‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 5 sur 158 · TOME n · texte numérisé non relu

TOME n

répète presque dans le Contrat social, que « malheureusement rintérèt personnel se trouve toujours en raison inverse du devoir*. »

Quoi qu'il en soit, il concède à la volonté générale ou à la souveraineté, ce qui est la même chose, des qualités merveilleuses.

Elle est inaliénable. Qui pourrait, en effet, la représenter dignement? Toute volonté particulière n'en saurait être que Técho imparfait et souvent infidèle. Le peuple ne peut se dessaisir. « Un peuple qui promet simplement d'obéir se dissout par cet acte; il perd sa qualité de peuple. A l'instant qu'il y a un maître, il n'y a plus de souverain, et dès lors le corps politique est détruite »

Elle est indivisible; car si elle était seulement la volonté d'une partie du peuple, elle ne serait plus la volonté du corps tout entier; elle ne serait plus qu'une volonté particulière®.

Elle est infaillible et toujours droite ; car elle tend toujours à l'utilité publique. Ici pourtant, malgré son assurance, Jean-Jacques s'aperçoit que le terrain est glissant et sent le besoin de faire quelques distinctions. « On veut toujours son bien, dit-il, mai^ on ne le voit pas toujours : jamais on ne corrompt le peuple ; mais souvent on le trompe, et c'est alors qu'il parait vouloir ce qui est mal. Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale : celle-ci ne regarde qu'à l'intérêt commun, l'autre regarde à l'intérêt privé et n'est qu'une somme de volontés particulières. Mais ôtez de ces mêmes volontés les plus

1. De V Économie politique, et 1 Contrai social, 1. II, ch. I. — • Contrat social, 1. 11, ch. I. — 2. ! 3. Jd., 1. II, ch. II.

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et les moins qui s'entredétruisent, reste pour somme des différences la volonté générale.» Quand il se fait des brigues, des associations particulières aux dépens de la grande,... alors il n'y a plus de volonté générale et Tavis qui l'emporte n'est qu'un avis particulier *. » Distingue qui pourra la volonté de tous de la volonté générale; supprime qui pourra les brigues et les associations particulières; se débrouille qui pourra de cet enchevêtrement ; ce que nous voyons de plus clair, c'est que rarement la volonté générale parviendra à se dégager de ces causes d'erreur et à garder son caractère d'infaillibilité.

La volonté générale est absolue ; car, si elle n'était pas absolue, elle aurait quelque chose au-dessus d'elle, elle ne serait plus la souveraineté. I^Ue ne doit, il est vrai, exiger de chacun que ce qui importe à la communauté; mais, comme elle est seule juge de cette importance, elle n'admet aucun recours particulier. Qu'on ne craigne pas qu'elle charge les sujets de chaînes inutiles à la communauté ; elle ne peut même pas le vouloir, car elle y ' perdrait quelque chose de sa rectitude.

Elle est encore égale pour tous. Il est de son essence d'obliger ou de favoriser également tous les citoyens; de considérer seulement le corps de la nation, sans distinguer aucun de ses membres. Le jour où elle aurait pour objet un homme ou un fait particulier, elle ne serait plus générale. Est-il vrai, d'un autre côté, que les sujets, en obéissant à la volonté générale, « n'obéissent à personne, mais seulement à leur propre volonté? » On nous permettra d'en douter ^.

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