‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 54 sur 158 · Lettre de M'^* de Verdelin à Rousseau, 26 septembre · texte numérisé non relu

Lettre de M'^* de Verdelin à Rousseau, 26 septembre

— 2. Bachaumont, 5 octobre 1762. — 3. Lettre de Voltaire à

Gabriel Cramer, 1762. VoirGA-S- TON MAUGRAS,ch. IX.— 4. Lettre de Voltaire à Pictet, 1762.

Voir Gaston MAUOHAS,ch. ix.

trop vrai/ écrit M"' de Bondeli, et j'en suis doublement affligée; d'abord quant à Rousseau, et encore quant à ceux qui l'ont provoqué... Les premiers coups se sont portés à Genève, par la cabale de Femey; cette cabale a influé jusqu'à Berne*. » « Vous vous êtes fait ici des amis et des ennemis, lui répond M"° Curcbod; vous avez écrit tous les détails de la conduite de Voltaire vis-à-vis de Rousseau. M. MouUou Ta su et Ta publié avec tout l'empressement imaginable ^ »

Il est présumable que Moultou avait d'autres renseignements que les bruits qui lui venaient de Eœnitz. Encore est-il. qu'il aurait bien fait, ainsi que M"' de Bondeli, d'apporter quelques preuves. Si Ton n'en donne aucune, n'est-on pas en droit de conclure que c'est parce qu'il n'y en avait aucune à donner? Si, d'ailleurs. Voltaire s'était senti coupable, aurait-il osé, malgré son assurance, en ap* peler à Lullin, conseiller et secrétaire d'État à Genève, c'est-à-dire, à Thomme le plus à même de le démentir, s'il n'avait pas dit la vérité. « Je déclare au Conseil et à tout Genève, lui écrit-il, que s'il y a un seul magistrat, un seul homme dans votre ville, à qui j'aie parlé ou fait parler contre le sieur Rousseau, avant ou après sa sentence, je consens d'être aussi infâme que les secrets auteurs de cette calomnie doivent l'être'. » A cette lettre, en quelque sorte officielle, en était jointe une autre plus intime, dans laquelle Voltaire priait Lullin de lire ses réclamations au Conseil, et s'indignait de

i. LeUre de ilf"« de Bondeli à An»« Curchod (devenue plus tard M-« Necker), 7 juillet 1763. Voir Gaston Mauoras,

Ch. II. ~- 2. Réponse de ^"« Curehod, octobre 1763. — 3. LeUre de Voltaire à Lullin, 5 juillet

la calomnie répandue, disait-il, contre lui par le sieur Rousseau, auprès des personnes les plus considérables du royaume'.

En résumé, Voltaire a pu dire avec vérité, il a pu répéter jusqu'à la fin de sa vie, qu'il n'avait pas provoqué, au moins par une action directe, les condamnations de Rousseau ; qu'il n'avait pas agi auprès des conseils pour le faire chasser. Le tribunal auquel il s'est adressé, c'est l'opinion ; la condamnation qu'il a voulu infliger à son adversaire, c'était le mépris du public et le déshonneur. Sa plume se retrouve partout ; on ne voit sa main nulle part.

Si Pictet ne trouva pas suffisantes les sympathies des pasteurs en faveur de Rousseau, il fut vraiment difficile. D'autres au contraire, et nous sommes du nombre, peuvent les trouver exagérées. Il est à remarquer que les pasteurs ne furent pas consultés tout d'abord. Dans une affaire comme celle-là, il a paru irrégulier et inconvenant qu'on n'ait pas appelé la cause devant le Consistoire. Mais, si la question tenait à la religion, elle tenait bien aussi à la politique ; et d'ailleurs, dails une ville où chaque bourgeois était engagé par serment à maintenir et à conserver la religion établie, le Conseil pouvait bien se trouver autorisé à punir quiconque l'attaquait. Pictet aurait-il donc voulu que les ministres du saint Évangile, donnant d'office leur avis, eussent proclamé V Emile un bon livre et la Profession de foi un modèle d'orthodoxie ? En fait, le Conseil voulait un jugement sévère, et il n'était pas sûr des pasteurs; il voulait un jugement prompt, et les pasteurs auraient été obligés de citer Rousseau en

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