‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 51 sur 158 · CHAPITRE XXll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXll

Sommaire : V Emile dbvaxt les tribunaux et devant l'opinion. — I. V Emile a élé pour Rousseau une source de soucis. — Part dMofluence que purent avoir dans ces tracasseries lo Cboiseul et M^t* de Pompadour; 2o les Jésuites.

II. Arrivée de Rousseau en Suisse. — Décret du parlement de Paris. — Condamnation de V Emile par la Sorbonne et par le Pape. — Mandement de TArchevèque de Paris.

m. Jugements des contemporains : M»« [^tour. — M™» de Créqui. — D'Alembert. — Maksherbes. — Conti. — Hume. — Le duc de Wirtembert. — Grimra. — Le journal de Trévoux et les Jésuites. — Gerdil. — Le Franc de Pompignan. — Formey.

IV. Arrêt de condamnation du Conseil de Genève. — Lettre du colonel Pictet en faveur de Rousseau. — Causes de la sentence : 1» Action de la France. — 2<» Voltaire. — 3° Attitude des pasteurs.

V. Condamnation en Hollande. — Condamnation à Berne.— Rousseau, chassé du canton de Berne, se réfugie à Motiers-Travers.

Maintenant que nous connaissons VÈmile, il nous sera plus facile de juger les événements dont il fut la cause ou l'occasion. Rousseau s'est plaint toute sa vie de la gloire et des soucis dont elle est la source; s'il avait pénétré l'avenir, Taurait-il sacrifiée à sa tranquillité? Lui-même aurait été, sans doute, bien embarrassé pour répondre; d'ailleurs ne fallait-il pas qu'il se plaignit?

Cependant, si jusqu'à présent nous avons été peu sensibles à ses gémissements, il faut convenir qu'à partir du moment où parut YÉmile, ils sont ample-

ment justifiés, et que le livre qui a mis le comble à sa célébrité est aussi celui qui a empoisonné sa vie.

II déclare que « dans Fœuvre de ténèbres dans lesquelles depuis huit ans il se trouve enseveli (il écrivait ces paroles en 1770) , que dans lablme de maux oïL il est submergé, il sent les atteintes des coups, sans pouvoir discerner la main qui les dirige, ni les moyens qu'elle met en œuvre*. » Plus heureux que lui, nous croyons pouvoir saisir sans grande difficulté les fils de ce fameux complot. — Ou plutôt nous pensons qu'il n'y eut pas de complot du tout; il y eut seulement, comme toujours, des amis et des ennemis, des hommes impartiaux et des indiSérents, qui jugèrent et se conduisirent chacun selon ses impressions particulières. « Quoi, dit Jean-Jacques, le rédacteur de la Paix perpétuelle souffle la discorde ! Téditeur du Vicaire savoyard est un impie! l'auteur de la Nouvelle Béloîse est un loup ! celui de V Emile est un enragé ' ! » Eh ! sans doute ; en laissant de côté la Paix perpétuelle, qui n'est pas en cause, et les gros mots, qui ne prouvent rien, la Profession de foi est une attaque déclarée contre le Christianisme ; la Nouvelle Béloîse est un roman fort peu moral ; VÉmile est plein de paradoxes et de principes pernicieux. Ëst-il vrai, oui ou non, que, la législation et les mœurs étant ce qu'elles étaient alors, les livres de Rousseau expliquent la plupart des mesures dont ils ont été l'objet? Après l'examen que nous en avons fait, il serait difficile d'en douter. Que d'autres œuvres qui ne valaient pas mieux que les siennes, qui valaient

Page 1