommes qui les attestent. — Quoi ! toujours des témoignages humains ! Toujours des hommes qui me rapportent ce que d'autres hommes ont rapporté ! Que d'hommes entre Dieu et
moi! * » — Quelques mots répétés à propos, des équivoques, de mauvaises raisons artistement groupées , en faut-il davantage à ce medtre passé en sophismes pour faire illusion? Le reste est à Tavenant. Si, malgré ce qu il vient de dire, il consent à discuter les titres des religions révélées, il ne veut les admettre qu'à des conditions irréalisables. Il ne s'agit, en efifet, de rien moins pour chacun que « de remonter au préalable dans les plus hautes antiquités, pour examiner, peser, confronter les prophéties, les révélations, les faits, tous les monuments de la foi proposés dans tous les pays du monde, pour en discuter les temps, les lieux, les auteurs, les occasions,... il s'agit de distinguer les pièces authentiques des pièces supposées... de comparer les objections aux réponses, les traductions aux originaux... de voir si Ton n'a rien supprimé, rien ajouté, rien transposé, changé, falsifié. Il faut conuaitre les lois des sorts et les probabilités éventuelles, le génie des langues orientales, les sciences physiques et théologiques, afin de vérifier si les miracles prétendus ne pourraient point être l'œuvre de la nature, ou même l'œuvre du démon. Il faut dire pourquoi Dieu choisit, pour attester sa parole, des moyens qui ont eux-mêmes si grand besoin d'attestation. Il faut que j'aille en Europe, en Asie, en Palestine, examiner tout par moimême. » II faut que je sache si le culte, la morale, les maximes qui font l'objet de ces révélations sont dignes de Dieu, de sa sagesse, de sa justice, de sa clémence, s'ils sont en tout conformes à ma raison.
1. Voir aussi les objections l clés. Pensées philosophiques, II. de Diderot contre les mira- |
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Et ce travail, il faudra le faire, non pas pour une religion, mais pour toutes, les unes après les autres.* Moi qui ne concevrai jamais que Thomme ait besoin de livres pour connaître ses devoirs, quelle immense lecture il me faudra faire ! Quelle érudition il faut acquérir ! Que de langues il faut apprendre ! Que de bibliothèques il faut feuilleter! « D'où il suit que s'il n'y a qu'une religion véritable, et que tout homme soit obligé de la suivre, sous peine de damnation, il faut passer sa vie à les étudier toutes, à les approfondir, à les comparer, à parcourir les pays où elles sont établies. Nul n'est exempt du' premier devoir de l'homme ; nul n'a droit de se fier au jugement d'autrui. L'artisan qui ne vit que de son travail, le laboureur qui ne sait pas lire, la jeune fille délicate et timide, l'infirme qui peut à peine sortir de son lit, tous, sans exception, doivent étudier, méditer, disputer, voyager, parcourir le monde ; il n'y aura plus de peuple fixe et stable ; la terre entière ne sera couverte que de pèlerins allant, à grands frais et avec de longues fatigues, vérifier, comparer, examiner par euxmêmes les cultes divers qu'on y suit. Alors, adieu les métiers, les arts, les sciences humaines et toutes les occupations civiles ; il ne peut plus y avoir d'autre étude que celle de la religion. A grand*peine , celui qui aura joui de la santé la plus robuste, le mieux employé son temps, le mieux usé de sa raison , vécu le plus d'années, saura-t-il dans sa vieillesse à quoi s'en tenir, et ce sera beaucoup s'il apprend avant sa mort dans quel culte il aurait dû vivre. »
Rousseau croyait peut-être prouver ainsi, par l'absurde, l'inutilité de la révélation; il montrait simple-
ment Taberration de son esprit et Taudace de ses sophismes. Ce n'est pas en se créant à dessein des difficultés chimériques, afin de se donner la satisfaction de ne pas les résoudre , qu'on pourra convaincre les esprits sensés.
Nous aimons mieux lui entendre dire que les objections insolubles étant communes à tous les systèmes, les preuves directes dispensent de s'arrêter aux difficultés V II est vrai qu'il déclare en même temps ne s'être prononcé sur l'existence de Dieu qu'après avoir examiné tous les systèmes qu*il a pu connaître sur la formation de l'univers, méditer sur ceux qu'il a pu imaginer. Mais si l'on veut encore une autre opinion de Jean-Jacques sur le même sujet, on la trouvera dans la Profession de foi. L'intérêt de son argumentation le portant à donner comme très facile tout ce qui touche à la religion naturelle ; sans souci de ce qu'il a dit quelques pages plus haut : a Nul, dit-il, n'est excusable de ne pas lire dans le livre de la nature, parce qu'il parle à tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Quand je serais né dans une lie déserte, quand je n'aurais jamais appris ce qui s'est fait anciennement dans un coin du monde , si j'exerce ma raison, si je la cultive, si j'use bien des facultés immédiates que Dieu me donne, j'apprendrai de moi-même à le connaître, à l'aimer, à aimer ses œuvres, à vouloir le bien qu'il veut, et à remplir pour lui plaire tous mes devoirs sur la terre. Qu'est-ce que tout le savoir des hommes m'apprendra de plus ' ? » A cela nous n'avons que
1. Letire à M. de M,, 15 jan- | LHlre à Varchevéque de Paris. vier 1769. — 2. Voir aussi
deax mots à répondre : c'est que cette espèce de Robiasoa n'en saura pas si long ; c'est que le savoir des hommes, et surtout le savoir de Dieu, en peuvent apprendre encore davantage.
Peu importe d'ailleurs que les religions soient toutes bonnes ou qu'elles soient toutes mauvaises. Les arguments de Rousseau sont en faveur de la seconde de ces hypothèses, ses conclusions sont plutôt en faveur de la première. Aussi, pour plus de commodité, ne comprend-il pas qu'on suive un autre culte que celui où Ton est né. Que le bon vicaire reste catholique, que Rousseau, son disciple, soit protestant, et, dût la vérité en souffrir, tout sera pour le mieux*. Mais il est une troisième hypothèse qu'il faut rejeter absolument, c'est celle d'une église prétendant au monopole de la vérité. Depuis le Contrat social, la maxime, hors de l'Église point de salut, inspire à Jean-Jacques une sainte horreur. Lui, l'apôtre de la tolérance^ ne veut être intolérant que pour les intolérants. Le salut des sauvages et des enfants seuis baptême semble le préoccuper beaucoup plus que le sien propre. Il n'est pas de raison qu'il n'apporte en leur faveur, pas de larmes qu'il ne verse sur leur sort. C'est là son grand argument, on pourrait presque dire son argument triomphant, s'il n'était visible qu'il dénature à dessein la question, pour se ménager un plus facile triomphe'.
Par un de ces contrastes qui plaisaient à Rousseau, cette seconde partie de sa profession de foi