‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 53 sur 158 · Mémoires sur VoUairef par LONGCHAliP et Wàqnibrb · texte numérisé non relu

Mémoires sur VoUairef par LONGCHAliP et Wàqnibrb

Paris, 1826. — 2. UUre de d'A- Umbert à Voltaire, 25 septembre 1762. — 3. Lettre de Vol-

taire à Hume, 24 octobre 1766.

— 4. Lettre d'un jeune Suisse, Bibliothèque universelle de Genève, 1836, t. I.

DE JKAN-JACQUKS ROUSSEAU.

comme un déiste,... et il craignait sa puissante logique. Nous fûmes, mon ami et moi^ dupes de ce sycophante ; mais Rousseau ne le fut pas. Sans beaucoup s'expliquer, il me chargea de répondre qu'il' avait besoin de retraite, et qu'il ne pouvait espérer de l'obtenir dans le voisiiiage d'un homme si célèbre *. »> Voltaire traita aussi le même sujet avec Moultou, qui, peut-être, n'est autre que l'ami dont parle Deluc, et se montra passionné de réconciliation*. Moultou se demandait si Voltaire était sincère; mais Jean-Jacques répondit sans hésiter qu'il ne fallait pas s'y fier, que Voltaire n'était qu'un habile comédien , que toutefois il était prêt à lui ouvrir les bras et, à défaut d'estime, à lui offrir le pardon et Foubli *.

Quoi qu'il en soit, les offres de Voltaire ayant été rejetées, comme elles devaient l'être, celui-ci n'eut plus à donner à Rousseau que sa haine, et il ne s'en fit pas faute. Il savait que c'est à Paris que l'opinion va chercher ses mots d'ordre ; il ne se borna donc pas à agir à Genève; mais Paris, pas plus que Genève, ne lui apporta l'unanime tribut d'hommages auquel il aspirait. « Les amis de Voltaire, écrivait à Rousseau, de Paris, M"° de Verdelin, sont ici indignés de la conduite qu'il a tenue avec vous. Cet homme est en vérité aussi fou que méchant... Le public vous juge tous deux plus équitablement que le Parlement votre Profession de foi. Je crois que d'Alembert a fait de

4. Dblug, Lettres sur l'histoire physique de la terre. Discours préllmlnalret 1798. — 2. Lettre de Moultou à Rousseau, 19 mars 1763. — 3. Lettres de

Rousseau à Moultou et à Milord Maréchal, 21 mars 1763. Réponse de Moultou, 23 mars

son mieux pour persuader au public et à vos amis qu'il gémit de tout cet événement... Pour moi, je me rends difficilement à Téloquence de ces messieurs ^ )> Quant au simple vulgaire, il riait de ces misérables querelles et en faisait des cari> catures^.

Toutes ces citations témoignent de la haine de Voltaire, et sous ce rapport, on est parfaitement fixé. Mais autre chose est de déverser sa bile sur quelqu'un, de dire du mal de lui, même de le calomnier, ou bien de porter contre lui, devant les magistrats, une accusation en règle. Or, de cette accusation, dont on a beaucoup parlé, on ne trouve la preuve nulle part. Bien plus, on a au moins des présomptions qu'elle n'a jamais existé.

Aussitôt après la condamnation de ÏÉmile, le libraire Gabriel Cramer avait voulu répondre à la fameuse lettre de Pictet et avait montré sa réponse à Voltaire. « Mon cher Gab, lui écrivit celiû-ci, c'est moi qui vous conjure d'être sage... Supprimez votre lettre, je vous en conjure; ce n'est pas vous qui êtes outragé , c'est moi ; c'est à moi à répondre*. » Et il adressa, en effet, ses protestations les plus catégoriques au Magnifique Conseil et ses explications à Pictet*. Cependant, la parole de Voltaire était si dépourvue de crédit, et il entrait tellement dans sa situation de manœuvrer contre Jean-Jacques, qu'il n'est pas étonnant que ses amis eux-mêmes aient tenu peu de compte de ses affirmations. « L'arrêt du Sénat (de Berne) n'est que

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